LA FEMME DU HAÏDOUK VOUKOÇAR.

Extrait.

Voukoçar est surpris dans son sommeil par un Turc d'Oudbigua, qui

l'emmène à sa maison et le laisse languir pendant trois ans dans un

cachot. Au bout de ce temps, le haïdouk, désespérant d'être rendu à

la liberté, écrit à sa jeune femme pour l'engager à se remarier. Mais

celle-ci «éclate de rire» à cette invitation, et après s'être fait

couper les cheveux, et s'être revêtue de somptueux habits d'homme et d'un

splendide équipement de guerre, elle se rend à Oudbigna, chez le Turc.

Elle se présente à lui, la menace à la bouche, comme un messager

impérial chargé de le conduire, lui et son prisonnier, devant le sultan.

Alil Boïtchitch (c'est le nom du Turc), frappé de terreur, la reçoit,

l'héberge et remplit même à son égard des offices serviles.

Quand il fit jour et que le soleil parut, elle prit ses armes brillantes,

et montant son grand cheval, elle se rendit à la porte du cachot. Là

elle trouve le geôlier, auquel elle fait sauter la tête, puis frappant

la porte de sa masse: «Sors, s'écrie-t-elle, homme du sultan; le tzar m'a

envoyé pour que je vous conduise devant lui, toi et Alil.»

Les tourments avaient abattu le haïdouk, il était résigné à perdre sa

tête, et sortit de la froide prison. Elle le frappe de sa lourde masse,

le frappe deux à trois fois, afin de ne pas éveiller les soupçons des

Turcs, puis elle appelle Alil Boïtchitch: «Amène, dit-elle, un cheval au

haïdouk, et pour toi trouves-en un aussi.» Le Turc rentre dans sa blanche

maison, et en ramène un fort cheval, de l'autre main tenant un sabre

forgé, et une bourse de cinq cents ducats: «Voilà pour toi, messager

impérial, ne me conduis pas devant le tzar.» Sans tarder alors, la

jeune femme jette le haïdouk sur le cheval, puis s'élance à travers la

campagne.

Quand ils furent dans la verte forêt, ils arrivèrent à un carrefour,

d'où partaient deux chemins, l'un allant à Stambol, l'autre vers le

littoral uni. Là, dit la belle jeune femme: «Allons, regarde, connais-tu

ces armes?» Quand le haïdouk les eut considérées: «Je les connais,

dit-il, mais c'est en vain; et toi, d'où te sont-elles venues?--C'est ta

femme qui me les a apportées, je l'ai prise pour ma fidèle épouse.»

Lorsque le haïdouk Voukoçar entendit ces paroles, le fièvre le prit;

mais la belle jeune femme lui dit: «N'aie point de crainte, mon cher

seigneur, je suis ta fidèle épouse, mais pardonne-moi ces coups de masse,

j'ai ainsi vengé bien des coups de pied[A].»

[Note A: Ceux qu'elle avait reçus de son mari.]

Poésies populaires Serbes Traduites sur les originaux avec une introduction et des notes · 第 79 / 205 题