Whydah.--Construction d'un fort.--Coutumes du pays.--Incendie de
l'_Avenant_.--Arrivée à la Grenade, à Saint-Domingue.--Maladie de
Doublet.--Il séjourne à la Havane.--Il y défend le consulat de
France.--Retour en Europe.--Entrevue avec M. de Pontchartrain.--Doublet
reçoit le commandement d'un vaisseau de 40 canons.--Il se prépare à un
voyage dans les mers du Sud.--Il défend Toulon contre les
Anglais.--Conclusion.
Nous fismes nos routes pour nous rendre aux costes de Guinée et lieu de
destination à Spada, et la première terre de ceste coste que nous
aprochasmes fut le cap de Mesurade[229] où nous prismes quelque peu
d'eau et de bois et nous y trouvasmes quelques nègres qui nous vendirent
un peu de ris, et en passant en vue du cap de Monte le sieur de Fondat
sur la _Badine_ s'en étant aproché plus que nous y aperceut un navire à
l'ancre et nous fit des signaux d'aller avec luy ce que nous fismes. Et
l'ayant aproché nous le reconnusmes estre anglois et nous le canonasmes.
Ils coupèrent leurs câbles et échouèrent en costes plutôt que de se
rendre à nous. Nous envoyasmes des chaloupes bien équipées avec nos
officiers qui le sauvèrent et mirent à flot, et nous descendismes à
terre où nous trouvasmes une grande baraque faite avec facinnes dont les
nègres du pays s'en étoient mis en possession et pilloient tout ce qui
étoit dedans, ayant peur de nous se sauvoient dans les bois avec chacun
leur charge, de bassins d'étain et des petites canivettes pleines de
liqueurs composées d'eau-de-vie de grains et avoient enlevé les Anglois
dans le haut du pays rempli de marais et rivières qui inonde beaucoup de
ce pays. Nous rapatriasmes de ces naturels du pays qui étoient très
farouches et pour les amener à nous on leur présentoit des raisins et
canivettes et pots d'étain qu'ils n'avoient encore enlevés ils les
recevoient à longueur des bras et nous les arachoient et fuyoient. A la
fin leur chef nous présenta à nous capitaines chacun un petit bateau de
roseau qui est le signal de paix et beurent en mesmes les flacons et
sumanisèrent avec nous par des signes d'amitié ny ayant aucuns de nous
qui entendissent leur langue ny eux la nostre, et par signes montrant le
navire anglois et la baraque nous leur fismes entendre de nous amener
les gens, et ils députèrent deux des leurs qui sur le soir nous
amenèrent deux hommes et dont il y avoit un françois nomé Pierre Roche,
de Bourdeaux, qui nous dits avoir esté pris par ce mesme navire à la
hauteur de Madère chargé de vins et affecté pour la Martinique et que
luy dit Roche étoit le capitaine du navire et que l'Anglois l'avoit
envoyé son dit navire et les gens à la Barbade, et luy retenu sur ce
navire anglois, nomé l'_Archiduc_ avec trois de ces gens, mais que sy
nous n'avons pas de compassion des autres qui ont esté enlevés
qu'indubitablement ils seront tous mangés par les Barbares qui sont
antropophages, et qu'ils avoient un des quartiers d'hommes pendus à des
crocs et qu'on leur fit entendre que lorsque les quartiers seroient
mangés on leur en feroit autant, et qu'on le fit boire dans un crâne où
la chaire étoit encore fraiche. Et sur cette déposition nous nous
saisismes du chef et de dix autres leur faisant entendre de nous
renvoyer les autres. Il députa les deux mesmes qui avoient amené le dit
Roche et le lendemain nous ramenèrent le capitaine Anglois et reste de
son équipage, excepté un jeune homme nepveu du dit capitaine qui fut
mangé en sa présence la nuit précédente dont il étoit fort afligé. Ils
traitoient du bois en bûche très jaune et busche de bois de campesche et
puis nous en alasmes avec ceste prise où il n'y avait presque plus rien
dedans et nous laissasmes les bois en buscher, et poursuivismes nos
routes, et cinq jours après étant éloignés viron à trente lieux au large
de Sestre, la _Badinne_ aperceut un navire sur lequel elle donna la
chasse, et nous tira du canon pour nous appeler, l'ayant reconnu navire
Holandois et mesme Mr Fondat le fut ataquer, mais n'osoit l'aborder le
croyant aussy fort que luy, ce qui m'obligea d'y aller. Et étant à
portée du dit Holandois je luy envoyay deux bordées de canons et il se
rendit et nous l'amarinasmes. Le capitaine nomé Simon Roux fut blessé à
la cuisse et au jaret, dont il se guérit longtemps après. Je fis
amariner par mes gens et officiers cette prise qui étoit une flutte de
350 thonnaux et 24 canons, 70 hommes d'équipage et nomée la _Rachel
d'Amsterdam_ destinée pour le fort de Mina où est le comptoir de
Holande, et étoit chargé de beaucoup de bons effets pour la traitte des
neigres, et nos officiers et équipages de nostre petite escadre ne
manquèrent pas de piller beaucoup de choses, quelques soins que je peus
aporter à les en empescher, et tout ce qui fut emporté dans mon bord de
marchandises je fis prendre un état par notre écrivain du Roy et par nos
commis préposés de la Compagnie et les fit enfermer dans une de nos
soutes qui avoit esté vidée de biscuits, promettant à tous nos officiers
que lorsque nous arriverons à un port de l'Amérique soit Cartagesne ou
Portobello où il s'y doibt trouver un directeur de la compagnie que nous
luy déclarerions tous les susdits effets provenant des prises, et que ce
qu'il nous adjugera estre pour nous que j'en feray faire les partages
entre nous afin de n'avoir des reproches de la Compagnie. Mais cela
m'attira autant d'ennemis qui vouloient posséder chacun leur part pour
les trafiques aux costes de Guinées, ce qui nous étoit bien défendu par
nos engagements en fin d'une bonne paix que nous vivions, ce me fut
autant d'ennemis. Et continuasmes nos routes et fismes encore quelques
prises de trois brigandins anglois et de cinq brigandins portugois de
peu de valleur et dont nous en redonnasmes quatre à nos prisonniers pour
les reconduire ou bon leur sembleroit. Nous fusmes devant le fort d'Acra
où est deux comptoirs, l'un Holandois et l'autre pour le Roy de
Dannemarc dont le lieutenant vint à mon bord savoir sy je voudrois
traiter quelques effets de la prise Holandoise. Je luy dits ne le
pouvoir faire et mes officiers demandoient leur part des pillages que je
ne voulus leur acorder, ce qui redoubla la haine contre moy, jusqu'à
nostre aumonier qui étoit le pis de tous et à les animer. Enfin le 27 de
septembre 1704 nous arivasmes à la rade de Juida[230], lieu de
destination où étoit nostre comptoir sous la direction du sieur Gommets.
Il fallut débarquer au rivage pour l'aler trouver à deux lieux dans les
terres où ets le Roy en la ville de Xavier qui nets qu'un hameau de
cabanes en forme du dessus d'un colombier, les murs d'argille et
couverte de roseaux. Et estant advertis qu'il est dangereux aux
Europiers d'estre mouillés particulièrement au ventre, l'on enfonce dans
un baril ce qu'on a de bonnes hardes pour échanger sitots que l'on est
débarqué et on at sur soy simplement que veste et culotte et bas, car on
ne peut débarquer que très rarement sans estre mouillé des flots, en
premier lieu partant d'abord dans les chaloupes lorsqu'on aproche de la
barre. Il faut mouiller l'ancre de la chaloupe et se tenir au dehors des
brisans de la dite barre, puis deux ou quatre nègres s'embarquent dans
un canot et viennent vous recevoir et ce que vous avez repassent par
dessus la dite barre, qui est toujours fort agitée et qu'il est presque
impossible d'éviter d'estre mouillé, et à l'abord du rivage sont
plusieurs neigres préparés à vous débarquer promptement et échouer le
dit canot, et au cas qu'il soit comblé d'eau en passant la barre, ils
vous repeschent, mais il en périt quelquefois des nostres, et lorsqu'on
a repris les hardes du baril, on change sans estre à couvert, puis on
vous présente un hamac attaché à une bonne perche par les deux bouts du
dit hamac, et vous couchées de vostre long, et deux forts neigres le
chargent sur leurs épaules et vous portent jusqu'au comptoir parce qu'il
y a plusieurs étangs pleins d'eaux à passer sur cette route, ce qui en
fait leurs fortifications, et il n'y a d'eau que jusqu'à la ceinture
d'un homme de bonne taille. Etant arrivés, Mr Gomat et autres comis nous
reçoivent civilement, et nous présentent bien à manger, et après estre
reposés jusque sur les 3 à 4 heures, il me conduit avec un ministre
d'Estat avec nos présents.
L'on y entre par une basse cour quarrée, entourée de basses maisons, les
murs d'argile et couverte de rozeaux, et ladite basse cour sans pavés. A
l'entrée est un corps de garde gardé par dix ou douze noirs avec leurs
fusils apuyées contre le mur, et à l'entrée de la salle est un
sentinelle sans armes et la dite salle sans porte, où à l'entrée est
tendu du haut en bas une étamine comme d'un pavillon de nos navires par
careaux rouges et blancs. Le ministre de la marine nomé le capitaine
Asson, homme très bien de taille et d'esprit quoyque noir laissa ses
gardes à l'entrée de la cour de ce magnifique palais, et lorsqu'il nous
conduit proche le rideau sans couler il se mit à marcher par dessoubs
sur ses genoüils et ses mains passant par dessoub le dit pavillon comme
une beste jusquà estre à portée de parler au Roy, et luy annoncer notre
venue pour avoir son audience. Et il revint sur ses pas en la mesme
posture, le cul en arrière jusqu'à dépasser le dit pavillon, et puis il
se dressa en nous disant d'entrer et de nous seoir sur les tabourets qui
étoient en la dite salle. C'étoit des sièges d'une masse d'argille qui
ne peuvent estre remuez, et il nous suivit sur les quatres pattes ainsy
dire, et en cette figure s'aprocha du cabinet Royal situé dans le milieu
de la salle contre le mur qui est un petit enclos de cannes de roseaux
où ce roy noir des plus noirs étoit couché sur une natte sur le costé
apuyé sur son coude et fumant une pipe de tabac, et du costé de sa teste
est une ouverture à cete alcôve, et aux pieds où étoit une négresse qui
tenoit un bassin de cuivre très salle pour luy servir de pot de
comodité, et luy emplissoit une autre pipe pour fumer et vis-à-vis son
estomac étoit une plus jeune noire assise sur ces talons tenant un vase
de fayence où le dit Roy crachoit affin qu'à nuit fermante, au son du
tambour, on enteroit ces Reliques, etc. A son audience il me fit dire
par son ministre, capitaine Asson, qui parloit françois sans avoir sorty
du pays, l'ayant apris dans notre comptoir. Il témoigna sa joye de notre
arrivée, et qu'il m'invitoit avec les autres capitaines de mon escadre
au lendemain à disner, et nous présenta un petit verre d'au-de-vie et
puis nous retirasmes au comptoir où fusmes souper et coucher.
Au lendemain, nous fusmes sur les unze heures introduits par le mesme
ministre pour le disner. Ce fut la mesme sérémonie à notre entrée, et
une table fut dressée au milieu de douze tabourets d'argille immuable,
et je fus placé à celuy plus proche de l'ouverture de l'alcôve pour que
le Roy me fit entendre ces discours par un autre interprète, veu que le
capitaine Asson étoit à table avec nous pour représenter sa place. Et
l'on nous servit du riz avec des poulles et force poisure, puis du
boeuf, du cabrit et des poules en abondance, rôties, à demy bruslées,
les cuisses et les ailles sans brochettes, tirant des bottes de chaque
costé. Le pain et le vin ayant esté fourny et les serviettes par Mr
Gomet, et aux deux bouts de la salle qui nest planchée ny voutée, voyant
les lattes et roseaux et quelques lézards et couleuvres coure au
travers, à ces deux bouts étoient grand nombre de femmes et filles du
sérail que chantoient à gorge déployées et d'autres jouent avec des
cornes de bouc parées et d'espèces de cilintres de fer où il y avoit des
bagues de laiton, d'autres de courges et calbasses ornées de cordes, et
des bassins de cuivre sur lesquels on changeoit différents tons
faisoient cacafonie au lieu d'harmonie, ce fut l'opéra dont j'aurois
voulu en estre bien éloigné. Le Roy me fit l'honneur de boire deux fois
de l'eau-de-vie à ma santé et du Roy notre Maistre.
Mr Gomet me prévint de demander à sa Majesté la permission de faire
bastir un fort au delà du passage des eaux affin d'y reporter les
effects de la compagnie que l'on débarqueroit venant de leurs vaisseaux
qui ne pouvoient de mesme jour estre transportées au comptoir, et que
les neigres en voloient grande partie pendant les nuits, et il nous
accorda nostre demande. Mr Gommet m'en pria et mes confrères, et je
demanday au Roy 200 hommes et femmes pour bescher les fossés, et de la
mesme terre qui est toute argille la faire humecter et pétrir par ces
gens pour en dresser nos murs tant de la fortification que des
logements, ce qui nous fut accordé. Après quoy nous visitasmes le lieu
plus convenable et en dressay un plan en forme d'une citadelle à quatre
bastions et six demye lunes, savoir: une entre deux bastions et deux aux
costez de l'entrée du pont levis, et puis les logemens et magasins que
je tracey. Après quoy le Roy nous envoya plus de 400 personnes hommes et
femmes, lesquels creusèrent leurs fossées sur les alignemens que j'avois
marqués de 24 pieds de large sur douze de profondeur, et des mesmes
terres du fossé les nègres et négresses au nombre de 50 la pilloient
avec leurs pieds pendant que d'autres y jettoient de l'eau et formoient
comme une dance ronde s'entretenant par dessoubs les bras, pendant que
deux femmes chantoient une cadence au milieu, puis les autres aportoient
cette terre détrempée sur les alignements du bord du fossey venant en
dedans du fort, en largeur, pour fondemens de 22 pieds et sur la
première toise d'élévation réduit à 18 pieds, et à la seconde thoise sur
16 et à la demie thoise sur 12 pieds, formant un rempart couvert en
dehors d'un parapet de 5 pieds à la base, et sur 4 pieds de hauteur deux
pieds d'épaisseur avec des créneaux de 4 pieds de distance, ainsy les
bastions à proportion avec six embrasures à canons chaque et creneaux
entre iceux, et à l'entrée de la porte étoient soubs le terrain du
rempart deux corps de garde celuy de la droite à costé de l'entrée, et
celuy de la gauche un peu plus en dedans de la place, et y fismes un bon
puits qui à douze pieds de profonds fournissoit de l'eau abondament.
Nous condannasmes la prise holandoise à estre depiècée; nous coupasmes
ses ponts par quartiers pour servir de plate forme soubs les canons des
bastions et montasmes les 24 canons. Nous fismes double porte et le pont
levis des mesmes tillacs de ce navire et les herces du pont levis des
plus forts barots avec les chaisnes de fer destinées pour leurs vergues.
Et puis je fits arborer le grand mât d'hune avec un autre mâts ajusté
par dessus pour y arborer un grand pavillon blanc sur le bastion du
costé de la mer que l'on voyoit de plus de trois lieux, et pour la
première fois on célébra une grande messe et puis les canons du fort
tirèrent et nos vaissaux y répondirent.
La saison nous pressoit à partir, nous laissâmes à Mr Gommet de faire
ses logements à son loisir, et travailla pour expédier notre chargement
et à celuy de la _Badinne_, et il nous délivra 560 nègres et à la
_Badinne_ 450 et des vivres et rafraichissements du pays. Nous avions
mis nos eaux et nos bois dans la prise angloise l'_Archiduc_ et aussy
dans un gros brigandin portuguais pour venir avec nous, et laissasmes
les vaissaux le _Faucon_ et le _Marin_ à cause qu'il n'y avoit pas
suffisamment de noirs pour leurs chargements, et partismes de Juida au
15 de novembre 1704. Et avant de quitter ce pays j'en diray
succinctement de leur Religion et police.
Ils sont tous païens et idolâtres de différentes choses à leur fantaisie
quoiqu'ils aient un grand marabout et d'autres inférieurs. Le grand
marabout étoit le frère de ce capitaine Asson qui un jour me convia à
disner. Et attendant qu'il fut apresté, l'envie d'aller aux commoditez
me prit et il m'enseigna un cabinet où m'étant mis sur le siège
j'aperçeu sur le mur vis-à-vis de moy un serpent vivant gros comme le
bas de ma jambe et qui me regardoit fixement. J'eus frayeur et m'enfuit
la culotte en la main et dits au capitaine Asson sy c'étoit pour me
jouer pièce qu'il m'avoit envoyé au cabinet au serpent. Il se prit à
rire et à le dire à son frère Marabout, lequel y alla et aporta sur ces
bras ceste hideuse beste qu'il caressoit. Je m'en éloignay, et il me
dit: «N'ayez pas peur cest notre fétisse» qui veut dire leur Dieu. Et
ils luy donnèrent du pain de mahis et le reportèrent. Les uns adorent
des cayemants, autres des lézards, autres des chauves souris qui sont
gros comme des pigeons, les autres des arbres, des marmousets faits de
terre et plusieurs choses, cependant sont tous circoncis et ont du
judaïsme et du mahométisme, et ceux qui sont convaincus de crimes sont
vendus esclaves ainsy que les prisonniers de guerre qu'ils font sur
leurs ennemis et ils ont autant de femmes qu'ils en peuvent entretenir.
Quant à leur police, ils sont six Ministres, qui pour distinction
portent une peau de veau et dont les extrémitées en sont ostées, et la
pend avec un cordon de cuir du bout où étoit la queue pendue à leur col,
le poil en dehors trainant de l'épaule gauche au genouil, et lorsqu'ils
passent par les chemins les peuples se croupissent sur leurs talons et
joignent leurs mains qu'ils frappent l'une contre l'autre très doucement
en baissant la teste et se relèvent lorsque ce ministre les a dépascées.
Le premier est pour la perception des droits du Roy et pour le règlement
de la justice et pour mettre à prix les denrées pour les subsistances,
aux marchées, qu'il change de lune en lune. Il est habillé de thoile de
coton rayées de blanc et bleu ayant sur la teste un chapeau de longue
forme pointue et garny sur les bords de petits rubans de diverses
couleurs comme nos païsans aux nopces, et il monte sur une bourique
grise ayant pour selle un tapis de thoille de coton rayé et sans étriées
et un mors de bride d'un os de cabrit, et sortant du palais Royal il
dit: «Il faut aler à un tel ou tel village,» et une femme porte sur sa
teste une grande caisse de tambour ayant derière elle une autre femme
qui avec ces deux mains frape toujours une cadence à leur mode, et bien
du peuple qui les suive. Et lorsqu'ils sont arrivés au hameau ce
Ministre étant monté tournoye autour de tout ce qui est exposé en vente
et en dit le prix qu'on doibt les vendre, on troque d'autres choses
n'ayant autres espèces de monnoye que des petits coquillages nommées des
bouges et lorsqu'il a fixé les prix il dit: «A l'autre lune ce marché se
tiendra à un tel hameau.» Puis il dessend à plat cul, s'asiet sur
l'herbe et on luy présente beaucoup de plats de viande cuittes et des
fruits du pays qu'il mange assées sobrement, et en donne à ses
tambourineresses et gens de la suitte, puis il laisse ses restans à la
populace. Cette politique est pour ameilliorer et faire valoir chaque
hameau et puis il retourne comme il ets venu[231].
L'autre ministre ets pour la discipline des Guerres; l'autre est pour
despescher et recevoir les couriers qui sont toujours de pied, ne
sachant écrire.
L'autre est nostre capitaine Asson pour la Marinne, mais un des plus
beaux noirs que l'on puisse voir ayant de beaux traits, un nées bien
fait, point les lèvres grosses, grands yeux et un beau front, d'une
taille de cinq pieds 8 pouces et bien proportionné de corps et très poly
et gracieux, parlant joliment françois et généreux. Son frère n'est pas
sy bien fait ny poly quoyque grand marabou, et nous n'avons pas de
missionnaires dans tous ces vastes pays où il y a tant de royaumes
divizées qui se font la guerre pour avoir des esclaves et ont
différentes moeurs et religions quoyqu'elles tiennent toutes de Mahomet.