M. Simiès se mit à rire bruyamment.

— Ah! ah! ah! voyez-vous cette petite orgueilleuse qui ne

compte que sur ses beaux yeux pour attirer le prince charmant!

Mais, ma chère enfant, nous ne sommes plus au temps des

cours d’amour, Dieu merci! c’était aussi celui de la

tyrannie. Il n’y a plus au monde que les mariages de raison

ou de convenance, et non plus de sentiment. Les inclinations,

enlèvements, etc., tout cela est hors de raison. Ne t’en

déplaise, mignonne, on n’adore plus que le veau d’or, son

règne est bien établi, mets-toi cela dans la tête et apprends

comme les autres à faire la courbette devant lui.

— Et cela rend heureux?

— Si l’on sait faire, oui, Mademoiselle, et la femme sait

toujours faire si elle est adroite et rusée. Monter toujours,

s’enrichir le plus possible et jouir à satiété de tout ce que

l’existence, qui ne nous est pas donnée deux fois, offre de

plus agréable, voilà la seule vie sensée, parce que tout sera

fini dès que la machine sera détruite.

— C’est-à-dire à la mort, mon oncle?

— Oui. Un mauvais moment à passer, je l’avoue, mais bast!

pourvu qu’on ait profité de ce qui vient avant et qu’on ait

bu à pleines lèvres à la coupe des ivresses!

— Et aussi pourvu qu’on ait rendu heureux les autres, mon

oncle?

Une Pupille Genante · 第 20 / 33 题