La jeune femme de Voukoman se promenait
dans son jardin et dans son parterre,
quand une fleur s'accrocha à sa robe.
«OEillet, chère fleurette, lui dit-elle,
à ma robe ne t'attache point,
car tu fleuris et tu portes du fruit,
mais moi voilà neuf années,
pauvrette, que je suis mariée,
sans que je fleurisse, que je porte de fruit,
sans savoir ce que c'est qu'un homme.»
Elle croyait que nul ne l'entendait,
mais sa chère belle-mère l'avait entendue,
et à son fils ainsi elle parla:
«Voukoman, mon unique enfant,
ma bru dans le parterre s'est plainte,
que voici neuf années déjà
depuis qu'elle est la femme de Voukoman,
et qu'elle ne fleurit point, ne porte pas de fruit,
et ne sait ce que c'est qu'un homme;
n'es-tu donc point, mon fils, un homme?
n'as-tu pas d'énergie dans le coeur?
--Ma vieille, ma chère mère, répondit Voukoman,
il semble que je mérite ce reproche,
mais je vais te dire la vérité.
Le jour où tu me marias, ma mère,
quand vous eûtes laissé les deux époux,
je voulus baiser le visage de ma femme,
mais elle me supplia par le nom de frère,
de vivre ensemble comme frère et soeur.»
--Voukoman, mon unique enfant,
plût à Dieu que je ne t'eusse marié,
ni aujourd'hui, ni il y a neuf ans!
Le jour où ton père m'amena chez lui,
moi aussi je lui donnai deux fois le nom de frère,
mais trois fois il me frappa (en disant):
je ne t'ai point emmenée pour être ma soeur,
c'est pour femme que je t'ai prise.»
Il ne s'était pas encore écoulé un an,
quand la femme de Voukoman eut un enfant,
eut un enfant et justement un garçon.