Je traversai une forêt, j'en traversai deux et trois,
et quand j'arrivai au quatrième bois de pins,
voici que les pins de la montagne avaient leurs vertes feuilles;
sous un pin était une molle couche,
et sur la couche était ma maîtresse endormie.
Par pitié je ne voulus point l'éveiller,
ni de joie je ne voulus l'embrasser,
mais au Dieu Très-Haut je fis cette prière:
«Permets, mon Dieu, que le vent de la mer
détache une feuille de ce pin,
et qu'elle tombe sur le visage de ma bien-aimée.»
Dieu m'accorda le vent de la mer,
qui détacha une feuille de pin,
et sur le visage de ma bien-aimée elle tomba.
Celle qui m'est chère alors s'éveilla,
nos baisers et nos caresses durèrent jusqu'à l'aurore,
sans que ma mère le sût, ni la sienne,
mais seulement le ciel serein au-dessus de nous,
et sous nos corps notre molle couche.