PETIT MONDE DE FEMMES

Les femmes ici composent un petit monde à part avec sa hiérarchie.

Tout d’abord Lella (Madame).

La mère de Sidi Brahim a la charge de toute l’administration intérieure:

dépenses, recettes, aumônes. On ne la voit jamais, mais on sent partout

son pouvoir; crainte et vénérée de tous, cette vieille reine-mère

musulmane vit ici presque cloîtrée, ne sortant que rarement et haut

voilée, pour se rendre aux tombeaux de Sidi Ben Bou-Ziane et de Sidi

Mohammed, qui fut son époux.

Autour d’elle gravite tout un petit monde de femmes pâles, qui sont les

épouses des marabouts. Plus bas, c’est le peuple des négresses, vierges,

mariées, veuves ou divorcées.

Parmi ces femmes de couleur règne un grand relâchement de mœurs. Pour

quelques sous, pour un chiffon, et même pour le plaisir, elles se

donnent à n’importe qui, arabe ou nègre. Elles font ouvertement des

avances aux hôtes et s’offrent avec une impudence inconsciente, drôle

souvent.

Les esclaves mâles contiennent encore un peu les mouvements de leur

sang, mais toute la féminité noire s’abandonne à l’instinct, et ses

querelles sont aussi futiles que ses amours. Parfois, dans les cours,

éclatent des disputes criardes, qui précèdent des pugilats et des

bondissements de nu au soleil.

Un matin, deux noires s’invectivent devant ma porte.

--Putain des juifs du Mellah!

--Renégate! Voleuse! Graine de calamité! Racine amère!

--Dieu te fasse mourir, juive, fille de chacal!

Tout à coup, la voix sifflante de Kaddour, l’intendant, vient mettre fin

au scandale.

Elles se séparent, en chiennes hargneuses, avec des dents qui brillent

dans l’injure et qui mordent les mots comme de la chair.

Dans l'ombre chaude de l'Islam · 第 27 / 82 题