LES IAKCHITCH ÉPROUVENT LEURS FEMMES.

Les deux jeunes Iakchitch boivent du vin, Dimitri et Bogdan Iakchitch.

Quand de vin ils se furent rassasiés, Bogdan dit à Dimitri: «Mitar,

mon cher frère, lorsque nous demeurions ensemble, et que notre mère

gouvernait la maison, alors notre demeure était blanche (brillante), des

hôtes nombreux nous visitaient, les knèzes de la Sirmie venaient chez

nous, et en personne le tzar serbe Étienne; mais depuis, frère que nous

avons grandi, et que nos femmes gouvernent la maison, notre maison s'est

obscurcie, les hôtes nous ont abandonnés, et nous n'avons plus la visite

des knèzes de Sirmie, non plus que du tzar serbe Étienne. Qui en est

cause? Puisse Dieu le lui valoir!» Et Dimitri dit à son frère:

«Bogdan Iakchitch, mon cher frère, cela vient de ta fidèle épouse, de

Voukoçava, puisse Dieu le lui valoir!»--Grand fut le chagrin de Bogdan,

et il reprit: «Mitar, mon cher frère; allons éprouver nos femmes: nous

verrons si cela vient de la tienne, frère, ou de la mienne.»

Ce qu'ils avaient dit, ils le firent; ils s'en vinrent à la maison de

Bogdan, qui entre près de sa femme, tandis que Dimitri restait auprès

de la fenêtre, pour écouter ce qui se dirait. Or Bogdan ainsi parla:

«Youkoçava, ma fidéle épouse, je voudrais te dire quelque chose, mais

je ne sais si ce sera à ton gré.»--Et doucement sa femme lui répondit:

«Seigneur, Bogdan Iakchitch, dis, mon âme, ce qu'il te plaira; je

n'ai pas encore enfreint ta volonté, et jamais je ne

l'enfreindrai.--Voukoçava, ma fidèle épouse, reprit Bogdan, le roi de

Bude marie son fils, et il a invité notre frère Dimitri aux noces. Mitar

demande un cheval et des armes, avec nos vêtements turcs, et une selle

à plaques d'argent; les lui donnerai-je, ma chère âme?--Donne-lui, mon

âme, donne à ton frère et le cheval et les armes, les habits turcs, et

encore la selle aux plaques d'argent; moi j'y ajouterai la chabraque, que

pour toi j'avais brodée encore chez mon père, et dont jamais je ne t'ai

parlé, parce qu'elle n'était point achevée, mais je viens de finir de la

(broder) en or, et avec elle je donnerai les colliers qui sont à mon cou,

l'un de jaunes ducats, l'autre de blanches perles; je veux les entrelacer

dans la crinière du cheval, afin d'émerveiller les conviés du roi.»

Dimitri auprès de la fenêtre entendait ce que disait la dame sa

belle-soeur, et d'attendrissement ses larmes coulaient.

Ensuite ils se rendirent à sa maison, où Bogdan restait près de la

fenêtre pour écouter, tandis que Dimitri entrait près de sa femme, à

laquelle il dit: «Militza, ma chère petite dame, je voudrais te dire

quelque chose, mais je ne sais si ce sera à ton gré.»--Et doucement sa

femme lui répondit: «Dis, mon âme, tout ce qu'il te plaira.--Militza, ma

fidèle épouse, le roi de Bude marie son fils, et il a invité Bogdan aux

noces, Bogdan demande un cheval et des armes, avec nos vêtements turcs,

et une selle garnie d'argent: les lui donnerai-je, ma chère âme?»--Mais

voici comment répondit la dame Militza: «A lui des chevaux? que (plutôt)

les loups les dévorent! à lui des armes? que les Turcs les enlèvent! à

lui des habits? qu'il en soit dépouillé (par la mort)!»

Quand Dimitri eût entendu ces paroles, il la saisit par son col blanc,

et si doucement l'eût-il touchée, les deux yeux lui sautèrent (de

leurs orbites); mais Bogdan Iakchitch s'élançant, prit Dimitri par

la main:--«Que fais-tu, Mitar? Dieu te le rende! songe à tes petits

faucons[A]: tu trouveras pour toi une meilleure épouse, mais jamais pour

eux de mère; ne souille point ta main de sang. Et voici que tu viens de

nous séparer, mon frère!»

[Note A: Tes jeunes enfants; expression figurée qui se rencontre

fréquemment.]

V

Poésies populaires Serbes Traduites sur les originaux avec une introduction et des notes · 第 101 / 205 题