Fild et Percherette.
Quel est l'étranger ayant habité la Russie en 1806, s'il a vécu dans le
monde des artistes, qui n'ait connu Fild et Percherette, cette miniature
si bien proportionnée dans sa petite taille si gracieuse, et dont la
physionomie spirituelle et les yeux à demi fermés annonçaient l'esprit
et la malice d'un _blue devel_ (petit diable bleu).
Le nom de Fild était peu connu en France, lorsqu'il vint y faire une
courte apparition; mais sa réputation était européenne dans le monde
musical.
Fild a toujours habité les pays étrangers, et particulièrement la
Russie, où il aurait pu acquérir une grande fortune, s'il n'eût eu toute
la singularité des artistes, et l'originalité que l'on rencontre souvent
dans les personnes de sa nation; il en portait le cachet, même dans ses
compositions. Anglais d'origine, élève de Clémenti, il avait surpassé
son maître, et l'emportait de beaucoup sur Stebelt pour l'exécution.
Fild avait de l'esprit, et son accent, qu'il avait conservé dans toute
sa pureté, son bégaiement, rendaient fort comiques ses reparties
remplies de finesse. Il était d'une figure agréable, et son regard
annonçait du génie; mais c'était bien de lui qu'on aurait pu dire:
«qu'il était le gentilhomme le plus débraillé...» Distrait, indolent,
paresseux, on ne concevait pas comment le génie avait pu se loger au
milieu de tant de désordre. Son indolence et son insouciance étaient
telles, que c'était pour lui un supplice d'aller dans le monde, où il
fallait avoir un peu de tenue, à cette époque surtout, car les
pantalons, les bottes, les cravates de couleur, ne se portaient que le
matin, dans un très grand négligé, ou chez des amis. Lorsque Fild était
forcé d'aller le soir dans un salon, soit pour un concert, soit pour
faire entendre une écolière, il arrivait avec ses bas mal tirés ou mis à
l'envers (comme le bon Lafontaine), une cravate blanche, dont les deux
bouts menaçaient, l'un la terre et l'autre le ciel; son gilet boutonné
de travers et son chapeau sur le haut de la tête, à la Colin; mais on
était tellement accoutumé à ses manières fantasques, qu'on n'y prenait
plus garde. Quoiqu'il eût mis ses leçons à un très haut prix, dans
l'espoir qu'on y renoncerait, il n'en avait pas moins un grand nombre
d'élèves.
La riche comtesse Orloff était une de ses écolières de prédilection, non
pour sa grande fortune, car c'était la chose à laquelle il pensait le
moins, mais parce qu'elle était la seule qui eût véritablement le
sentiment de la musique, et que d'ailleurs il n'était pas obligé de se
gêner pour sa toilette: elle le laissait entièrement libre, sachant bien
que c'était le seul moyen de le rendre plus exact. Lorsqu'elle jouait
avec lui des morceaux à deux pianos, s'il avait une observation à lui
faire, un doigté ou un tril à lui montrer, il roulait le piano de la
comtesse jusqu'à la portée de sa main, pour ne pas se déranger; mais
tout cela était charmant et amusait beaucoup ces dames: pourvu qu'elles
fussent sûres de le posséder, elles lui passaient tout.
Lorsqu'il sortait le matin avec sa voiture (car il avait une voiture),
il marchait à côté de son équipage, et son valet de chambre y montait
jusqu'à ce qu'il plût à monsieur de le remplacer; alors Saint-Jean lui
disait d'un air grave:
--Chez quelle écolière faut-il conduire monsieur?
--Où tu voudras, répondait-il en bégayant.
Comme on savait que c'était toujours à peu près le même dialogue, on
payait le domestique, afin qu'il se décidât en faveur de telle ou telle
famille; car, une fois qu'il était là, il y passait la journée, et
n'allait plus ailleurs. Il arrivait sa pelisse couverte de neige, ayant
traîné ses bottes de laine blanche, qu'on appelle bottes de Moscou, et
qui sont très chaudes; jetant tout cela dans l'antichambre, il entrait
en se dandinant et mettait quelques minutes à bégayer sa première
phrase.
Malgré cette indolente paresse, il était amoureux (à sa manière) de
mademoiselle Percheron, qu'il a épousée, et qui, de son côté, avait une
dose d'originalité qui n'a pas laissé que d'être assez piquante, tant
qu'elle a été accompagnée de cette grâce qui embellit la jeunesse, mais
qui, lorsque nous ne sommes plus jeunes, est appelée minauderie, et plus
tard grimaces, par ces mêmes adulateurs qui brisent l'idole qu'ils ont
encensée.
Mademoiselle Percheron, que l'on nommait _Percherette_ dans la société,
possédait un magnétisme de coquetterie qui attirait tous les hommes vers
elle, et malgré cela elle avait des principes très sévères. Quelques-uns
de ses adorateurs avaient eu la maladresse d'en devenir très
sérieusement amoureux, malgré l'expérience des autres papillons qui
étaient venus se brûler à ce petit flambeau: aussi s'en faisait-elle de
mortels ennemis.
Je me rappelle qu'un jour, dans le salon de la comtesse Golofkine, une
des victimes de Percherette, se plaignant à moi de sa perfide
coquetterie, me disait:
«--Un chapeau au bout d'un bâton suffirait pour lui donner l'envie de
faire ses petites grâces. Tenez, reprit-il furieux, en la voyant causer
très bas et d'une manière animée avec Lafont, le violon, quand je vous
le disais!»
Fild, au reste, ne faisait pas beaucoup d'attention à ce petit manège:
cela l'aurait dérangé.
Mademoiselle Percheron était une personne bien élevée, instruite, et
l'une des plus fortes écolières de son prétendu; mais elle n'avait aucun
ordre, aucune économie... Deux personnes qui se ressemblaient sous
autant de rapports ne pouvaient faire un heureux ménage, car il faut des
contrastes: une femme raisonnable aurait eu plus d'empire sur son mari.
Fild ne travaillait que lorsqu'il y était forcé par l'approche de ses
concerts (il n'y jouait jamais que sa musique); mais il fallait qu'il
fût long-temps stimulé par ses amis, pour se décider à se mettre à son
piano et à travailler. Il commençait par se faire apporter un bol de
grog, dont il faisait un assez fréquent usage (sans se griser,
cependant), et il relevait ses manches. Alors ce n'était plus l'homme
paresseux, c'était l'artiste, le compositeur inspiré; il écrivait, et
jetait ses feuillets au vent, comme la sybille ses oracles, et ses amis
les recueillaient et les mettaient en ordre. Il fallait être habile pour
déchiffrer ce qu'il notait; car ce n'étaient que des traits à peine
formés, mais ils en avaient l'habitude. À mesure qu'il avançait dans son
oeuvre, son génie s'échauffait à un tel point que ses copistes n'avaient
presque plus la force de le suivre. Il essayait ensuite ce qu'il venait
de jeter sur le papier, et c'était admirable, surtout exécuté par lui.
Un piano n'était pas un instrument ordinaire sous ses doigts. À trois ou
quatre heures du matin, il tombait enfin épuisé sur son divan, et
s'endormait. Pendant ce temps, on achevait de mettre les parties au net.
Le lendemain matin, à son réveil, il prenait plusieurs tasses de café,
et travaillait de nouveau. Il ne fallait pas alors s'aviser de lui
parler, fût-ce pour la chose la plus urgente. Ses amis, qui étaient tous
des gens de mérite, le comprenaient et gardaient un religieux silence,
car ils savaient apprécier son talent à sa juste valeur.
Quant au produit de son concert, c'est ce qui l'occupait le moins; ses
billets étaient pris à l'avance, et payés très généreusement.
La réputation de Fild eût été bien plus étendue, s'il avait voulu
voyager; mais on eut bien de la peine à l'engager à quitter Moscou pour
aller à Saint-Pétersbourg; et encore ne s'y décida-t-il que long-temps
après son mariage, lorsqu'à l'exemple de Belzébuth il voulut fuir madame
Honesta.
Un des amis les plus intimes de Fild, en 1806, et qui faisait partie de
notre société, était un célèbre harpiste nommé Adams, Anglais comme lui.
Cet ami faisait tout au monde pour l'empêcher d'épouser Percherette, et
s'appuyait pour cela sur son extrême coquetterie, prétendant qu'elle
n'était sage que dans le but de se faire épouser par un artiste qui eût
un nom, et que, si lui, Adams, voulait lui faire sérieusement la cour,
elle l'écouterait favorablement. Fild fumait son cigare pendant ce
dialogue, avec un admirable sang-froid: ce qui mettait Adams en fureur,
car il avait autant de pétulance que l'autre avait de calme. Cependant,
à force de lui répéter la même chose, ils se firent un défi, et un pari
s'ensuivit.
Comme ils n'avaient jamais d'argent ni l'un ni l'autre, ils s'avisèrent
d'un singulier marché: ce fut de donner à eux trois, Fild, Adams et
Romberg, un concert dans le carême. Mademoiselle Percheron, n'étant pas
riche, quoiqu'elle gagnât beaucoup à donner des leçons, on résolut
qu'elle en ferait partie. Il fut convenu entre les trois associés qu'ils
paieraient conjointement les frais de la toilette de Percherette; mais
que, si Adams parvenait à se faire aimer d'elle, il paierait ses atours;
sinon, ce serait Fild. Romberg, qui n'était pour rien dans cette
affaire, se trouvait hors de cause, quoi qu'il arrivât.
Quoiqu'Adams n'eût que trois mois pour se faire aimer de Percherette, il
prétendit que ce temps était plus que suffisant; mais il se trompa. Pour
s'en dédommager il voulut s'amuser un moment aux dépens de son ami, et
savoir jusqu'où pouvait aller son sang-froid. Il arrive un matin chez
Fild, et le trouve étendu nonchalamment, comme à son ordinaire, et
fumant à côté d'un bol de grog, avec la gravité d'un _hidalgo_.
--Eh bien, mon cher, dit-il à son ami en jetant son chapeau et ses gants
sur la table, vous étiez si sur de votre fait! Je savais bien, moi, que
cette coquette serait facile à persuader.
L'autre fumait toujours sans répondre et sans se déranger. Cette
immobilité met Adams hors de lui et le pousse à dire des choses si
extraordinaires et si positives, tout en se promenant et se démenant
dans la chambre, qu'enfin Fild, se redressant de toute sa hauteur, lui
crie:
--Vous paierez la robe!
Mademoiselle Percheron, qui venait travailler, ouvrit la porte dans le
même moment, et, voyant Adams qui riait à se rouler par terre, elle ne
comprit rien à cette scène; Fild, furieux et aussi rouge qu'il était
pâle d'ordinaire, bégayait plus que d'habitude et faisait des
contorsions épouvantables pour articuler des mots, de sorte qu'Adams fut
long-temps sans pouvoir persuader à ce pauvre Fild que c'était une
plaisanterie.
Cela courut la ville et le mot passa en proverbe; lorsque l'occasion
s'en présentait, on disait: «_Il paiera la robe_.»
Le ciel, qui se joue de nos vains projets, ne permit pas que ce concert
eût lieu. Mademoiselle Percheron tomba sérieusement malade, et,
lorsqu'elle commençait à entrer en convalescence, Adams fut pris d'une
fièvre chaude, causée par une imprudence; on n'en fait pas impunément
dans un climat comme celui de la Russie. Adams était l'homme pour lequel
Fild avait le plus d'attachement; il était son compatriote, et ils
s'appréciaient l'un l'autre, malgré l'extrême différence de leurs
caractères, et peut-être à cause de cela. Au moment où sa maladie
présentait le plus de danger, mademoiselle Percheron entrait à peine en
convalescence; sans cet excellent docteur Rhéman, depuis médecin de
l'empereur[23], elle aurait succombé. Il avait recommandé sur toutes
choses que l'on ne parlât point à cette jeune personne de l'état
désespéré où se trouvait Adams. Fild se partageait entre son ami et sa
maîtresse, et, malgré son insouciance habituelle, on voyait facilement
qu'il était très affecté. Je venais le remplacer auprès de Percherette
toutes les fois que cela m'était possible, car j'étais très occupée
alors, et ne pouvais lui donner que quelques heures.
Un jour que, toute parée, j'attendais Fild depuis long-temps pour me
conduire dans une maison, je le vis entrer. Je lui demandai avec
empressement comment se trouvait son ami. Il ne répondit pas et baissa
la tête pour cacher les larmes qui roulaient dans ses yeux. Mademoiselle
Percheron lui relève les cheveux, et, portant la main sur son front:
--Qu'avez-vous, mon cher? lui dit-elle avec ce ton mignard qui lui
allait si bien alors; est-ce qu'Adams n'est pas mieux? Il ne faut pas
vous tourmenter ainsi. Et elle lui répéta tous les lieux communs usités
en pareille circonstance. Il a un habile médecin, ajouta-t-elle, et, à
son âge, on revient de loin.
Alors il la regarde avec cet air étonné qui était l'expression assez
habituelle de ses yeux:
--Comment voulez-vous qu'il en revienne, puisqu'il est mort!
Il fallait que la nouvelle fût aussi triste pour qu'elle ne nous fît pas
rire, dans le premier moment, par la manière dont elle nous fut
annoncée. Nous en fûmes très affectés, car c'était une chose horrible de
voir un jeune homme aussi rempli d'avenir et de talent mourir par une
imprudence. Adams était d'ailleurs celui qui avait la plus d'empire sur
son ami, et l'empêchait souvent de faire des sottises ou d'être la dupe
des autres.
Le mariage projeté depuis si long-temps fut enfin fixé au mois de
septembre 1807.
Il y avait à Moscou un vieux Français nommé M. Dizarn, ancien émigré,
négociant estimé et le doyen de la colonie française. C'était à lui que
mademoiselle Percheron avait été recommandée à son arrivée en Russie, et
il lui portait un intérêt paternel.
Il vint avec elle pour me prier de lui servir de mère à la cérémonie
nuptiale; M. Dizarn devait servir de père à Fild. Nous convînmes
ensemble de nous occuper des préparatifs nécessaires, présumant qu'aucun
des deux n'était capable de le faire. Nous voulûmes d'abord leur avoir
un logement convenable, car Fild ne pouvait guère recevoir sa nouvelle
épousée dans le sien, quoiqu'il ne manquât pas d'un certain luxe dans
son genre, mais il portait le cachet d'originalité du possesseur. Une
grande pièce entourée de divans très bas, avec des piles de coussins
comme on en rencontre dans la plupart des logements en Russie, servait
merveilleusement l'indolente paresse de Fild, et lui donnait l'air d'un
pacha, lorsqu'il fumait une longue pipe de bois de sandal, enveloppé
dans sa robe de chambre fourrée de petit-gris; près de lui était une
petite table sur laquelle se trouvaient un plateau, des carafons de
rhum, et un réchaud à l'esprit-de-vin.
Les murailles étaient tapissées de porte-cigares, de pipes de tous les
pays et de toutes les formes, de petits sacs à tabac turc, en cachemire,
de cigares de la Havane; tout cela était d'un très grand luxe, car il y
a des pipes et des porte-cigares qui sont d'un prix énorme. Des
yatagans, des poignards damasquinés et ornés de pierreries; quelques
objets en fer et or, de la manufacture de Toula; tous ces présents, qui
lui avaient été faits par les admirateurs de son talent, étaient placés
sans ordre çà et là dans la chambre. Une grande table ronde, couverte de
musique, d'écritoires à moitié renversées, et de plumes pittoresquement
jetées; des chaises mal rangées; quatre croisées sans rideaux, et pour
les amis un très beau piano, tel était l'ameublement de ce pacha d'une
nouvelle espèce.
C'est ainsi que nous le trouvâmes lorsque nous vînmes le chercher pour
lui faire voir l'appartement qu'il devait occuper le jour de son
mariage. Nous eûmes beaucoup de peine à le découvrir au milieu du
brouillard de fumée dont lui et ses amis s'encensaient gravement. Une
pareille habitation n'eût guère convenu à une petite maîtresse comme
Percherette. Lorsque nous lui eûmes fait voir le logement, il le trouva
beaucoup trop beau pour lui, et il fut inquiet de savoir où il pourrait
recevoir ses amis et placer son chien. Nous lui montrâmes une pièce
disposée tout exprès, et absolument semblable à celle qu'il regrettait;
alors il ne s'embarrassa plus de rien.
Comme nous logions tous trois près les uns des autres, ils dînèrent chez
moi le jour du mariage, qui devait se célébrer le soir, avec un M.
Jonhes, qui avait en quelque façon remplacé Adams auprès de son ami, à
l'exception cependant que celui-ci était aussi flegmatique que l'autre
l'était peu.
Jonhes devait être un de leurs témoins. Après le dîner, je suivis
mademoiselle Percheron pour présider à sa toilette. Fild se mit à mon
piano et s'étudia à jouer faux et hors de mesure, pour imiter une
demoiselle de la société. J'engageai son ami à ne pas le laisser se
livrer trop long-temps à cette intéressante occupation, car il était
capable d'oublier qu'il se mariait le soir, d'autant plus qu'il m'avait
raconté quelques jours auparavant une anecdote qui n'était pas faite
pour me rassurer.
--Comment, depuis que vous êtes ici, n'avez-vous jamais eu l'envie
d'aller faire un voyage en Angleterre? lui disais-je.
--Oh! oui, j'en ai eu le désir, mais je n'ai pu le faire. J'ai commis un
crime dans ce pays.
--Ah! mon Dieu, vous me faites peur; qu'avez-vous donc fait?
--J'ai fait une promesse de mariage à une demoiselle, et la veille de la
noce j'ai réfléchi que je ne voulais pas me marier, et je suis parti
pour la Russie.
Je craignais qu'il ne lui prît fantaisie d'en faire autant. Cette fois,
s'il n'oublia pas la femme, il oublia l'heure de la cérémonie. Étant
revenue chez moi pour chercher quelque chose, je le retrouvai à la même
place. Je me fâchai sérieusement, et l'envoyai faire sa toilette de
marié.
En arrivant à l'église, nous l'aperçûmes à côté de M. Dizarn; il avait
l'air d'un petit garçon qui va faire sa première communion.
Notre excellent pasteur, l'abbé Surrugue, curé de l'église catholique,
avait voulu se signaler, en leur faisant un service en musique. Fild
vint tout doucement auprès de moi, et me dit:
--Il chante faux, M. le curé.
Il ne leur en fit pas moins un discours touchant sur l'harmonie du
mariage et sur toutes les harmonies. Pendant ce temps, le marié s'était
aperçu qu'il avait oublié l'anneau d'alliance, et qu'il n'avait point
emporté d'argent. On courut chercher l'anneau; quant à l'argent, M.
Dizarn y suppléa. La cérémonie terminée, nous nous réunîmes pour souper,
dans leur nouvelle habitation. Lorsqu'on voulut se mettre à table, on
chercha le marié; il était resté dans le milieu du salon, l'examinant
dans tous ses détails: le moment était bien choisi.
Au dessert, Jonhes se mit à nous raconter une histoire fort longue, et
qui commençait un peu à languir. Fild se lève tout à coup, et dit à
l'abbé Surrugue, placé près de lui:
--J'ai bien retenu cette histoire; je la raconterai à Jonhes le jour de
ses noces.
C'est ainsi que se termina ce singulier mariage. Je trouvai Fild le
lendemain matin, déjeunant avec sa femme, et enveloppé d'une superbe
robe de chambre d'étoffe turque, dont le comte Soltikof lui avait fait
cadeau; ainsi que d'une de ces pipes, que l'on fume dans un bocal de
cristal.