Roux, et l'on avoit pozé des sentinelles Espagnols sur le quay près de
ce vaisseau pour garder qu'on ne débarque pas des marchandizes, parmy
les agréez du dit vaisseau, et un sentinelle s'aviza mal a propos de
repousser du bout de son fusil un enseigne de la _Renomée_ nomé Mr
Langlois, qui se sentant mal à propos frapé tira son épée et culbutta le
sentinelle sur le careau, ce qui causa une révolte entre nos gens et
ceux de la ville qui s'assembloient en grand nombre en armes criant:
«Tue, tue les François.» Et le gouverneur du chasteau très imprudent fit
tirer un coup de canon et soner le tocssain pour alarme et s'enferma
avec sa garnison, que c'étoit un désordre dans la ville où autant de nos
matelots qu'ils rencontroient autant de tuées. Et Mr Jonchée fut manqué
de deux coups de fusil alant pour apaizer le tumulte, et sa maison où
j'étois fut incontinent investie. Je fit fermer et baricader la porte de
la rue et fit faire un retranchement en dedans de tous les bois d'un
buscher pour en empescher l'entrée dans la basse cour voyant qu'ils
enfonssoient la porte à coups de haches. Je fits dresser quatre périers
en batterye et bien chargés à mitraille batant à la porte au cas qu'il
eusse ouverte pour en tuer une partye. Et il y avoit une grande galerie
en dedans autour du logis où il y avoit deux escaliers que j'avois
pourvus au haut d'une quantité de grosses pierres pour jetter au besoin
et j'enfoncey la porte du cabinet de Mr Jonchées pour y prendre des
menues armes, poudres et munitions. Le cuisinier s'étoit muni de ses
broches à rotir et les Espagnols ayant aperceu nos préparatifs par un
trou qu'ils avoient faits à la grande porte se retapirent. Le contrôleur
de la compagnie nomé Mr Galeux, fut sy effrayé quand je luy présentay
deux pistolets pour nous défendre, qu'il ne fut par maistre de son
ventre, qu'il gasta toutes ses culottes et nous penssa empoisonner. Un
enseigne de Mr Vaulezard dont je tairay le nom à cauze qu'il est
gentilhomme et fils d'un brave capitaine des vaissaux du Roy en fit
autant que le controlleur, et se cacha soubs le lit de Mr Jonchée et une
flandrine nomée dame Catherine, économe de la maison, prits les deux
pistolets et me dits. «Monsieur je ne vous abandonneray pas. Il faut
deffendre notre vie.» Elle vint avec moy bien à temps sur la terasse
dont j'aperceut quatre échelles contre la muraille et des hommes qui y
montoient pour piller le trésor de la compagnie qui estoit à costé, elle
et moy renversasmes une des échelles avec les gens qui y estoient et ils
abandonnèrent les deux autres que nous atirasmes avec agilité sur la
terasse et les jetasmes dans nostre basse cour malgré plus de vingt
mousquetades et des cailloux qui nous furent tirées. Je futs dans un
balcon donnant sur la rüe au-dessus de la grande porte et criay en
langue Espagnolle: «Messieurs, que voulez-vous? et que nous vous avons
fait.» Un coup de mousquet partit et la balle perça le bord de mon
chapeau, et on me cria: «Ouvre la porte; nous te le dirons.» Je fits
deffensse à Caterine de tirer sur aucuns pour ne les pas iriter
davantage, mais je leurs dits; «Ouvrez la porte et vous verrez comme
nous vous recevrons.» Et dans le moment j'aperceut le gouverneur à la
teste d'une trentaine de soldats, et Don Leaureano Dastorès qui venoit
gouverneur de Chaillacola, et Mr Jonchée tout ensanglanté qu'ils
amenoient tous d'un visage guay et me dirent d'ouvrir la porte et
faisoient évader tous les assiégeants. Je fus faire ouvrir la porte et
fus embrassé de tous et postèrent corps de garde soubs notre grande
porte en disant: «Vous estes par votre vigilance en vie et seureté.» Et
admirèrent les précautions que j'avois prise pour résister. Je demandé à
Mr Jonchée ou il étoit blessé voyant autant de sang sur son habit, et il
me dits. «Cest qu'ils ont asasiné un malheureux jeune homme entre mes
bras et ils m'ont manqué par deux fois de coups de mousquets. Et je vous
prie que Catherinne nous fasse donner à disner, car je meurs de
faim.»--«J'en suis comme vous, luy dis-je et on a pas fait de feu à la
cuisine, mangeons du pain et buvons du vin et ce soir nous souperons
mieux. Mais votre controlleur et l'ensseigne de Vaulezard sont sy saouls
que le premier a défonscé sa culotte, et on crève auprès de luy de sa
bonne odeur; l'autre est couché dessoubs votre lit.» Mr Jonchée prit le
sérieux et dit: «Parbleu! cest bien mal se comporter dans une pareille
ocasion.» Et les fut trouver croyant les gronder, mais ils luy firent
adveu de la faiblesse de nature qui les avoit maitrizées, puis ils vint
me dire: «Pardié, vous me l'avez donnée belle; j'alois les gronder, mais
ils m'ont fait pitié et mon dit que vous estes un intrépide.» Je dis:
«Ils n'en ont pas veu la moitié, songées à fermer votre cabinet que j'ay
forcé la porte pour avoir des armes et munissions.» Et il m'embrassa
très tendrement, et nous eumes trente deux hommes massacrés et 7 à 8
bien blessés, sans que nos pauvres gens fissent résistance, et il est
certain que sy cela avait duré encore un quart d'heure que M. de
Vaulezard avoit disposé les quatre vaisseaux à canoner la ville et
chasteaux et les auroient bouleversées, ce qui auroit cauzé de
fascheuses suites et un grand domage, étant une très jolie ville et le
plus beau port et plus comode qu'il y aye, je puis dire, au monde.
Le six février ensuivaant entra en ce port cinq vaisseaux du Roy partye
de l'escadre de Mr d'Hiberville[235] dont cette partye étoit comandée
par le frère de mon dit sieur d'Hiberville nomé Mr de Sérigy[236],
lesquels revenoient d'avoir fait descente et pillé sur les Anglois les
isles de Nieve et Antigue et prirent le prétexte de relascher à la
Havane pour y racomoder leurs vaisseaux et y vendirent à la sourdine
pour plus d'un 1/2 million de piastres de leurs pillages et s'en alèrent
ensuite en France avant nous. Les deux balots que m'avoit confiées Mr le
François au Petit-Goave me produirent, pour ma moitié du profit, 427
piastres et à luy autant avec son capital que j'ay bien payé en France
au sieur Pomenié suivant l'ordre que j'en avois, et avec les 500
piastres des sieurs Rouleau et Javelot cela me fit un grand plaisir, et
nous partismes ensemble 4 navires soubs le commandement de Mr de
Vaulezard[237] dans le vaisseau l'_Indien_ et il me fit rembarquer avec
luy où il m'a traité comme luy mesme.
Nostre départ fut au 10e mars 1706 et avons esté trente huit jours à
nous rendre à Chef de Boys, rade de la Rochelle, sans mauvaise rencontre
que au dehors des pertuis nous rencontrasmes trois navires de guerre
anglois qui nous vouloient taster nos forces. Mais nous fismes figure
d'aler à eux et ils se retirèrent. Je débarqué à la Rochelle le 19 may
et y fut quatre jours pour obtenir une place au carosse de Paris. Je
m'étois chargé du soin d'y faire voiturer une grande cage où étoit 50
perdrix de la Havanne qui ont la teste bleue et les yeux bordées d'un
grand cercle rouge et devant leur poitrail un émail noir et blanc, et
aussy une autre cage remplie de petits oizeaux curieux nomées
maryposa[238] et azulettes que Mr Jonchée envoyoit à son Altesse, Mr le
comte de Briosne, fils aisné de Mr d'Armagnac, grand écuyer et en
survivance[239]. Et étant arrivé à Paris, je me fit porter avec les
cages à l'hostel d'Armagnac, où je fus bien receut de son Altesse qui
étoit avec Madame la comtesse d'Arcos[240] favorite de Mr l'Electeur de
Bavière qui eut sa part des petits oizeaux.
Je présentay à son Altesse les lettres de Mr Jonchées, où j'étois
recomandé à l'honneur de sa protection pour me présenter à M. de
Pontchartrain dont je craignois l'abord, sur ce qu'on l'avoit à faux
informé contre moy, et lorsque ce prince eut leu ces lettres il me dits:
«Reposées-vous». Et me fit servir proprement à manger, car il avoit
disné et me dits: «Dans deux jours je vous meneray à Versailles et vous
présenteray au Ministre». Madame d'Arcos luy demanda pourquoy, il luy
dits le subjet et elle le pria de m'y servir. Il me demanda où j'avois
laissé mes hardes, je luy dits: «Mon prince, elle ne consiste que dans
une petite malle que j'ay laissée au carosse». Et il l'envoya quérir et
la fit porter dans une de ses chambres, où il me dit d'y rester pour
aler à Versailles avec luy. Et au bout de deux jours il m'y mena dans
son carosse quoyque j'étois très mal habillé. Il fut droit descendre au
pied de l'escalier du Ministre et m'ayant introduit dans l'antichambre,
il entra au cabinet et parla bien une demie heure à Mr de Pont Chartrain
et luy représenta mon malheur et innocence que Mr Jonchée luy avoit
marquées et l'on me fit entrer. Et le ministre comença par dire: «Quoy,
vous voilà! Mr Deslandes m'a écrit il y a plus de six mois que vous
étiez enterré à Lester». «Il l'a creu, Monseigneur, puisqu'il presta son
carosse pour porter mon cadavre étant déjà enssevely».--«Et coment
avez-vous échapé?»--«Par un débordement du cerveau qui fit connoistre
que j'avois encore vie après six heures d'une léthargie, et l'on me
débarrassa du cercueil, puis le sang paru à la veine de mon pied qui
n'avoit pas esté lié, et peu à peu j'ay repris le peu de forces que
Votre Grandeur me voit». Il se mit à rire et dits: «Elles ne sont pas
grandes; taschez à vous rétablir. Cependant vous avez de grands ennemis
qui m'ont fait écrire par Mr Miton[241] bien des choses contre vous». Je
dits: «Monseigneur, vous avez tous les jours des exemples que dans les
malheurs les chefs sont chargés et accablés par des mécontents qu'on a
reprimés dans leurs fautes et que l'on a chastiées, et trouvent les
occasions de se venger par des faussetez.» Il dits: «Cela arive fort
souvent: tranquilisez-vous, et pensées à vous restablir.» Et je prits
congé et Mr de Briosne me ramena chez luy au pavillon de la grande
écurye, et fut chez le Roy. Et il ne revint que sur les deux heures pour
disner, et comme j'étois faible ne pouvant atendre sy tard, j'avois
mangé. Il me dits d'aler disner avec luy, je le remerciay et luy dits
estre pourvu et qu'il me permis d'aler à Paris voir Mrs les directeurs
de la compagnie, et auprès desquels je prévoyois avoir autant besoin de
l'honneur de sa protection qu'en celle du Ministre, et qu'ils le
pouvoient faire changer de sentiments, et il me dits: «Alées et ne
manquez de m'informer de tout ce qui pourra vous arriver.» Je le
remerciay humblement de ces grandes bontées, et fut louer une chaise
pour me porter à Paris, et le lendemain je fus trouver Mr Pasquier,
directeur général, qui me receut froidement et doucement car c'est un
bon et honneste homme. Il me montra les dépositions que l'on luy avoit
envoyées contre moy. Je luy dits que je venois d'estre hier présenté au
Ministre qui m'en dits à peu près autant et m'avoit dit de penser à
restablir ma santé, mais ce qui me surpris le plus cets les fausses
déclarations qu'avoit données un homme de mon pays et auquel j'avois
cherché à faire plaisir à son advancement et mesme qui n'étoit présent
lorsque le malheur de l'incendie arriva et m'ayant creu mort par le
bruit qui en courut disoit que j'étois heureux dans notre ville que
d'avoir finy mes jours, et que sy j'en étois revenu que j'aurois mal
finy, et plusieurs calomnies, et je ne fut pas sitot revenu au pays
qu'il vint m'en témoigner sa joie avec bien des honnestetez. Ce que cest
que le monde!
Mr Pasquier m'envoyoit chez Mr de Salabery[242] et Mr de Fontanieu qui
présidoient dans cette compagnie, l'un pour le Roy et l'autre pour le
Roy d'Espagne. J'y alois de cinq à six fois sans les pouvoir parler et
cela me fatiguoit et causoit du chagrain et dépense. Mr et Madame Du
Casse eurent la bonté de les parler de moy, et ils dirent que puisque le
ministre m'avoit renvoyé de la sorte que j'euts à me tranquiliser et ne
m'inquiéteroient pas, ayant reconneu bien de la passion et faussetez
dans les dépositions. Et un nommé Paupin qui étoit intéressé dans cette
compagnie qui avoit esté toujours de mes amis ayant creu comme mes
ennemis luy avoient raporté que j'avois sauvé bien de l'or, et quant je
le fus voir il me receut d'un aizé me faisant seoir proche de luy, il me
disoit en riant: «Quoyque vous ayez bien sauvé de l'or, comme j'en suis
bien informé, il auroit aussy bien péry qu'autre chose, et il vous est
bien acquis. Vous savez que j'ay épousé une demoiselle proche parente de
Monseigneur de Pont Chartrain, mais autre bien que de la protection il
faut que vous luy donniez huipt à dix livres de poudre d'or. Et elle
vous mettra à l'abry de tout. Croyez-moy et ne me déguisez pas.» Sy
homme fut jamais surpris à ces discours ce fut moy, et demeuray tout
étonné, puis me prenant la main, disant: «Ouy, ouy, mon capitaine, et
mon amy, il faut que vous donniez cela à Madame où cest fait de vous; je
say ce qui s'ets passé et qu'il n'y aye que nous eux qui sache cet
affaire.» Je fut sy surpris encore une fois qu'à peine je fut à mon
auberge que j'en tombay rudement malade de chagrain. Ma dissenterye et
la fièvre me radoubla et ensuite une fluxion sur la poitrine, et une
fièvre continue avec redoublement, et dans une auberge, à un 4e étage,
ayant une garde 35 sols par jour qui avoit plus de soing de prendre mes
bouillons qu'à me les donner. Je fus visité par Mr Duhangar, médecin de
Mr le premier Président du Harlay, lequel me fit saigner huipt fois et
me réduit à une tisanne et bouillons au poulet pendant trois semaines et
j'écrits à mon épouse de venir me voir pour la dernière fois. Elle vint
en poste dans une chaize en un jour et demy, me consola et avec ces bons
soins elle m'aida à me rétablir et mon médecin m'ordonna de changer de
demeure pour estre à portée de prendre du lait d'anesse. Et je futs dans
l'ille de St-Louis, chez Mr et Madame Léger, bon marchand de vin et bon
amy ainsy que son épouze. Enfin je me rétablit, mais toujours l'esprit
très préoccupé de ce Mr Paupin et d'estre dégagé des poursuites de la
compagnie que je fus trouver à un jour de leurs assemblées au grand
bureau, et ils me dirent tous: «Alées chez vous et ne vous inquiétez
pas; nous sommes bien informées et ne vous demandons rien. Le Ministre
nous a dit de vous en assurer», mais Paupin qui étoit un tonnelier de
profession qui avoit fait une grosse fortune dans l'arcenail de Brest,
et que pour apaiser l'erreur de ces comptes épouza la demoiselle parente
du Seigneur, il dit comme je sortois: «Je ne le tiens pas quitte, moy,
pour mon intérets.» Et l'on me dits: «Alées, alées mon bon homme, chez
vous et ne le craignez pas.» Et nous partismes dans une chaize à deux et
futs chez moy jusqu'au mois de juin 1707.
Mr Morel du Mein Président à la cour des Aides, et beau-frère de Mr de
Salaber, m'écrivit une lettre que sy je me sentois bien rétably que
j'eus à aller le trouver et qu'il me proposeroit le commandement d'un
bon vaisseau pour un voyage qui me feroit oublier mes peines du
précédent. Je party trois jours après luy avoir fait une réponce, et que
j'alois le trouver, et il me proposa que sy je pouvois partir dans huit
à dix jours par la diligence de Lion pour me rendre à Marseille qu'il
m'y feroit comander un bon vaisseau de quarante canons pour le voyage de
la mer du Sud. Je luy demandey 15 jours pour mettre chez moy mes
affaires en état, et sy je finissois plutots que je me rendrois chez luy
pour recevoir ses ordres. Et l'envie de faire un sy beau voyage me fit
cacher une fièvre lente que je couvois sans me plaindre à mon épouse. Le
14 juillet je m'étois rendu chez Mr Morel qui me donna seulement une
lettre pour la délivrer à Mr Jean-Baptiste Bruny et qui devoit armer le
vaisseau en question, et la diligence partoit le 15 et heureusement j'y
trouvay une place vacante et arivey à Marseille le 23e juillet, où je
fus bien receu et commenssay à faire radouber le vaisseau le _Levrier_
depuis fut nomé le _St-Jean-Baptiste_.
Et pendant que j'étois à cette occupation, l'armée navalle d'Angleterre
vint prendre les illes d'Hières proche de Toulon, où ils atendirent
d'avoir les nouvelles que Mr le duc de Savoie euts fait passer son armée
le passage du Var[243] pour assiéger par terre la ville de Toulon et le
port par l'armée Angloise, et toute la Provence estoit en grande alarme
étant presque sans deffence n'étant prévenue; nos troupes y accoururent
soubs Mr de Thessé[244] et M. de St-Pair[245], l'on coula à l'entrée du
port le vaisseau le _St-Philipe_ où l'on fit une baterye de 90 canons.
Mon travail cessa. Je fus offrir mes services à M. de Vauvrey[246]
Intendant, où étoit pour lors M. Combe[247], commissaire de
l'artillerye, et me prits par le bras, disant: «Bon acteur, j'ay de quoy
vous occuper». Et il me donna deux pièces de canon de douze livres de
boulet à comander vers la porte de Ste-Catherine. Les ennemis
bombardaient par terre. Et les troupes de M. de Savoye s'aprochèrent à
portée d'un moyen canon de Ste-Catherine; l'on fit plusieurs sorties qui
repoussèrent les ennemis et la troisiesme journée fut presque sans
actions de part et d'autres, et l'on appris depuis que M. de Savoye
envoya dire à l'admiral Anglois que ces troupes étoient à portée et
toute prestes à donner l'assaut, mais qu'elles vouloient avant tout
recevoir la paye que l'Angleterre avoit promise, ce qui fut payé par les
Anglois, et la nuitée se passa tranquille comme le jour. L'armée
angloise s'étoit aprochée près du fort de Ste-Marguerite dont ils
s'étoient rendus les maistres[248] et espéroient au petit jour bombarder
lorsqu'ils verroient les signaux de l'assaut prétendu, mais ils furent
bien étonnés que à 8 et 9 heures ils n'apercevoient aucuns mouvements et
aprirent que M. de Savoye avoit fait décamper la nuit son armée et sans
bruit, et la ville fut délivrée. On auroit bien peu par des embuscades
dans les bois harceler et tuer des hommes de M. de Savoye sy l'on avoit
voulu les suivre. Mais à son ennemy qui fuit il luy faut faire pont
d'or. Et l'on a creu que ce prince étoit d'intelligence avec le Roy pour
luy laisser Toulon comme on luy fit Turin. Mais les Anglois en furent
les dupes, sans faire aucun mal à cette ville se sont retirées. Et je
retournay à Marseille suivre l'armement. Je fus un peu blasmé par M.
Bruny qui me dits que l'on ne m'avoit pas fait venir pour Toulon.--Et je
finis mes discours jusqu'à présent en me raportant au journal ensuivant
de mon voyage de la mer du Sud où j'y ay insséré plus corectement toutes
les particularitez et mesme le plans des places où j'ay passé jusqu'à
mon retour en France au Port-Louis au 22 avril 1711, où j'ay terminé de
ne plus retourner sur la mer où j'ay comencé d'aler en février de l'anée
1663[249].--Dieu veuille que ce que j'ay à vivre soit pour sa gloire et
pour mon salut. Finis.
FIN
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
Coppie de la concession des Iles de la Magdelaine, St-Jean, Brion et aux
Oisseaux, faitte au sieur Doublet.
Du 19 janvier 1663.
La compagnie de la Nouvelle France assemblée avec celle de Miscou et de
son consentement, à tous présens et à venir, salut. Désirant aider ceux
qui peuvent travailler à la colonie du pays, sur la demande à nous
faitte par le sieur Doublet, capitaine de navire, des isles de la
Magdeleine, St-Jean, aux Oiseaux et de Brion dans le golfe de
St-Laurens, pour y faire colonie et y envoyer navire nécessaires, et
pour y faire toutes sortes de pesches aux environs et sur les bastures
desdites isles, desfricher et cultiver lesdites terres. Sur quoy
délibération se seroit ensuivie suivant le pouvoir à elle donné par Sa
Majesté, a audit sieur Doublet donné, concédé et accordé lesdites isles
de la Magdelaine, St-Jean, aux Oiseaux, Brion, en toute propriété et
redevance de vasselage de notre dite compagnie de Miscou, et chargée
vers elle de cinquante livres par chacun an pour toutte redevance qui
sera payée pendant les trois premières années, sans pourtant que ledit
sieur Doublet puisse traitter aucunes peaux ni pelleteries dans
l'estendue desdits lieux ni ailleurs. En tesmoing de quoy nous avons
fait apposer le scel de notre compagnie. Fait au Bureau de notre
compagnie de la Nouvelle France, le 19e janvier 1663.
Extrait des délibérations de la compagnie de la Nouvelle France pair moy
A. Cheffaut secrétaire, avec paraphe.
J'ay l'original, J.-B. de Brévedent.
Arch. de la Marine, Colonies, Amérique du Nord, vol. 1er, 1661-1693. Cf.
_Mémoires des commissaires du Roi_, t. II, p. 521.
II
Association formée entre François Doublet et Philippe Gaignard, pour
l'exploitation des îles de la Madeleine dans le golfe de Saint-Laurent.
23 avril 1663.
Je François Doublet, maistre en proprietté et conducteur du navire nommé
le _Saint-Michel_ du port de deux cents thonneaux ou viron, de présent
en ce port et havre prest à partir pour faire, Dieu aidant, le voyage de
Canada aux Illes de la Magdelaine scituez dans le golfe de Saint-Laurens
et autres lieux de la coste que besoing sera pour faire la pesche des
morues ordinaires dudict lieu, et ausdites Illes à moy propriettairement
appartenant suivant la concession qui m'en a esté octroyée par le Roy
notre sire, establir une colonye pour la demeurer et faire desfricher
les terres en sorte que l'on puisse rendre à l'advenir lesdites Illes
commodément habitables, confesse avoir pacté avec M. Philippes Gaignard
affin de demeurer aux dites illes pendant trois ans consecutifs à
commencer du jour de notre arrivée au dict lieu en qualité de lieutenant
auquel j'ay donné pouvoir de commander et faire travailler les habitantz
aux choses nécessaires pour l'utilité et accroissement de l'habitation;
Et pour faire en temps et saison la pesche des loups marins aux lieux où
il jugera à propos et iceux estre réduitz en huilles, mesme aussy faire
la pesche des morues et icelles aprester soit en vert ou en sec comme et
autant que faire se pourra; pour les gaiges duquel je consentz et
accorde que les choses cy-après soient entièrement gardez et observez,
ascavoir:
Que du nombre desdites marchandises tant huilles que morues ainsi
aprestez à ladite terre ensemble celles qui le seront année présente
dans mon dict vaisseau soient partagez par tiers, deux desquels
vertiront au profit des armateurs de la colonye et sur le dernier tiers
seront levez les loyers qu'il conviendra payer aux hommes qui habiteront
les dites Illes et matelots dudict vesseau; le restant duquel tiers sera
derechef partagé encore par tiers l'un desquels tiers au bénéfice seul
dudit Gaignard et les deux autres restant à mon profict pour aucunnement
me rescompenser des frais et advancs que j'ay faictz à l'établissement
de ladicte colonye par ce que en cas où il y auroit quelques pertes ou
moins de profict pour payer suffisamment les loyers desdicts habitantz
et matelotz ledict Gaignard a promis de contribuer de sa part à
l'entière perfection de touttes choses, à quoy il s'est comme moy obligé
par corps et biens et à l'entretien de tout ce que dessus. Faict à
Honfleur ce jourd'huy vingt-troisiesme jour d'april, mil six
cent-soixante et trois, présence.
DOUBLET. GAIGNARD.
Minutes du tabellionnage de Roncheville à la date du 9 may 1665.
III
Acte de mariage de Jean-François Doublet.
(14 octobre 1692)
Nous soussigné Pierre de la Cornillère, prestre, chanoine de l'église
cathédrale et paroissiale de St-Malo, certifions avoir administré ce
présent jour, dans ladite église, les bénédictions nuptiales à noble
homme Jan-François Doublet, natif de la ville de Honfleur, paroisse de
St-Catherine, au diocèze de Lizieux, fils de deffunt le sieur François
Doublet et de Demoiselle Magdeleine Fontaine; et à Demoiselle Françoise
Fossard, de cette dite ville de St-Malo, fille de deffunt Pierre
Fossard, sieur Des Maretz et de Demoiselle Janne Laisné; et ce ensuite
du consentement de noble et discrepte personne M. Louis Desnos aussi
chanoine et vicaire perpétuel de ladite église cathédrale et
paroissialle dudit St-Malo en datte du jour d'hyer, ledit consentement
faisant mention du premier banc et publication faite dimanche dernier
douziesme jour du courant des promesses du futur mariage entre les
susdites parties sans que personne y ait formé opposition, comme aussi
ensuite de la dispense du second et troisiesme banc des susdites
promesses du futur mariage entre lesdites parties en datte aussi du jour
d'hyer, leur accordée par Monseigneur Symon, vicaire général de
Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Sébastien Du Quemandeuc,
évesque dudit St-Malo, et insinuée pareillement ledit jour d'hyer sur le
registre des insinuations ecclésiastiques de ce diocèze, au feuillet
seiziesme, et finalement ensuitte d'un certificat en attestation de M.
Michel du Tertre, prestre curé de ladite paroisse de Ste-Catherine, de
Robert Hounet, aussi prestre, vicaire d'icelle paroisse et de plusieurs
personnes dignes de foy, en datte du mercredy huitiesme jour du courant,
passée devant le tabellion royal de ladite ville de Honfleur, vicomte
d'Auge, et son adioinct, par laquelle il conste que ledit sieur
Jean-François Doublet n'est promis ny engagé dans le sacrement de
mariage; ladite dispance et attestation à nous apparüe et rendüe à
mondit sieur le vicaire perpétuel de St-Malo qui s'en est resaisi, fin
lesdites bénédictions nuptiales administrées en présence de ladite
Demoiselle Janne Laisné, mère de ladite Demoiselle espousée; du sieur
Jan Fossard, frère de ladite Demoiselle espousée; de Nicolas Lhostelier,
sieur des Naudierres; de Thomas Lhostelier, sieur des Landelles, frère
dudit sieur des Naudierres, et de plusieurs autres. Et ont signé les
susdits dénommez audit Saint-Malo, le quatorziesme jour du mois
d'octobre de l'an mil six cent nonante deux.
Signé, Jean-François Doublet, Françoise Fossard, Jeanne Lesnée,
Lhostelier, Jean Fossard, Lhostelier, Nicolas Lhostelier le jeune,
Perronne et Pierre de La Cornillère.
Arch. de St-Malo, reg. de l'état civil.
IV
Lettre de M. Le Bigot des Gastines, commissaire ordinaire de la marine,
à Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain.
A Saint-Malo, ce 15 aoust 1694.
Vous aurés appris par le Port-Louis, Mgr, la prise et l'arrivée d'un
navire de guerre anglois, garde de coste d'Irlande, de 30 canons et de
142 hommes d'équipage. C'est le sieur Doublet de cette ville, comandant
le _Comte de Revel_ qui a faict, Mgr, cette iolie action[250]. Vous avès
accoustumé d'accorder quelque récompense et honeurs aux capitaines qui
enlevent aux ennemis de leurs vaisseaux de guerre, ie vous la demande
d'autant plus volontiers, Mgr, pour ledit sieur Doublet que c'est
d'ailleurs un honneste homme et très bon navigateur, capable
d'entreprendre tout ce que vous lui ordonnerés pour le service du Roy,
dont vous redoublerès le courage et l'émulation par la moindre petite
récompense d'honeur. Mais ie vous demande en mesme temps, Mgr, de
marquer par quelque punition au sieur Creton du Pignonvert, capitaine de
l'_Estoille_, combien vous estes mal satisfaict du peu de courage qu'il
a faict paroistre en cette occasion. Je ioins icy un petit récit
sommaire de cette action...
Arch. de la marine, service général.
DE GASTINES.
V
Relation de la prise d'un navire de guerre anglois garde coste d'Irlande
de nouvelle fabrique par le sieur Doublet de Honfleur, capitaine du
_comte de Revel_.