La belle Ikonia se vantait
au bain parmi les filles:
«Il n'y en a pas une seconde qui ait trouvé un mari
tel qu'est le mien, Iovo Morniakovitch:
où qu'il aille, il me conduit par la main,
où qu'il s'asseye, sur ses genoux il me place;
quand il jure, ce n'est que par mon nom;
quand je dors en haut dans le tchardak,
il marche doucement de peur de m'éveiller;
et pour m'éveiller, il me baise au visage:
debout, mon coeur (dit-il), le soleil est levé!»--
Quand Anna la veuve eut ouï ce discours,
elle se para de ses plus beaux atours,
se mit du blanc et du rouge,
et farda ses sourcils délicats;
puis elle sortit par la porte de la cour
au-devant d'Iovo qui revenait du bazar:
«Par Dieu! Iovo Morniakovitch, lui dit-elle,
qu'as-tu à faire d'une épouse stérile?
mais prends-moi, moi qui suis veuve,
je te donnerai chaque année un fils
aux mains et aux cheveux dorés[1].»--
Iovo par Anna se laissa séduire,
il la prit pour sa fidèle épouse;
et elle lui donna chaque année un fils
aux mains et aux cheveux dorés.
Quand la belle Ikonia le sut,
vite elle courut au nouveau bazar,
et acheta des cordons de soie,
puis dans le jardin elle se pendit à un jaune oranger.
La nouvelle vint à Iovo Morniakovitch:
«La belle Ikonia s'est pendue.»--
«Qu'elle se pende, j'en ai une plus belle.»
[Note 1: L'expression de _zlatna_, dorée, appliquée aux mains, indique,
paraît-il, la vigueur.]