IV

Jean-Paul entra dans la chapelle des Carmes. La messe de huit heures

était dite, et les personnes qui avaient communié demeuraient

prosternées dans l'ombre. Jean-Paul savait que Marthe venait souvent

à cette messe et il ne s'avoua pas que c'était elle qu'il y venait

chercher.

Mais ne la voyant pas d'abord, il se sentit triste et, agenouillé, la

front dans les mains, il murmurait:

--Mon Dieu, vous savez bien que je ne l'aime pas... Jamais le désir ne

m'a effleuré de vivre avec elle toujours; jamais je n'ai été ému de

poser sur son front mes lèvres.

A ce moment, il la vit qui s'avançait, grave, un peu pâle, le regard

encore lointain, à peine réveillée de l'extase. Il la rejoignit à la

porte.

--Papa m'a donné rendez-vous au Luxembourg, lui dit-elle, viens avec

moi.

Ils entrèrent dans le jardin déjà feuillu, où des oiseaux et des

enfants poussaient des cris. Des cerceaux s'égarèrent dans leurs

jambes. Ils se taisaient, elle grave toujours, lui ému un peu et

curieux de son émotion. Il regarda Marthe encore: elle n'éveillait en

lui aucun désir. Le simple chapeau de paille faisait sur son visage

une ombre mouvante. Elle acheta le petit pain habituel à une vieille

marchande qui l'entretint un instant de ses rhumatismes.

--Tiens mon missel, dit-elle à Jean-Paul, et lentement elle se mit à

manger, par menus morceaux,

--Pourquoi me regardes-tu, Jean-Paul?

--Je ne sais... J'aime cette robe simple, j'aime «ton air d'être

ailleurs» de jeune fille qui va aux messes matinales et que le jeûne

pâlit...

--Casse-cou! Littérature! Mon petit cousin...

--C'est vrai, Marthe, il n'y a en moi que de la littérature...

L'enfant chargé de chaînes · 第 9 / 39 题