Extrait.
L'aube n'avait pas encore blanchi, ni l'étoile du matin montré son
visage, quand les portes de Sègne s'ouvrirent, et il en sortit une petite
troupe de trente-quatre compagnons (haïdouks), qui commencèrent à gravir
la montagne.
* * * * *
Iovan de Kotar court vers le berger, et il ramène un bélier de neuf ans,
et un fort bouc de sept ans. Thadée de Sègne les écorche vifs tous
les deux, puis les lâche parmi les branches des sapins. Au contact des
branches le bouc commence à crier, tandis que le bélier reste muet, ne
pousse pas une plainte. «O Thadée, chef de notre troupe, dit alors Iovan
de Kotar, pourquoi lâcher des animaux écorchés?» et Thadée de Sègne
lui répond: «Voyez-vous, mes chers frères, quels tourments endurent ces
animaux; eh bien! il en faut souffrir de plus grands aux mains des Turcs,
quand ils s'emparent de nos braves. Celui qui peut les supporter, qu'il le
fasse en silence, frères, comme ce bélier écorché dans la forêt; celui
qui ne croit pas pouvoir les souffrir, je lui pardonne au nom de Dieu;
qu'il s'en retourne à Sègne sur la frontière.»
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