vous aurez pris votre premier repas du matin, sera de vaquer aux soins
de votre ménage. Vous remettrez d'abord en ordre votre literie, qu'en
vous levant vous aurez pris soin d'exposer à l'air, puis vous brosserez
votre parquet, secouerez vos tapis et essuierez vos meubles. Il sera bon
qu'après chaque repas vous laviez votre vaisselle, afin d'éviter
l'encombrement et de l'avoir toujours propre à votre disposition. Si
votre ménage est entretenu avec soin, il ne vous demandera chaque jour
que peu de temps. Il suffira qu'une fois par semaine, c'est généralement
le samedi que les ménagères choisissent pour cela, vous fassiez le grand
nettoyage, c'est-à-dire laver vos carreaux et vos glaces, récurer vos
cuivres et votre ferblanterie, remettre en cire vos parquets, si telle
est votre habitude. Nous vous engageons à cirer votre plancher plutôt
qu'à le laver, ce dernier moyen ayant l'inconvénient de donner de
l'humidité et d'éclabousser les meubles. L'humidité est ennemie de la
propreté autant que de la santé; dans une maison humide, rien ne reste
en bon état, pas même notre corps, puisque nous y pouvons contracter
des douleurs et des rhumatismes. C'est pourquoi il faut prendre soin
d'aérer le plus possible votre appartement; ne craignez pas, lorsque le
temps le permet, de laisser vos fenêtres ouvertes, au risque de voir
pénétrer chez vous la poussière, ce qui est désagréable, nous en
convenons, mais de deux inconvénients il faut choisir le moindre. Il
serait superflu de vous dire que les recoins de votre appartement
doivent être aussi propres que l'endroit le plus visible, et ne doivent
en aucune façon servir de réceptacle à toutes sortes d'objets dont la
place est ailleurs.
Une fois votre ménage remis en ordre, il vous restera généralement un
peu de temps en attendant l'heure de préparer votre déjeuner. Vous
l'emploierez soit a laver, à confectionner ou raccommoder le linge et
les vêtements de la famille, soit a exercer votre profession. Ne manquez
jamais d'échanger contre des vêtements plus convenables ceux qui, sans
être malpropres, vous servent depuis votre lever pour procéder à votre
nettoyage. Il est indispensable que vous soyez en tenue propre et
soignée pour l'heure à laquelle doivent revenir vos parents ou votre
mari, ainsi que pour le cas où vous auriez à sortir pour acheter
quelques provisions. Une jeune fille, une femme qui se respecte, ne se
montrera jamais, ne serait-ce que sur le seuil de sa porte, sans être
coiffée et vêtue proprement. Il n'est pas nécessaire d'être élégante,
mais si modeste, si pauvre même que soit votre mise, elle peut, elle
doit être toujours d'une rigoureuse propreté.
Lorsque vous aurez terminé votre déjeuner et remis en place votre
vaisselle, il vous restera tout le temps de l'après-midi pendant lequel
vous pourrez vous occuper sérieusement. Ne perdez pas une minute de ce
temps si précieux et malheureusement si court, songez que l'heure de
préparer le repas du soir arrivera vite. S'il vous est possible de
travailler pour le monde, calculez ce que vous pouvez gagner en ces
quelques heures, et combien cette somme, chaque jour répétée, peut vous
être utile dans votre maison. Si vous avez beaucoup d'enfants et que
vous perdiez votre temps, songez que ceux-ci seront les premiers à en
souffrir; votre ouvrage ne se fera pas, vous serez débordée; le linge,
les vêtements ne seront pas entretenus convenablement; il faudra les
renouveler plus souvent et se priver pour cela d'autres choses non moins
indispensables. Ne manquez pas de préparer le repas pour l'heure à
laquelle doivent rentrer ceux des vôtres que leurs occupations appellent
au dehors. Ceux-ci, qui, souvent, reviennent harasses de fatigue, seront
heureux de se réconforter par une bonne nourriture, de se reposer auprès
de vous, aimante et douce, dans leur habitation saine et bien tenue. Ils
vous sauront gré des efforts que vous ferez pour leur procurer ce
bien-être qui leur donnera du courage et de la force pour recommencer le
lendemain leur pénible labeur.
Aussitôt votre repas du soir terminé, vous rangerez votre vaisselle,
balaierez votre maison et veillerez soigneusement à ce qu'aucune
émanation, soit de cuisine, soit de chauffage, ne s'y concentre; il
faudra pour cela laisser vos fenêtres ouvertes pendant un certain temps
avant de vous coucher.
Lorsque vous aurez ainsi, pendant toute la semaine, rempli vos
obligations de bonne ménagère, vous aurez mérité de prendre le dimanche
quelque distraction. Choisissez de préférence une promenade au grand
air, il n'est rien de plus hygiénique, mais gardez-vous bien de
dépenser ce jour-là ce que vous avez eu tant de peine à gagner pendant
la semaine. C'est pourquoi nous vous faisons observer qu'il est
préférable de sortir le dimanche, qui est le jour consacré au repos du
plus grand nombre, et pendant lequel vous trouverez des distractions peu
coûteuses.
ÉCONOMIE DOMESTIQUE--LA NOURRITURE L'HABILLEMENT
Trois jeunes sens, excellents camarades pourtant, se querellaient entre
eux. Moi, disait l'aîné, je vous surpasserai tous, je serai médecin, je
deviendrai célèbre et riche.--Moi aussi, dit le plus jeune, je serai
médecin, mais comme j'aurai plus de talent que toi, je te prendrai ta
clientèle, il ne te restera d'autre ressource que d'essayer de te faire
élire député.--Vous vous trompez, mes bons amis, dit le troisième, vous
ne ferez rien ni l'un ni l'autre, car moi, je serai cuisinier--Fi donc,
monsieur le gâte-sauce, s'écrièrent en choeur les deux premiers!--Oui,
reprit-il, je serai cuisinier, et puisque vous comptez sur les malades
pour faire votre position, j'empêcherai qu'il y en ait. La plupart des
médicaments, presque toujours répugnants, que vous rêvez, d'imposer à
vos clients, je les donnerai aux gens bien portants sous la forme d'une
nourriture confortable et saine. À vos reconstituants, a vos dépuratifs,
j'opposerai d'excellent bouillon, d'appétissants rosbifs, des plantes
alimentaires sagement employées, je leur conserverai ainsi la santé, ils
n'auront pas besoin de vos soins et il ne vous restera plus à soigner
que les maux de dents et les jambes cassées.
Ce jeune homme avait évidemment raison, une bonne nourriture dispense
souvent d'aller chez le médecin, car elle prévient un grand nombre de
maladies, et même dans bien des cas, la nourriture dirigée par une
personne intelligente, ayant quelques notions d'hygiène, peut constituer
à elle seule tout un traitement. Cette question des connaissances
hygiéniques se rattachant à l'alimentation a, à notre avis, une
importance très grande, tant au point de vue sanitaire qu'à celui de
l'économie domestique. Par exemple une jeune femme ayant ces
connaissances ne couchera pas ses enfants après leur avoir donné pour
dîner de la pâtisserie ou une tartine de beurre. Elle usera d'autre part
de toute son influence pour proscrire de sa maison l'usage des boissons
alcooliques qui produisent de si funestes résultats. Elle fera une part
égale aux mets reconstituants, tels que potages gras, viandes
saignantes, et aux plantes dépuratives et rafraîchissantes, de manière à
prévenir à la fois l'anémie et l'échauffement.
La nourriture, qui constitue la plus forte dépense du ménage, demande à
être réglée d'une façon particulièrement sérieuse; la plupart des jeunes
personnes ne nous paraissent pas y attacher toute l'importance qu'elle
comporte. Mais, nous direz-vous, tout le monde ne peut avoir une bonne
nourriture, pour la raison bien simple que l'on ne peut pas toujours y
mettre le prix. Nous vous ferons remarquer que l'alimentation, pour être
saine et confortable, n'a pas besoin d'être composée de mets recherchés;
c'est au contraire la nourriture la plus simple, la plus naturelle, qui
est la meilleure. N'avez-vous pas souvent entendu dire à bien des gens
qu'ils préfèrent une fricassée de pommes de terre bien faite à un plat
de viande mal réussi, c'est-à-dire que la nourriture tire son principal
agrément du talent de la cuisinière et de la régularité avec laquelle
elle est dirigée? Il serait en effet très mauvais à tous les points de
vue que vous fissiez excès de table pendant que votre bourse est bien
garnie, au risque de vous imposer de dures privations en attendant
d'autres ressources.
C'est donc à savoir parfaitement faire la cuisine que toute bonne
ménagère devra s'ingénier. Elle réalisera ainsi d'importantes économies,
car il est prouvé qu'une bonne cuisinière fait mieux à peu de frais
qu'une autre avec une forte dépense. Ce talent n'est pas fort difficile
à acquérir, il suffit d'y apporter quelque attention; si vous n'avez pas
réussi quelque mets ou si l'assaisonnement vous en a paru trop coûteux,
faites une autre fois d'une manière différente et toujours ainsi jusqu'à
entière satisfaction. Nous n'avons pas l'intention d'empiéter ici sur
les attributions des livres de cuisine, nous nous permettrons néanmoins
de vous donner quelques conseils concernant l'économie de la nourriture,
conseils que ces publications ne sauraient relater.
Nous l'avons dit, l'ouvrier n'est assuré du nécessaire qu'autant qu'il
sait se refuser le superflu; cette règle, que vous devrez observer en
toute circonstance, il faudra l'appliquer également à la nourriture.
Bannissez de votre alimentation toutes les choses dont vous pouvez vous
passer sans altérer votre santé; le superflu est d'ailleurs aussi
nuisible en toutes choses que l'insuffisance.
Vous ferez bien de réserver pour votre dîner le meilleur morceau dont
vous pourrez disposer, c'est ce repas dont l'influence, bonne ou
mauvaise, se fait le mieux sentir. Pour le repas de midi, une fricassée
de pommes de terre ou de légumes quelconques, avec ou sans viande, et
autant que possible une salade, constitueront un déjeuner suffisant.
Nous vous engageons à choisir de préférence, pour votre salade, le
pissenlit, le cresson et la laitue, en raison de leurs propriétés
particulières. Les légumes verts ou secs, selon la saison, vous
permettront de servir un plat abondant et peu coûteux; vous donnerez
toujours la préférence à la pomme déterre; il n'est pas de légume qui
puisse vous fournir un aliment plus sain, plus économique et d'autant
plus agréable qu'on peut l'assaisonner de tant de manières différentes.
Les oeufs et le poisson, au moment où ils sont à bon marché, vous
serviront à varier le menu de votre semaine.
Votre dîner se composera soit d'un potage gras avec la pièce de boeuf,
soit d'un potage maigre avec un plat de viande. Le potage gras se fait
avec du boeuf de première qualité et de première fraîcheur; nous
insistons sur ce dernier point d'autant plus qu'il n'en coûte pas plus
cher. Si vous voulez obtenir un excellent bouillon, il est indispensable
de le laisser cuire pendant six heures au moins, à partir du moment
où-vous avez écume; vous trouverez peut-être votre boeuf trop cuit, mais
on ne peut tout avoir. Si vous n'êtes que très peu de monde, trois
personnes par exemple, vous aurez intérêt à faire du bouillon pour
plusieurs jours, il sera ainsi meilleur avec une moindre quantité de
viande. En ce cas, un kilog. de boeuf vous fournira du bouillon de bonne
qualité pour quatre jours, ce qui fait 250 grammes par jour; or, avec
cette quantité employée séparément, il est impossible d'obtenir un
bouillon suffisant. Il est toutefois indispensable, pour le conserver,
de le passer au travers d'une passoire très fine et de le mettre dans
une soupière de porcelaine; vous le garderez ainsi pendant trois jours
en été et jusqu'à six jours en hiver. Il faut bien observer de ne mettre
les légumes qu'une heure et demie au plus avant de servir.
Il est nécessaire de varier autant que possible votre nourriture afin de
la rendre plus agréable, et dans ce but vous agirez sagement en faisant
des conserves de légumes au moment opportun. Si vos ressources ne vous
le permettent pas, vous pourrez toujours conserver de l'oseille, un
panier de un franc vingt-cinq centimes suffit à un petit ménage pour
passer l'hiver: vous la ferez cuire à petit feu avec 500 grammes de sel.
Elle vous servira à faire d'excellent potage appéritif et nourrissant,
surtout si vous y joignez une purée de pommes de terre. Vous ferez,
aussi des potages aux poireaux, à l'oignon, aux choux. La soupe au lard
ou au jambon avec des choux et autres légumes, constitue un mets
agréable et peu coûteux; si vos enfants ont l'estomac délicat, vous
pourrez réserver votre plat pour le lendemain à midi et le remplacer par
de la viande. Si vous avez beaucoup de monde à nourrir, nous vous
engageons à faire votre potage pour le soir et le premier repas du
lendemain, il remplacera avantageusement le café au lait trop
débilitant et peu convenable pour certains tempéraments, ainsi que le
chocolat trop coûteux.
Si les ressources dont vous disposez vous permettent d'ajouter quelque
chose à votre ordinaire, le mieux sera de vous procurer un vin de
qualité convenable que vous mettrez en bouteilles; par ce moyen, il
s'améliorera avec le temps au lieu de se détériorer. Les crus de
l'Hérault, ainsi que le petit Bordelais, le Saint-Georges, vous
fourniront un vin agréable et supportant l'eau, par conséquent
économique, au prix net de cinquante-cinq à soixante centimes le litre.
Il sera bien préférable que vous buviez du vin à vos repas plutôt que de
sacrifier une somme parfois équivalente pour des choses nuisibles telles
que l'alcool, le café. Il va sans dire, du reste, que vous ne pouvez
risquer cette dépense qu'autant que vos gains vous le permettent.
Nous avons établi, pour vous servir d'exemple, l'état des dépenses de
deux ménages composés: l'un, du père, de la mère et de deux enfants dont
l'aîné a trois ans, l'autre, un an et demi. L'autre, du père, de la
mère, de leurs parents et de quatre enfants dont l'aîné a douze ans, le
plus jeune cinq ans, soit en tout huit personnes. Ces données que nous
vous proposons ne sauraient constituer une règle absolue; mais, soit que
vous puissiez aller au-delà, soit qu'il vous faille rester en-deçà des
chiffres qui y sont consignés, elles pourront vous indiquer d'une
manière générale la tenue de votre maison.
* * *
1er.--Le mari, petit employé, gagne cent francs par mois.--Sa femme,
travaillant pour la fabrique, aidée d'une apprentie, gagne en moyenne un
franc cinquante centimes par jour, soit par mois, quarante-cinq francs.
Pour logement, une pièce sur le devant servant de chambre à coucher, une
autre à la suite faisant office de cuisine, de salle à manger et de
travail, pour quinze francs par mois.
MENU DE LA SEMAINE (EN OCTOBRE)
SAMEDI
_Déjeuner._ Pommes de terre au lard, salade.
_Dîner._ Potage gras.
DIMANCHE
_Déjeuner._ Le reste du boeuf, salade.
_Dîner._ Potage gras, veau rôti aux carottes.
LUNDI
_Déjeuner._ Fricassée de haricots, pêches de vigne.
_Dîner._ Le reste du potage gras au vermicelle, le reste du veau.
MARDI
_Déjeuner._ Omelette au lard, fromage.
_Dîner._ Potage poireau, gigot braisé.
MERCREDI
_Déjeuner._ Choux au lard, noix et raisin.
_Dîner._ Potage gras.
JEUDI
_Déjeuner._ Fricassée de pommes de terre, salade.
_Dîner._ Le reste du potage gras, rosbif.
VENDREDI
_Déjeuner._ Harengs, salade.
_Dîner._ Potage à l'oseille, foie de veau.
* * *
Voici maintenant le prix approximatif de ce menu:
SAMEDI
_Déjeuner._ 1 kil. de pommes de terre
longues rouges, 0.15
Lard, oignons, 0.15
Salade, 0.15
_Dîner._ 750 grammes boeuf, 1.35
Légumes, 0.15 1.95
DIMANCHE
_Déjeuner._ Le reste du boeuf, »»
Salade, 0.15
_Dîner._ Le potage de la veille, »»
Veau, 1/2 kil., 1.»»
Carottes, oignons,
lard, etc., 0.40 1.55
LUNDI
_Déjeuner._ 1 kil. haricots, 0.25
Lard, etc., 0.15
Pêches, 0.10
_Dîner._ Le reste du potage
et du veau, vermicelle, 0.10 0.60
MARDI
_Déjeuner._ 5 oeufs, 0.50
Lard, 0.10
Fromage, 0.10
_Dîner._ Beurre et poireaux, 0.20
375 grammes gigot, 0.90 1.80
MERCREDI
_Déjeuner._ Choux, 0.25
Lard, etc., 0.25
Dessert, 0.15
_Dîner._ 1/2 kil. boeuf, 0.90
Légumes, 0.10 1.65
JEUDI
_Déjeuner._ Pommes de terre
jaunes, 1 kil., 0.10
Lard, farine, etc., 0.15
Salade, 0.15
_Dîner._ Le reste du potage, »»
375 grammes boeuf
à 1.20, 0.90 1.30
VENDREDI
_Déjeuner._ 6 harengs, 0.45
Salade, 0.15
_Dîner._ Beurre, oseille et
purée, 0.25
375 grammes foie de
veau, 0.90 1.75
-----
10.60
Pour 7 jours, 10 fr. 60, soit
par jour, 1.50
Goûter de 4 heures, 0.15
Premier repas du matin,
consistant en chocolat, 0.30
1 kil. de pain, 0.30
----
Par jour, 2.25
Soit par mois, 67.50
Réserve pour société mutuelle, 15.»»
Loyer, 15.»»
Chauffage en moyenne, 5.»»
Eclairage id. 2.50
----
Dépenses, 105.00
Gains, 145.»»
------
Il reste 40. fr. par
mois, soit 480 fr. par an, pour l'habillement et les menus frais. Il est
à remarquer que nous vous présentons un devis d'une nourriture très
confortable et de première qualité.
Voici maintenant l'état des dépenses d'une assez forte famille, d'une
robuste santé. Le père, menuisier, gagne 4 fr. 50 par jour, soit pour 26
jours de travail 117 fr. par mois. Son vieux père, ancien ouvrier de la
maison, employé à de petits ouvrages, ne gagne en moyenne que 2 fr.,
soit 60 fr. par mois. La femme, aidée de sa mère, gagne en moyenne 1 fr.
25 cent, par jour, soit 37 fr. En tout, par mois, 214 fr.
La famille occupe un petit rez-de-chaussée composé d'une pièce sur le
devant servant aux parents de chambre a coucher. Une autre pièce plus
grande, dans laquelle couchent les enfants sous la garde de leur
grand'mère, et qui sert aussi à la mère pour son travail; le grand-père
a un lit portatif dans la cuisine. Ce logement coûte 25 fr. par mois.
MENU DE LA SEMAINE
SAMEDI
_Déjeuner._ Pois au lard, fromage campagne.
_Dîner._ Potage gras.
DIMANCHE
_Déjeuner._ Fricassée de pommes de terre, salade.
_Dîner._ Potage à l'oseille, lapin rôti aux pommes de terre.
LUNDI
_Déjeuner._ Fricassée de haricots, salade.
_Dîner._ Potage gras.
MARDI
_Déjeuner._ Pommes de terre au lard, salade.
_Dîner._ Potage poireaux, mouton au riz.
MERCREDI
_Déjeuner._ Choux au lard, fromage campagne.
_Dîner._ Potage gras.
JEUDI
_Déjeuner._ Fricassée de poitrine de veau, pommes de terre, fruits.
_Dîner._ Soupe au jambon et légumes.
VENDREDI
_Déjeuner._ Pommes de terre au blanc, salade.
_Dîner._ Potage à l'oseille, veau rôti aux carottes.
PRIX DE CE MENU
SAMEDI
_Déjeuner._ Pois, 0.40
Lard, etc. 0.20
Fromage, 0.15
_Dîner._ Boeuf, 1 kil., 1.80
Choux et légumes, 0.25 2.80
DIMANCHE
_Déjeuner._ 2k500 pommes de terre, 0.20
Lard, farine, etc., 0.20
Salade, 0.30
_Dîner._ Lapin, 750 grammes, 1.50
Pommes de terre,
oignons, lard, 0.30
Beurre, oseille et
purée pour potage, 0.30 2.80
LUNDI
_Déjeuner._ Haricots, 0.50
Lard, etc., 0.20
Salade, 0.30
_Dîner._ Boeuf, 1 kil., 1.80
Légumes, 0.25 3.05
MARDI
_Déjeuner._ Pommes de terre
rouges, 2 kil. 500, 0.30
Lard, oignons, 0.20
Salade, 0.30
_Dîner._ Beurre, poireaux, 1.30
Mouton, 750 gram. 1.35
Riz, lard, farine, etc., 0.40 2.85
MERCREDI
_Déjeuner._ Choux, 0.30
Lard, etc., 0.30
Fromage, 0.15
_Dîner._ Boeuf, 1 kil., 1.80
Légumes, 0.20 2.80
JEUDI
_Déjeuner._ Poitrine de veau,
750 grammes, 1.20
Pommes de terre,
lard, oignons, 0.30
Pommes, 0.10
_Dîner._ Jambon ou lard maigre 0.80
Légumes, 0.30 2.70
VENDREDI
_Déjeuner._ Pommes de terre
jaunes, 2 kil. 500, 0.20
Beurre, farine, oeuf,
etc., 0.30
Salade, 0.30
_Dîner._ Beurre, oseille, purée, 0.30
Veau, 750 grammes, 1.50
Carottes, lard, oignons, 0.50 3.10
----
20.10
Pour 7 jours, 20 fr. 10, soit
par jour 2.85
Goûter des enfants et supplément
pour les hommes au potage
du matin, 0.30
3 kil. pain, 0.90
------
Par jour, 4.05
Soit par mois, 121.50
Réserve, 15.»»
Loyer, 25.»»
Chauffage, en moyenne, 5.00
Eclairage, id. 2.50
--------
Dépenses, 169.00
Gains, 214.00
--------
Il reste 45 fr. par
mois, soit 540 fr. par an pour l'habillement
et les menus frais.
Nous avons banni, et pour cause, toute dépense inutile. Il reste le
devis d'une nourriture abondante, confortable et saine. Toutes les
obligations sont remplies. Il reste quelque chose à la réserve qui
pourrait servir en cas d'adversité. Et cela malgré la modicité du
salaire de ces deux ménages.
L'HABILLEMENT
Nous ne pouvons vous offrir, concernant l'habillement, des données
absolument précises, car il est subordonné à différentes considérations:
à notre situation sociale et pécuniaire d'abord, à notre profession, à
nos relations dans le monde et aux habitudes que nos parents ont cru
devoir nous faire contracter. Il est évident qu'une ouvrière ne peut ni
ne doit s'habiller comme une personne riche, de même qu'une jeune fille
employée chez une modiste ou dans un magasin quelconque est obligée à
plus de tenue qu'une personne travaillant en fabrique. Nous devrons
donc, en ce qui concerne cet article de notre budget, consulter avant
tout notre bourse, c'est le plus sûr moyen de ne pas nous tromper.
Faisons d'abord la part des choses indispensables, telles que linge,
chaussures, vêtements pour ceux des nôtres qui vont au dehors, pour les
enfants allant à l'école. Ne désirons rien de plus pour eux et pour nous
qu'une absolue propreté. Gardons-nous bien de faire, pour notre
toilette, des dépenses en disproportion avec nos ressources. Il est
d'ailleurs facile à une femme intelligente d'être fort bien habillée à
peu de frais. Il est indispensable pour cela que la femme sache
confectionner ses vêtements et ceux de sa famille, ce talent fait partie
essentielle des connaissances que doit acquérir toute personne qui veut
être une ménagère sérieuse. Nous réaliserons ainsi d'importantes
économies, car le coût de façon d'une robe dépasse souvent le prix
d'achat; et puis il est une bonne fée qui prend plaisir à allonger entre
nos mains le métrage de l'étoffe, tandis qu'un mauvais génie le rétrécit
entre celles de nos couturières.... pas toujours cependant, mais si
souvent.... Nous avons vu cet été, au prix de 65 centimes le mètre, un
choix d'étoffes de coton, de différents dessins, faciles à assortir,
dont avec quelque habileté on eût pu faire une toilette ravissante. En
prenant 18 mètres d'étoffe pour le costume, y compris la fausse jupe,
Soit 11.70
Doublure, 2.»»
Baleines, crin, cerceaux,
boutons, etc., 3.»»
_____
16.70
soit pour 17 fr. une toilette que vous porterez facilement pendant deux
étés, et qui sera des plus distinguées selon là nuance que vous aurez
choisie, le bon goût qui aura présidé à sa confection et à l'assortiment
de tous les objets composant votre habillement. Lorsqu'elle sera hors
d'état de vous servir comme toilette, vous en ferez une robe d'intérieur
que vous porterez l'après-midi, après que vous aurez terminé votre
ménage, puis un jupon de dessous, puis des doublures; c'est ainsi que
vous utiliserez vos étoffes jusqu'à usure complète.
Si vous pouvez avoir pour l'hiver une robe de sortie, choisissez-là de
préférence noire ou de nuance très foncée: elle sera ainsi toujours à
la mode, surtout si vous avez adopté une façon à la fois élégante et
simple, ne datant pas. Il faudra prendre, autant que possible, pour ce
costume, une étoffe de bonne qualité, se brossant bien et pouvant être
longtemps portée.
Étoffe noire, largeur 1 mètre 20, 8 mètres, à 3 fr. 24.»»
3 mètres 50 alpaga, pour fausse jupe, à 1 fr., 3.50
Faux ourlet, 1.50
Doublure, 2.50
Baleines, crin, cerceaux, boutons, etc., 3.50
50 centimètres velours ou
fantaisie, pour col et manches, 4.»»
________
39.»»
Soit pour 40 francs un costume solide et sérieux.
En vertu de cet axiome qu'il coûte moins cher d'entretenir que de bâtir,
vous raccommoderez soigneusement votre linge et vos vêtements, de façon
à ce qu'ils soient toujours propres et à les renouveler le moins souvent
possible. En appliquant il votre habillement la sage économie avec
laquelle vous réglez les autres dépenses de votre maison, vous arriverez
à remplir exactement vos obligations et vous jouirez d'un véritable
bien-être.
CONCLUSION