1706. Et il fallut caresner le vaisseau La _Renomée_ comandé par Mr Le

Roux, et l'on avoit pozé des sentinelles Espagnols sur le quay près de

ce vaisseau pour garder qu'on ne débarque pas des marchandizes, parmy

les agréez du dit vaisseau, et un sentinelle s'aviza mal a propos de

repousser du bout de son fusil un enseigne de la _Renomée_ nomé Mr

Langlois, qui se sentant mal à propos frapé tira son épée et culbutta le

sentinelle sur le careau, ce qui causa une révolte entre nos gens et

ceux de la ville qui s'assembloient en grand nombre en armes criant:

«Tue, tue les François.» Et le gouverneur du chasteau très imprudent fit

tirer un coup de canon et soner le tocssain pour alarme et s'enferma

avec sa garnison, que c'étoit un désordre dans la ville où autant de nos

matelots qu'ils rencontroient autant de tuées. Et Mr Jonchée fut manqué

de deux coups de fusil alant pour apaizer le tumulte, et sa maison où

j'étois fut incontinent investie. Je fit fermer et baricader la porte de

la rue et fit faire un retranchement en dedans de tous les bois d'un

buscher pour en empescher l'entrée dans la basse cour voyant qu'ils

enfonssoient la porte à coups de haches. Je fits dresser quatre périers

en batterye et bien chargés à mitraille batant à la porte au cas qu'il

eusse ouverte pour en tuer une partye. Et il y avoit une grande galerie

en dedans autour du logis où il y avoit deux escaliers que j'avois

pourvus au haut d'une quantité de grosses pierres pour jetter au besoin

et j'enfoncey la porte du cabinet de Mr Jonchées pour y prendre des

menues armes, poudres et munitions. Le cuisinier s'étoit muni de ses

broches à rotir et les Espagnols ayant aperceu nos préparatifs par un

trou qu'ils avoient faits à la grande porte se retapirent. Le contrôleur

de la compagnie nomé Mr Galeux, fut sy effrayé quand je luy présentay

deux pistolets pour nous défendre, qu'il ne fut par maistre de son

ventre, qu'il gasta toutes ses culottes et nous penssa empoisonner. Un

enseigne de Mr Vaulezard dont je tairay le nom à cauze qu'il est

gentilhomme et fils d'un brave capitaine des vaissaux du Roy en fit

autant que le controlleur, et se cacha soubs le lit de Mr Jonchée et une

flandrine nomée dame Catherine, économe de la maison, prits les deux

pistolets et me dits. «Monsieur je ne vous abandonneray pas. Il faut

deffendre notre vie.» Elle vint avec moy bien à temps sur la terasse

dont j'aperceut quatre échelles contre la muraille et des hommes qui y

montoient pour piller le trésor de la compagnie qui estoit à costé, elle

et moy renversasmes une des échelles avec les gens qui y estoient et ils

abandonnèrent les deux autres que nous atirasmes avec agilité sur la

terasse et les jetasmes dans nostre basse cour malgré plus de vingt

mousquetades et des cailloux qui nous furent tirées. Je futs dans un

balcon donnant sur la rüe au-dessus de la grande porte et criay en

langue Espagnolle: «Messieurs, que voulez-vous? et que nous vous avons

fait.» Un coup de mousquet partit et la balle perça le bord de mon

chapeau, et on me cria: «Ouvre la porte; nous te le dirons.» Je fits

deffensse à Caterine de tirer sur aucuns pour ne les pas iriter

davantage, mais je leurs dits; «Ouvrez la porte et vous verrez comme

nous vous recevrons.» Et dans le moment j'aperceut le gouverneur à la

teste d'une trentaine de soldats, et Don Leaureano Dastorès qui venoit

gouverneur de Chaillacola, et Mr Jonchée tout ensanglanté qu'ils

amenoient tous d'un visage guay et me dirent d'ouvrir la porte et

faisoient évader tous les assiégeants. Je fus faire ouvrir la porte et

fus embrassé de tous et postèrent corps de garde soubs notre grande

porte en disant: «Vous estes par votre vigilance en vie et seureté.» Et

admirèrent les précautions que j'avois prise pour résister. Je demandé à

Mr Jonchée ou il étoit blessé voyant autant de sang sur son habit, et il

me dits. «Cest qu'ils ont asasiné un malheureux jeune homme entre mes

bras et ils m'ont manqué par deux fois de coups de mousquets. Et je vous

prie que Catherinne nous fasse donner à disner, car je meurs de

faim.»--«J'en suis comme vous, luy dis-je et on a pas fait de feu à la

cuisine, mangeons du pain et buvons du vin et ce soir nous souperons

mieux. Mais votre controlleur et l'ensseigne de Vaulezard sont sy saouls

que le premier a défonscé sa culotte, et on crève auprès de luy de sa

bonne odeur; l'autre est couché dessoubs votre lit.» Mr Jonchée prit le

sérieux et dit: «Parbleu! cest bien mal se comporter dans une pareille

ocasion.» Et les fut trouver croyant les gronder, mais ils luy firent

adveu de la faiblesse de nature qui les avoit maitrizées, puis ils vint

me dire: «Pardié, vous me l'avez donnée belle; j'alois les gronder, mais

ils m'ont fait pitié et mon dit que vous estes un intrépide.» Je dis:

«Ils n'en ont pas veu la moitié, songées à fermer votre cabinet que j'ay

forcé la porte pour avoir des armes et munissions.» Et il m'embrassa

très tendrement, et nous eumes trente deux hommes massacrés et 7 à 8

bien blessés, sans que nos pauvres gens fissent résistance, et il est

certain que sy cela avait duré encore un quart d'heure que M. de

Vaulezard avoit disposé les quatre vaisseaux à canoner la ville et

chasteaux et les auroient bouleversées, ce qui auroit cauzé de

fascheuses suites et un grand domage, étant une très jolie ville et le

plus beau port et plus comode qu'il y aye, je puis dire, au monde.

Le six février ensuivaant entra en ce port cinq vaisseaux du Roy partye

de l'escadre de Mr d'Hiberville[235] dont cette partye étoit comandée

par le frère de mon dit sieur d'Hiberville nomé Mr de Sérigy[236],

lesquels revenoient d'avoir fait descente et pillé sur les Anglois les

isles de Nieve et Antigue et prirent le prétexte de relascher à la

Havane pour y racomoder leurs vaisseaux et y vendirent à la sourdine

pour plus d'un 1/2 million de piastres de leurs pillages et s'en alèrent

ensuite en France avant nous. Les deux balots que m'avoit confiées Mr le

François au Petit-Goave me produirent, pour ma moitié du profit, 427

piastres et à luy autant avec son capital que j'ay bien payé en France

au sieur Pomenié suivant l'ordre que j'en avois, et avec les 500

piastres des sieurs Rouleau et Javelot cela me fit un grand plaisir, et

nous partismes ensemble 4 navires soubs le commandement de Mr de

Vaulezard[237] dans le vaisseau l'_Indien_ et il me fit rembarquer avec

luy où il m'a traité comme luy mesme.

Nostre départ fut au 10e mars 1706 et avons esté trente huit jours à

nous rendre à Chef de Boys, rade de la Rochelle, sans mauvaise rencontre

que au dehors des pertuis nous rencontrasmes trois navires de guerre

anglois qui nous vouloient taster nos forces. Mais nous fismes figure

d'aler à eux et ils se retirèrent. Je débarqué à la Rochelle le 19 may

et y fut quatre jours pour obtenir une place au carosse de Paris. Je

m'étois chargé du soin d'y faire voiturer une grande cage où étoit 50

perdrix de la Havanne qui ont la teste bleue et les yeux bordées d'un

grand cercle rouge et devant leur poitrail un émail noir et blanc, et

aussy une autre cage remplie de petits oizeaux curieux nomées

maryposa[238] et azulettes que Mr Jonchée envoyoit à son Altesse, Mr le

comte de Briosne, fils aisné de Mr d'Armagnac, grand écuyer et en

survivance[239]. Et étant arrivé à Paris, je me fit porter avec les

cages à l'hostel d'Armagnac, où je fus bien receut de son Altesse qui

étoit avec Madame la comtesse d'Arcos[240] favorite de Mr l'Electeur de

Bavière qui eut sa part des petits oizeaux.

Je présentay à son Altesse les lettres de Mr Jonchées, où j'étois

recomandé à l'honneur de sa protection pour me présenter à M. de

Pontchartrain dont je craignois l'abord, sur ce qu'on l'avoit à faux

informé contre moy, et lorsque ce prince eut leu ces lettres il me dits:

«Reposées-vous». Et me fit servir proprement à manger, car il avoit

disné et me dits: «Dans deux jours je vous meneray à Versailles et vous

présenteray au Ministre». Madame d'Arcos luy demanda pourquoy, il luy

dits le subjet et elle le pria de m'y servir. Il me demanda où j'avois

laissé mes hardes, je luy dits: «Mon prince, elle ne consiste que dans

une petite malle que j'ay laissée au carosse». Et il l'envoya quérir et

la fit porter dans une de ses chambres, où il me dit d'y rester pour

aler à Versailles avec luy. Et au bout de deux jours il m'y mena dans

son carosse quoyque j'étois très mal habillé. Il fut droit descendre au

pied de l'escalier du Ministre et m'ayant introduit dans l'antichambre,

il entra au cabinet et parla bien une demie heure à Mr de Pont Chartrain

et luy représenta mon malheur et innocence que Mr Jonchée luy avoit

marquées et l'on me fit entrer. Et le ministre comença par dire: «Quoy,

vous voilà! Mr Deslandes m'a écrit il y a plus de six mois que vous

étiez enterré à Lester». «Il l'a creu, Monseigneur, puisqu'il presta son

carosse pour porter mon cadavre étant déjà enssevely».--«Et coment

avez-vous échapé?»--«Par un débordement du cerveau qui fit connoistre

que j'avois encore vie après six heures d'une léthargie, et l'on me

débarrassa du cercueil, puis le sang paru à la veine de mon pied qui

n'avoit pas esté lié, et peu à peu j'ay repris le peu de forces que

Votre Grandeur me voit». Il se mit à rire et dits: «Elles ne sont pas

grandes; taschez à vous rétablir. Cependant vous avez de grands ennemis

qui m'ont fait écrire par Mr Miton[241] bien des choses contre vous». Je

dits: «Monseigneur, vous avez tous les jours des exemples que dans les

malheurs les chefs sont chargés et accablés par des mécontents qu'on a

reprimés dans leurs fautes et que l'on a chastiées, et trouvent les

occasions de se venger par des faussetez.» Il dits: «Cela arive fort

souvent: tranquilisez-vous, et pensées à vous restablir.» Et je prits

congé et Mr de Briosne me ramena chez luy au pavillon de la grande

écurye, et fut chez le Roy. Et il ne revint que sur les deux heures pour

disner, et comme j'étois faible ne pouvant atendre sy tard, j'avois

mangé. Il me dits d'aler disner avec luy, je le remerciay et luy dits

estre pourvu et qu'il me permis d'aler à Paris voir Mrs les directeurs

de la compagnie, et auprès desquels je prévoyois avoir autant besoin de

l'honneur de sa protection qu'en celle du Ministre, et qu'ils le

pouvoient faire changer de sentiments, et il me dits: «Alées et ne

manquez de m'informer de tout ce qui pourra vous arriver.» Je le

remerciay humblement de ces grandes bontées, et fut louer une chaise

pour me porter à Paris, et le lendemain je fus trouver Mr Pasquier,

directeur général, qui me receut froidement et doucement car c'est un

bon et honneste homme. Il me montra les dépositions que l'on luy avoit

envoyées contre moy. Je luy dits que je venois d'estre hier présenté au

Ministre qui m'en dits à peu près autant et m'avoit dit de penser à

restablir ma santé, mais ce qui me surpris le plus cets les fausses

déclarations qu'avoit données un homme de mon pays et auquel j'avois

cherché à faire plaisir à son advancement et mesme qui n'étoit présent

lorsque le malheur de l'incendie arriva et m'ayant creu mort par le

bruit qui en courut disoit que j'étois heureux dans notre ville que

d'avoir finy mes jours, et que sy j'en étois revenu que j'aurois mal

finy, et plusieurs calomnies, et je ne fut pas sitot revenu au pays

qu'il vint m'en témoigner sa joie avec bien des honnestetez. Ce que cest

que le monde!

Mr Pasquier m'envoyoit chez Mr de Salabery[242] et Mr de Fontanieu qui

présidoient dans cette compagnie, l'un pour le Roy et l'autre pour le

Roy d'Espagne. J'y alois de cinq à six fois sans les pouvoir parler et

cela me fatiguoit et causoit du chagrain et dépense. Mr et Madame Du

Casse eurent la bonté de les parler de moy, et ils dirent que puisque le

ministre m'avoit renvoyé de la sorte que j'euts à me tranquiliser et ne

m'inquiéteroient pas, ayant reconneu bien de la passion et faussetez

dans les dépositions. Et un nommé Paupin qui étoit intéressé dans cette

compagnie qui avoit esté toujours de mes amis ayant creu comme mes

ennemis luy avoient raporté que j'avois sauvé bien de l'or, et quant je

le fus voir il me receut d'un aizé me faisant seoir proche de luy, il me

disoit en riant: «Quoyque vous ayez bien sauvé de l'or, comme j'en suis

bien informé, il auroit aussy bien péry qu'autre chose, et il vous est

bien acquis. Vous savez que j'ay épousé une demoiselle proche parente de

Monseigneur de Pont Chartrain, mais autre bien que de la protection il

faut que vous luy donniez huipt à dix livres de poudre d'or. Et elle

vous mettra à l'abry de tout. Croyez-moy et ne me déguisez pas.» Sy

homme fut jamais surpris à ces discours ce fut moy, et demeuray tout

étonné, puis me prenant la main, disant: «Ouy, ouy, mon capitaine, et

mon amy, il faut que vous donniez cela à Madame où cest fait de vous; je

say ce qui s'ets passé et qu'il n'y aye que nous eux qui sache cet

affaire.» Je fut sy surpris encore une fois qu'à peine je fut à mon

auberge que j'en tombay rudement malade de chagrain. Ma dissenterye et

la fièvre me radoubla et ensuite une fluxion sur la poitrine, et une

fièvre continue avec redoublement, et dans une auberge, à un 4e étage,

ayant une garde 35 sols par jour qui avoit plus de soing de prendre mes

bouillons qu'à me les donner. Je fus visité par Mr Duhangar, médecin de

Mr le premier Président du Harlay, lequel me fit saigner huipt fois et

me réduit à une tisanne et bouillons au poulet pendant trois semaines et

j'écrits à mon épouse de venir me voir pour la dernière fois. Elle vint

en poste dans une chaize en un jour et demy, me consola et avec ces bons

soins elle m'aida à me rétablir et mon médecin m'ordonna de changer de

demeure pour estre à portée de prendre du lait d'anesse. Et je futs dans

l'ille de St-Louis, chez Mr et Madame Léger, bon marchand de vin et bon

amy ainsy que son épouze. Enfin je me rétablit, mais toujours l'esprit

très préoccupé de ce Mr Paupin et d'estre dégagé des poursuites de la

compagnie que je fus trouver à un jour de leurs assemblées au grand

bureau, et ils me dirent tous: «Alées chez vous et ne vous inquiétez

pas; nous sommes bien informées et ne vous demandons rien. Le Ministre

nous a dit de vous en assurer», mais Paupin qui étoit un tonnelier de

profession qui avoit fait une grosse fortune dans l'arcenail de Brest,

et que pour apaiser l'erreur de ces comptes épouza la demoiselle parente

du Seigneur, il dit comme je sortois: «Je ne le tiens pas quitte, moy,

pour mon intérets.» Et l'on me dits: «Alées, alées mon bon homme, chez

vous et ne le craignez pas.» Et nous partismes dans une chaize à deux et

futs chez moy jusqu'au mois de juin 1707.

Mr Morel du Mein Président à la cour des Aides, et beau-frère de Mr de

Salaber, m'écrivit une lettre que sy je me sentois bien rétably que

j'eus à aller le trouver et qu'il me proposeroit le commandement d'un

bon vaisseau pour un voyage qui me feroit oublier mes peines du

précédent. Je party trois jours après luy avoir fait une réponce, et que

j'alois le trouver, et il me proposa que sy je pouvois partir dans huit

à dix jours par la diligence de Lion pour me rendre à Marseille qu'il

m'y feroit comander un bon vaisseau de quarante canons pour le voyage de

la mer du Sud. Je luy demandey 15 jours pour mettre chez moy mes

affaires en état, et sy je finissois plutots que je me rendrois chez luy

pour recevoir ses ordres. Et l'envie de faire un sy beau voyage me fit

cacher une fièvre lente que je couvois sans me plaindre à mon épouse. Le

14 juillet je m'étois rendu chez Mr Morel qui me donna seulement une

lettre pour la délivrer à Mr Jean-Baptiste Bruny et qui devoit armer le

vaisseau en question, et la diligence partoit le 15 et heureusement j'y

trouvay une place vacante et arivey à Marseille le 23e juillet, où je

fus bien receu et commenssay à faire radouber le vaisseau le _Levrier_

depuis fut nomé le _St-Jean-Baptiste_.

Et pendant que j'étois à cette occupation, l'armée navalle d'Angleterre

vint prendre les illes d'Hières proche de Toulon, où ils atendirent

d'avoir les nouvelles que Mr le duc de Savoie euts fait passer son armée

le passage du Var[243] pour assiéger par terre la ville de Toulon et le

port par l'armée Angloise, et toute la Provence estoit en grande alarme

étant presque sans deffence n'étant prévenue; nos troupes y accoururent

soubs Mr de Thessé[244] et M. de St-Pair[245], l'on coula à l'entrée du

port le vaisseau le _St-Philipe_ où l'on fit une baterye de 90 canons.

Mon travail cessa. Je fus offrir mes services à M. de Vauvrey[246]

Intendant, où étoit pour lors M. Combe[247], commissaire de

l'artillerye, et me prits par le bras, disant: «Bon acteur, j'ay de quoy

vous occuper». Et il me donna deux pièces de canon de douze livres de

boulet à comander vers la porte de Ste-Catherine. Les ennemis

bombardaient par terre. Et les troupes de M. de Savoye s'aprochèrent à

portée d'un moyen canon de Ste-Catherine; l'on fit plusieurs sorties qui

repoussèrent les ennemis et la troisiesme journée fut presque sans

actions de part et d'autres, et l'on appris depuis que M. de Savoye

envoya dire à l'admiral Anglois que ces troupes étoient à portée et

toute prestes à donner l'assaut, mais qu'elles vouloient avant tout

recevoir la paye que l'Angleterre avoit promise, ce qui fut payé par les

Anglois, et la nuitée se passa tranquille comme le jour. L'armée

angloise s'étoit aprochée près du fort de Ste-Marguerite dont ils

s'étoient rendus les maistres[248] et espéroient au petit jour bombarder

lorsqu'ils verroient les signaux de l'assaut prétendu, mais ils furent

bien étonnés que à 8 et 9 heures ils n'apercevoient aucuns mouvements et

aprirent que M. de Savoye avoit fait décamper la nuit son armée et sans

bruit, et la ville fut délivrée. On auroit bien peu par des embuscades

dans les bois harceler et tuer des hommes de M. de Savoye sy l'on avoit

voulu les suivre. Mais à son ennemy qui fuit il luy faut faire pont

d'or. Et l'on a creu que ce prince étoit d'intelligence avec le Roy pour

luy laisser Toulon comme on luy fit Turin. Mais les Anglois en furent

les dupes, sans faire aucun mal à cette ville se sont retirées. Et je

retournay à Marseille suivre l'armement. Je fus un peu blasmé par M.

Bruny qui me dits que l'on ne m'avoit pas fait venir pour Toulon.--Et je

finis mes discours jusqu'à présent en me raportant au journal ensuivant

de mon voyage de la mer du Sud où j'y ay insséré plus corectement toutes

les particularitez et mesme le plans des places où j'ay passé jusqu'à

mon retour en France au Port-Louis au 22 avril 1711, où j'ay terminé de

ne plus retourner sur la mer où j'ay comencé d'aler en février de l'anée

1663[249].--Dieu veuille que ce que j'ay à vivre soit pour sa gloire et

pour mon salut. Finis.

FIN

PIÈCES JUSTIFICATIVES

I

Coppie de la concession des Iles de la Magdelaine, St-Jean, Brion et aux

Oisseaux, faitte au sieur Doublet.

Du 19 janvier 1663.

La compagnie de la Nouvelle France assemblée avec celle de Miscou et de

son consentement, à tous présens et à venir, salut. Désirant aider ceux

qui peuvent travailler à la colonie du pays, sur la demande à nous

faitte par le sieur Doublet, capitaine de navire, des isles de la

Magdeleine, St-Jean, aux Oiseaux et de Brion dans le golfe de

St-Laurens, pour y faire colonie et y envoyer navire nécessaires, et

pour y faire toutes sortes de pesches aux environs et sur les bastures

desdites isles, desfricher et cultiver lesdites terres. Sur quoy

délibération se seroit ensuivie suivant le pouvoir à elle donné par Sa

Majesté, a audit sieur Doublet donné, concédé et accordé lesdites isles

de la Magdelaine, St-Jean, aux Oiseaux, Brion, en toute propriété et

redevance de vasselage de notre dite compagnie de Miscou, et chargée

vers elle de cinquante livres par chacun an pour toutte redevance qui

sera payée pendant les trois premières années, sans pourtant que ledit

sieur Doublet puisse traitter aucunes peaux ni pelleteries dans

l'estendue desdits lieux ni ailleurs. En tesmoing de quoy nous avons

fait apposer le scel de notre compagnie. Fait au Bureau de notre

compagnie de la Nouvelle France, le 19e janvier 1663.

Extrait des délibérations de la compagnie de la Nouvelle France pair moy

A. Cheffaut secrétaire, avec paraphe.

J'ay l'original, J.-B. de Brévedent.

Arch. de la Marine, Colonies, Amérique du Nord, vol. 1er, 1661-1693. Cf.

_Mémoires des commissaires du Roi_, t. II, p. 521.

II

Association formée entre François Doublet et Philippe Gaignard, pour

l'exploitation des îles de la Madeleine dans le golfe de Saint-Laurent.

23 avril 1663.

Je François Doublet, maistre en proprietté et conducteur du navire nommé

le _Saint-Michel_ du port de deux cents thonneaux ou viron, de présent

en ce port et havre prest à partir pour faire, Dieu aidant, le voyage de

Canada aux Illes de la Magdelaine scituez dans le golfe de Saint-Laurens

et autres lieux de la coste que besoing sera pour faire la pesche des

morues ordinaires dudict lieu, et ausdites Illes à moy propriettairement

appartenant suivant la concession qui m'en a esté octroyée par le Roy

notre sire, establir une colonye pour la demeurer et faire desfricher

les terres en sorte que l'on puisse rendre à l'advenir lesdites Illes

commodément habitables, confesse avoir pacté avec M. Philippes Gaignard

affin de demeurer aux dites illes pendant trois ans consecutifs à

commencer du jour de notre arrivée au dict lieu en qualité de lieutenant

auquel j'ay donné pouvoir de commander et faire travailler les habitantz

aux choses nécessaires pour l'utilité et accroissement de l'habitation;

Et pour faire en temps et saison la pesche des loups marins aux lieux où

il jugera à propos et iceux estre réduitz en huilles, mesme aussy faire

la pesche des morues et icelles aprester soit en vert ou en sec comme et

autant que faire se pourra; pour les gaiges duquel je consentz et

accorde que les choses cy-après soient entièrement gardez et observez,

ascavoir:

Que du nombre desdites marchandises tant huilles que morues ainsi

aprestez à ladite terre ensemble celles qui le seront année présente

dans mon dict vaisseau soient partagez par tiers, deux desquels

vertiront au profit des armateurs de la colonye et sur le dernier tiers

seront levez les loyers qu'il conviendra payer aux hommes qui habiteront

les dites Illes et matelots dudict vesseau; le restant duquel tiers sera

derechef partagé encore par tiers l'un desquels tiers au bénéfice seul

dudit Gaignard et les deux autres restant à mon profict pour aucunnement

me rescompenser des frais et advancs que j'ay faictz à l'établissement

de ladicte colonye par ce que en cas où il y auroit quelques pertes ou

moins de profict pour payer suffisamment les loyers desdicts habitantz

et matelotz ledict Gaignard a promis de contribuer de sa part à

l'entière perfection de touttes choses, à quoy il s'est comme moy obligé

par corps et biens et à l'entretien de tout ce que dessus. Faict à

Honfleur ce jourd'huy vingt-troisiesme jour d'april, mil six

cent-soixante et trois, présence.

DOUBLET. GAIGNARD.

Minutes du tabellionnage de Roncheville à la date du 9 may 1665.

III

Acte de mariage de Jean-François Doublet.

(14 octobre 1692)

Nous soussigné Pierre de la Cornillère, prestre, chanoine de l'église

cathédrale et paroissiale de St-Malo, certifions avoir administré ce

présent jour, dans ladite église, les bénédictions nuptiales à noble

homme Jan-François Doublet, natif de la ville de Honfleur, paroisse de

St-Catherine, au diocèze de Lizieux, fils de deffunt le sieur François

Doublet et de Demoiselle Magdeleine Fontaine; et à Demoiselle Françoise

Fossard, de cette dite ville de St-Malo, fille de deffunt Pierre

Fossard, sieur Des Maretz et de Demoiselle Janne Laisné; et ce ensuite

du consentement de noble et discrepte personne M. Louis Desnos aussi

chanoine et vicaire perpétuel de ladite église cathédrale et

paroissialle dudit St-Malo en datte du jour d'hyer, ledit consentement

faisant mention du premier banc et publication faite dimanche dernier

douziesme jour du courant des promesses du futur mariage entre les

susdites parties sans que personne y ait formé opposition, comme aussi

ensuite de la dispense du second et troisiesme banc des susdites

promesses du futur mariage entre lesdites parties en datte aussi du jour

d'hyer, leur accordée par Monseigneur Symon, vicaire général de

Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Sébastien Du Quemandeuc,

évesque dudit St-Malo, et insinuée pareillement ledit jour d'hyer sur le

registre des insinuations ecclésiastiques de ce diocèze, au feuillet

seiziesme, et finalement ensuitte d'un certificat en attestation de M.

Michel du Tertre, prestre curé de ladite paroisse de Ste-Catherine, de

Robert Hounet, aussi prestre, vicaire d'icelle paroisse et de plusieurs

personnes dignes de foy, en datte du mercredy huitiesme jour du courant,

passée devant le tabellion royal de ladite ville de Honfleur, vicomte

d'Auge, et son adioinct, par laquelle il conste que ledit sieur

Jean-François Doublet n'est promis ny engagé dans le sacrement de

mariage; ladite dispance et attestation à nous apparüe et rendüe à

mondit sieur le vicaire perpétuel de St-Malo qui s'en est resaisi, fin

lesdites bénédictions nuptiales administrées en présence de ladite

Demoiselle Janne Laisné, mère de ladite Demoiselle espousée; du sieur

Jan Fossard, frère de ladite Demoiselle espousée; de Nicolas Lhostelier,

sieur des Naudierres; de Thomas Lhostelier, sieur des Landelles, frère

dudit sieur des Naudierres, et de plusieurs autres. Et ont signé les

susdits dénommez audit Saint-Malo, le quatorziesme jour du mois

d'octobre de l'an mil six cent nonante deux.

Signé, Jean-François Doublet, Françoise Fossard, Jeanne Lesnée,

Lhostelier, Jean Fossard, Lhostelier, Nicolas Lhostelier le jeune,

Perronne et Pierre de La Cornillère.

Arch. de St-Malo, reg. de l'état civil.

IV

Lettre de M. Le Bigot des Gastines, commissaire ordinaire de la marine,

à Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain.

A Saint-Malo, ce 15 aoust 1694.

Vous aurés appris par le Port-Louis, Mgr, la prise et l'arrivée d'un

navire de guerre anglois, garde de coste d'Irlande, de 30 canons et de

142 hommes d'équipage. C'est le sieur Doublet de cette ville, comandant

le _Comte de Revel_ qui a faict, Mgr, cette iolie action[250]. Vous avès

accoustumé d'accorder quelque récompense et honeurs aux capitaines qui

enlevent aux ennemis de leurs vaisseaux de guerre, ie vous la demande

d'autant plus volontiers, Mgr, pour ledit sieur Doublet que c'est

d'ailleurs un honneste homme et très bon navigateur, capable

d'entreprendre tout ce que vous lui ordonnerés pour le service du Roy,

dont vous redoublerès le courage et l'émulation par la moindre petite

récompense d'honeur. Mais ie vous demande en mesme temps, Mgr, de

marquer par quelque punition au sieur Creton du Pignonvert, capitaine de

l'_Estoille_, combien vous estes mal satisfaict du peu de courage qu'il

a faict paroistre en cette occasion. Je ioins icy un petit récit

sommaire de cette action...

Arch. de la marine, service général.

DE GASTINES.

V

Relation de la prise d'un navire de guerre anglois garde coste d'Irlande

de nouvelle fabrique par le sieur Doublet de Honfleur, capitaine du

_comte de Revel_.

Journal du corsaire Jean Doublet de Honfleur, lieutenant de frégate sous Louis XIV Publié d'après le manuscrit autographe avec introduction, notes et additions · 第 22 / 26 段