Marko Kralievitch buvait du vin avec la vieille Euphrosine, sa mère, et,
lorsqu'ils eurent bu à satiété, sa mère commença à lui dire: «Marko,
mon fils, laisse là les aventures[20]; car le mal ne peut amener du bien,
et ta vieille mère est lasse de laver des vêtements ensanglantés; prends
une charrue et des boeufs, laboure et montagne et vallée, puis sème, mon
fils, du blanc froment, afin de nous nourrir tous les deux.»
Marko obéit à sa mère; il prend une charrue et des boeufs; mais, au lieu
de montagne ou de vallée, c'est le grand chemin qu'il laboure. Par là
passent des janissaires turcs, conduisant trois charges d'or, et ils disent
à Marko: «Laisse, ne laboure point les chemins.--Laissez, vous autres
Turcs, ne vous inquiétez point si je laboure.--Cesse, Marko, de labourer
les chemins.--Allons, Turcs, que vous fait que je laboure? Et, quand cela
ennuya Marko, il laissa et boeufs et charrue et tua les janissaires turcs;
puis, prenant les trois charges d'or, il les porte à sa vieille mère:
«Voilà, dit-il, ce que je t'ai labouré aujourd'hui.»