Jean-Paul entra dans la chapelle des Carmes. La messe de huit heures
était dite, et les personnes qui avaient communié demeuraient
prosternées dans l'ombre. Jean-Paul savait que Marthe venait souvent
à cette messe et il ne s'avoua pas que c'était elle qu'il y venait
chercher.
Mais ne la voyant pas d'abord, il se sentit triste et, agenouillé, la
front dans les mains, il murmurait:
--Mon Dieu, vous savez bien que je ne l'aime pas... Jamais le désir ne
m'a effleuré de vivre avec elle toujours; jamais je n'ai été ému de
poser sur son front mes lèvres.
A ce moment, il la vit qui s'avançait, grave, un peu pâle, le regard
encore lointain, à peine réveillée de l'extase. Il la rejoignit à la
porte.
--Papa m'a donné rendez-vous au Luxembourg, lui dit-elle, viens avec
moi.
Ils entrèrent dans le jardin déjà feuillu, où des oiseaux et des
enfants poussaient des cris. Des cerceaux s'égarèrent dans leurs
jambes. Ils se taisaient, elle grave toujours, lui ému un peu et
curieux de son émotion. Il regarda Marthe encore: elle n'éveillait en
lui aucun désir. Le simple chapeau de paille faisait sur son visage
une ombre mouvante. Elle acheta le petit pain habituel à une vieille
marchande qui l'entretint un instant de ses rhumatismes.
--Tiens mon missel, dit-elle à Jean-Paul, et lentement elle se mit à
manger, par menus morceaux,
--Pourquoi me regardes-tu, Jean-Paul?
--Je ne sais... J'aime cette robe simple, j'aime «ton air d'être
ailleurs» de jeune fille qui va aux messes matinales et que le jeûne
pâlit...
--Casse-cou! Littérature! Mon petit cousin...
--C'est vrai, Marthe, il n'y a en moi que de la littérature...