Si nous ne sommes pas douée d'un caractère égal et facile, ce sera un

grand désagrément pour nous-même et pour notre entourage, mais il ne

faut pas pour cela désespérer. En nous observant sans cesse, en nous y

appliquant, nous arriverons facilement à nous corriger de ce défaut, ne

serait-ce que par amour-propre, pour ne pas donner aux autres le

spectacle d'une girouette tournant à tout vent, ne sachant ni ce qu'elle

veut, ni ce qu'elle a. Rien ne saurait excuser un changement non motivé

dans notre humeur, pas même l'état de notre santé. Notez qu'il est

maintenant de très-mauvais ton «d'avoir ses nerfs», c'est ridicule et

complètement démodé.

La bonne humeur nous sera d'un grand secours dans les circonstances

difficiles de la vie, et nous donnera une grande force d'âme pour en

supporter les épreuves. Jeunes filles qui voulez être jolies et qui vous

désolez parfois de ne pouvoir vous procurer une vaine parure, il en est

une que la nature vous offre, c'est le franc et gai sourire qui est, dit

le poète, comme l'épanouissement d'une fleur. Prenez garde de vous

laisser aller à faire la _moue_, votre physique n'y gagnerait rien. Nous

connaissons des personnes tellement rageuses, toujours mécontentes des

autres et d'elles-mêmes, que lorsqu'un sourire vient par hasard s'égarer

sur leur physionomie, il fait l'effet d'une grimace. Est-il rien de plus

déplaisant qu'une femme acariâtre, revêche, capricieuse, et quel vilain

type que celui de pie-grièche!

L'on nous reproche souvent, et non sans raison, d'attacher trop

d'importance à notre toilette, et de trop sacrifier pour la parure.

Aussi sommes-nous intérieurement bien flattées quand, passant auprès de

quelqu'un, nous entendons murmurer discrètement: Voyez cette jeune

personne, est-elle charmante? Ce mot résume l'une des aspirations les

plus naturelles de la femme: être charmante, que ne ferions-nous pas

pour cela, et quel plaisir de l'entendre dire. Mais êtes-vous bien

certaine que ce compliment s'adresse seulement à votre toilette? Ce

serait vraiment trop de modestie de votre part. L'on vous trouve

charmante pour votre tenue soignée et décente, pour votre air souriant,

pour l'ensemble de votre personne dont se dégagent l'amabilité, la

gaieté, plaisants attributs de la jeunesse. Essayez de vous montrer avec

une figure maussade et en parlant durement aux personnes de votre

société, vous verrez si vous obtiendrez le même succès. Ainsi donc, si

nous n'étions aimable par nature, par devoir ou par raison, il faudrait

l'être par cette coquetterie innée chez la femme, par cette assurance

que l'amabilité donne plus de grâce et de charme à notre visage que la

plus jolie toilette n'en saurait donner à notre corps. Cette qualité

rehausse la moindre de nos actions et donne du prix au plus léger

service. Elle est indispensable au même titre que la politesse, qui sans

elle paraîtrait ou froide ou banale. Il faut la pratiquer à tout âge,

dans toutes les positions de fortune, dans toutes les circonstances de

la vie. Elle dispose en notre faveur, aide à aplanir bien des

difficultés et sert à nous faire aimer, même si nous ne sommes pas

jolies et si nous avons cessé d'être jeunes, car elle nous donne

l'apparence de la bonté, et il n'y a que la bonté qui puisse faire aimer

une vieille femme.

Si à ces qualités nous joignons quelques avantages intellectuels, notre

société sera ainsi la plus plaisante et la plus agréable que l'on puisse

souhaiter. Notre mari et les autres membres de notre famille n'auront

plus pour nous délaisser cette excuse, que nous ne savons rien, que nous

sommes incapable de raisonner des questions à l'ordre du jour, qu'en un

mot nous ne sommes pas dans le mouvement, et que pour causer et se

distraire il faut aller au café. Pour être une femme distinguée, il ne

suffit pas d'avoir bonne tournure; si nous ambitionnons ce titre, il

faut nous appliquer, dans la mesure du possible, à augmenter nos

connaissances, à élever notre niveau intellectuel, de sorte que si

quelqu'un des nôtres cause devant nous des grandes questions économiques

et sociales qui intéressent tout le monde, il n'ait pas l'air de parler

grec. Nous en retirerons des avantages de toutes sortes, d'abord en nous

trouvant plus facilement en conformité de vues avec notre mari, ensuite

en devenant capable de comprendre et d'apprécier les évolutions et les

progrès qui s'accomplissent autour de nous. Il n'est pas nécessaire pour

cela d'être savante; l'instruction la plus élémentaire, celle qu'a

consacrée l'obtention de notre certificat d'études, y suffit largement,

surtout si nous savons l'étendre par la réflexion et d'utiles lectures.

Cela ne saurait nuire à l'accomplissement de nos devoirs familiaux; car,

de même que l'on peut être une femme charmante sans connaître la chimie

et une bonne mère sans rien comprendre aux évolutions des astres, l'on

peut être également bonne fille, bonne épouse, bonne mère en s'occupant

des choses de l'esprit, et on le sera même d'autant plus que

l'intelligence sera mieux cultivée. Car nous devons toujours garder le

sentiment de notre dignité; si la nature et plus encore la nécessité

font de nous la servante de l'homme, nous ne saurions lui permettre de

nous considérer absolument comme une machine à faire la soupe et à

raccommoder les chaussettes.

Si donc nos occupations nous laissent quelques instants de loisir, c'est

sans contredit à la lecture que nous les emploierons le plus utilement.

Gardons-nous de cette littérature frivole, de ces romans plus ou moins

stupides qui fausseraient notre esprit, troubleraient notre coeur sans

aucun profit pour notre intelligence. Donnons la préférence aux ouvrages

sérieux, oeuvres d'auteurs de talent, il n'en manque pas, dont les

observations, quelle qu'en soit la nature, serviront de complément à

notre instruction, ou aux organes de la presse modérée, qui reflètent le

mieux l'opinion du pays et qui nous tiendront au courant de ce qui se

fait autour de nous. Tirons aussi de l'oubli où souvent nous les

laissons nos livres d'éducation, ce serait une erreur de croire qu'ils

ne peuvent être nécessaires qu'à notre première jeunesse; nous serons

tout étonnées, en les relisant, du profit que nous en pouvons tirer

encore, et des sages conseils, des utiles remarques qui, autrefois,

avaient échappé à notre inexpérience. Ayons sans cesse devant les yeux

le but à atteindre, qui consiste à nous élever en capacités, en

intelligence et en vertu pour être à la hauteur de la mission que nous

sommes appelées à remplir. La femme moderne ne doit être ni frivole, ni

vulgaire; il lui faut savoir se tenir à égale distance de ces deux

choses qui la rendraient indigne, et mettre son orgueil à se rendre

utile à elle-même, à sa famille et à la société.

RAPPORTS AVEC LES VOISINS

L'on a écrit sur le savoir-vivre, la politesse, la façon de se conduire

dans le monde et avec le monde, des ouvrages d'une incontestable

utilité, pleins de bon sens et de raison. Ces ouvrages et les règles qui

y sont exposées s'adressent généralement à la classe riche ou aisée de

la société; il n'en existe pas, à notre connaissance, qui puisse servir

de guide dans la plupart des cas aux personnes de la classe ouvrière.

Nous n'avons pas l'intention de faire double emploi avec ces écrits,

cela nous entraînerait hors de notre sujet; nous ne pouvons que vous

engager à les lire; vous y trouverez de précieuses indications. Mais il

est une lacune que nous voudrions combler en vous disant quelques mots

des usages que vous ferez bien d'observer dans vos rapports avec le

voisinage.

Tout le monde ne peut avoir une habitation particulière; vous serez

probablement obligée, pour des motifs d'économie, de vous loger dans une

maison habitée par plusieurs locataires, de là une promiscuité souvent

désagréable et gênante; il faudra vous armer de patience et vous

apprêter à supporter philosophiquement les ennuis qui en résultent. Dans

la plupart de ces maisons, où la place est mesurée avec parcimonie et où

l'on ne peut se mouvoir sans incommoder quelqu'un, il faudra vous

resserrer le plus possible et éviter en toute occasion de gêner les

autres. Quel que soit le tapage qui déchire vos oreilles ou la

malpropreté qui offusque vos yeux, il faudra vous résigner et ne jamais

trouver à redire à quoi que ce soit, pour éviter des contrariétés sans

cesse renaissantes. Si les désagréments dont vous souffrez étaient

vraiment trop graves, il vaudrait mieux chercher un appartement ailleurs

que de vous exposer à vous faire des ennemis de vos voisins; ce qui

serait pour vous un supplice intolérable. Il faut d'ailleurs savoir se

supporter mutuellement et ne pas faire aux autres ce que nous ne

voudrions pas qu'ils nous fissent à nous-mêmes. Certaine société

mutuelle, qui s'occupe de l'amélioration du logement de l'ouvrier, vous

procurera une habitation saine et à bon marché; ce qui vous permettra

d'éviter en partie ces inconvénients.

Le meilleur moyen pour rester en bons termes avec vos voisins est

d'observer envers eux la plus grande réserve en même temps que la plus

exquise politesse. Ne passez jamais auprès d'eux sans les saluer,

adressez-leur à l'occasion quelque parole aimable, rendez-leur service

toutes les fois que vous le pouvez, mais évitez avec soin les

fréquentations et les commérages; ils sont dangereux à tous les points

de vue et amènent avec eux des montagnes de désagréments. Si quelqu'un

d'entre eux paraît vouloir entrer dans cette voie, vous trouverez

toujours quelque prétexte poli pour vous en débarrasser, vos occupations

de ménagère économe et sérieuse ne vous permettent d'ailleurs pas de

perdre votre temps. Si c'est une voisine qui vous gêne par sa présence,

vous aurez quelque course à faire au moment opportun, et si c'est une

conversation à laquelle on vous a conviée qui menace de se prolonger

outre mesure, vous trouverez toujours une excuse plausible, un travail

pressant à faire ou votre graisse qui risque de brûler, pour vous y

soustraire. Il est toujours gênant d'avoir auprès de soi des étrangers

qui commentent vos actions; votre mari, qui aime à être libre chez lui,

s'en montrerait peu satisfait, d'autant plus que ce ne sont pas toujours

de sages conseils ni de bons exemples que vous pouvez en retirer.

Il va sans dire qu'une personne bien élevée ne se permettra jamais la

moindre ingérance dans les affaires personnelles de ses voisins, ni la

plus petite observation ayant trait à leur vie privée. Vous devez

feindre d'ignorer ce qui se passe chez les autres, et si vous les blâmez

intérieurement, n'en rien laisser paraître. Gardez-vous de vous laisser

aller à l'envie et à la jalousie, c'est là généralement la cause de la

malveillance avec laquelle les femmes se jugent entre elles. Si vous

êtes affligée de ces mauvais sentiments, il faut les dissimuler avec

soin et veiller particulièrement à ne jamais manquer de politesse envers

la personne qui en est l'objet, car alors vous feriez preuve de sottise,

de grossièreté et d'un manque absolu d'éducation. Nous avons été témoin

dernièrement à ce sujet d'un petit fait qui nous donna une triste

opinion du caractère de celle qui en fut l'auteur.

Nous allions rendre visite à une de nos amies, jeune femme élégante et

distinguée, habitant avec sa famille un quartier des plus paisibles de

notre ville, lorsqu'arrivée à une petite ruelle très proche de sa

maison, nous aperçûmes assez loin devant nous sa mère revenant de la

boulangerie. Nous vîmes également une jeune femme que nous avions déjà

rencontrée à cet endroit et qu'à sa tenue nous avions prise pour la

servante d'une ferme voisine. Elle regarda venir la mère de notre amie,

et au moment où elle passait, au lieu de la saluer poliment ou tout au

moins de ne rien laisser paraître, elle rentra en fermant violemment la

porte, sans que cette vieille dame l'eût en rien provoquée. Et comme

nous en faisions l'observation à notre amie; celle-ci nous dit: C'est

toujours ainsi; croirais-tu, que cette femme, que nous ne connaissons

pas, nous témoigne en toute occasion de la malveillance. Lorsque je

passe devant sa porte elle sort de chez elle pour me regarder et elle

reçoit impoliment les personnes qui par mégarde s'adressent à elle et

demandent notre adresse; que serait-ce donc si nous devions vivre

ensemble dans la même maison! Mais, répondîmes-nous, férue de notre idée

que ce devait être quelque domestique, ses maîtres devraient la tancer

sévèrement pour son inconvenance.--Ses maîtres! mais c'est elle qui est

la maîtresse, c'est même, à ce qu'il paraît, la fille d'un instituteur.

Elle ne nous aime pas, je n'en connais pas la raison. Va, j'en suis bien

désolée, j'en perds l'appétit et sûrement j'en mourrai, s'écria notre

amie, enfant terrible, avec une mimique à faire éclater de rire un

moellon. Nous ne pûmes nous empêcher de faire cette réflexion que cette

personne avait fort peu profité des leçons de bienséance que bien

certainement son père avait dû lui donner. Évitons donc de nous rendre

ridicules par de pareilles sottises; soyons aimables autant que possible

et polies toujours, même envers les voisins que nous n'aimons pas, c'est

là un des moyens de nous faire respecter.

ÉDUCATION PRATIQUE

CONSIDÉRATIONS MORALES SUR LES VERTUS PRATIQUES DE LA FEMME

Nous avons dit quelques mots des qualités morales indispensables à

toutes les femmes dans toutes les classes de la société, permettez-nous

maintenant d'aborder le chapitre non moins urgent des vertus pratiques

nécessaires à toutes et indispensables aux jeunes filles, aux jeunes

femmes dans une situation peu fortunée. Pardonnez-nous si ce sujet, que

nous voudrions traiter pour votre profit, nous entraîne à certaines

considérations tout intimes que vous serez tentées de qualifier de

petits détails. Nous sommes persuadée qu'en ce qui concerne notre ménage

il n'y a pas de détails inutiles, et qu'il en est en tout cas de très

utiles à rappeler, puisque la plupart des personnes les oublient si

facilement.

Si nous sommes spirituelles, aimables, d'égale humeur, nous serons

certainement charmantes, mais cela ne saurait suffire. Ventre affamé n'a

pas d'oreilles, dit-on. Notre père, notre mari, si sensibles à nos

prévenances, à nos caresses, ne le seront pas moins à un bon dîner, à

leur habitation bien tenue. Ils apprécieront même d'autant mieux les

agréments de notre esprit et de notre caractère que nous saurons les

faire jouir d'un plus grand bien-être, d'une aisance relative.

Le travail, l'ordre et l'économie sont les vertus indispensables à toute

femme soucieuse de son bonheur et de celui des siens. Bien souvent, les

gains du chef de la famille sont insuffisants pour subvenir a tous les

besoins; notre devoir est alors évident: il nous faut travailler pour

gagner quelque argent et augmenter nos ressources. Nous vous ferons

remarquer qu'il est préférable de travailler, même durement, que de

s'exposer à subir des privations dont les conséquences seraient

d'altérer notre santé et d'assombrir notre humeur, car on ne peut être

ni bien portant, ni gai, quand on manque du nécessaire. Lors même que

les ressources dont nous disposons pourraient suffire à notre existence,

il faudrait travailler encore pour réaliser quelques économies, ne

serait-ce que pour donner satisfaction au brave travailleur qui ne nous

marchande ni ses sueurs, ni ses peines. L'homme qui gagne convenablement

sa vie n'aime pas à penser qu'à la moindre adversité il peut tomber dans

la misère. S'il peut dire: je gagne tant par jour et il n'en reste rien,

ce n'est pas encourageant pour lui; n'est-il pas à craindre qu'il se

croie autorisé à détourner une partie de son salaire, à se relâcher de

ses habitudes d'économie, en arguant, pour ne pas se gêner, que nous ne

nous gênons pas nous-même? Ce raisonnement serait peut-être excusable de

sa part, si nous y donnions lieu par quelque négligence dans

l'accomplissement de nos devoirs.

Nous devons donc travailler dans la mesure du possible, à moins que,

surchargées de famille, le soin de nos enfants et de notre ménage ne

nous en laisse pas le temps. Toutefois, nous estimons qu'une femme ayant

moins de trois enfants, doit pouvoir gagner quelque argent. Il ne manque

pas, dans notre grande ville, de métiers faciles à exercer, même si nous

n'avons pas de profession, ou si celle-ci, trop minutieuse, ne peut se

concilier avec nos obligations de mère de famille. Ne vous laissez pas

décourager par la modicité de votre salaire, ne dites pas: à quoi bon se

donner tant de peine pour gagner si peu? Votre gain ne serait-il que de

cinquante centimes par jour en moyenne, cela fait quinze francs par

mois, de quoi payer une petite location, et n'est-ce pas là ce qui,

généralement, embarrasse le plus les petits ménages? L'on se nourrit

toujours, l'on s'habille comme on peut, mais lorsqu'il faut à jour fixe

trouver l'argent du loyer, que de gêne et de contrariété, et quelle

vilaine figure on trouve à son propriétaire quand on n'a pu économiser

de quoi le payer. Si donc vous pouvez par votre travail subvenir à cette

obligation ou à toute autre, vous auriez grand tort de vous en

dispenser.

Le travail acquiert et l'économie conserve: ces deux qualités nous sont

donc indispensables si nous voulons améliorer notre situation. Nous

ajouterons qu'elles sont inhérentes l'une à l'autre, surtout chez la

femme, moins exposée que l'homme aux entraînements du dehors. La femme

qui travaille et qui sait combien de peines représente une pièce de

monnaie, y regardera à plusieurs fois avant de la dépenser inutilement.

De même si, par extraordinaire, une femme pouvait être économe sans être

travailleuse, elle le deviendrait en raison du profit qu'elle en peut

retirer.

La véritable économie ne consiste pas, comme certaines personnes

paraissent le croire, à nous refuser les choses nécessaires à la vie;

c'est là une erreur qui constitue ce que l'on est convenu d'appeler une

économie coûteuse. Il faut au contraire chercher à nous procurer tout le

bien-être compatible avec nos ressources, à condition toutefois de ne

les pas absorber complètement, et d'épargner toujours quelque chose pour

la vieillesse et les moments difficiles. Le bien-être est un besoin inné

chez l'homme, et plus ou moins développé selon son degré d'intelligence

et d'éducation. Il exerce une influence considérable sur notre santé,

notre caractère, nos moeurs et les conditions générales de notre

existence. Nous ne pouvons nous le procurer, si nous sommes pauvres,

qu'à des conditions déterminées. La première est de savoir en régler

également toutes les parties, car il ne consiste pas seulement à bien

manger, à se bien vêtir, à se loger confortablement, mais en toutes ces

choses réunies dans la mesure du possible. Si vous dépenser trop pour

l'une d'entre elles, vous serez forcément obligée de vous restreindre

sur les autres, et vous n'aurez pas un bien-être complet. C'est en cela

que consiste l'art de la vraie ménagère; il lui faut, pour réaliser cet

idéal, une certaine intelligence et une assez longue pratique du ménage.

Cette expérience pouvant faire défaut à la plupart des jeunes personnes,

c'est pour y suppléer et en vue de faciliter votre tâche que nous vous

donnerons plus loin quelques conseils appuyés de quelques chiffres.

Établissez donc votre budget de manière à avoir de tout un peu, si vous

ne pouvez davantage, sans oublier de porter une certaine somme à la

réserve. Ne dites pas: j'épargnerai s'il m'en reste; mais, au contraire,

je ne dépenserai que ce qui me restera après avoir prélevé sur mon

salaire de chaque mois ou de chaque semaine quelque chose pour l'avenir.

Cette question de l'avenir est celle qui sans cesse doit nous

préoccuper. Nous ne serons malheureusement pas toujours jeunes et

valides, la vieillesse arrivera, amenant avec elle son cortège

d'infirmités. Peut-être même, jeunes encore, serons-nous accablés par la

maladie, par des adversités de toutes sortes; peut-être aurons-nous à

souffrir du chômage ou d'une diminution de notre salaire. Ce sont là

toutes choses qu'il convient de prévoir, car, il faut bien l'avouer,

l'imprévoyance de l'ouvrier est souvent la cause de ses maux. Combien

parmi eux qui, après avoir eu pendant longtemps des gains relativement

élevés, se sont trouvés, dans leur vieillesse ou au moindre revers,

précipités dans la plus profonde misère. Epargnons donc pendant que nous

le pouvons; si nous sommes dans une situation relativement aisée,

profitons-en pour réaliser des économies plus appréciables, et si nous

nous trouvons dans une condition difficile, songeons qu'elle peut le

devenir encore davantage. Epargnons toujours si peu que ce soit.

La sage économie dont vous ferez preuve sera d'un bon exemple pour votre

mari, qui osera moins se permettre des dépenses inutiles. Encouragé

d'ailleurs par les bons résultats de votre prévoyance, il aura à coeur de

contribuer à votre oeuvre, sa conduite sera meilleure, la paix de votre

ménage plus assurée. Ainsi, l'économie, l'ordre et le travail vous

procurent à tous les points de vue d'incontestables avantages.

LA JOURNÉE D'UNE MÉNAGÈRE.--TENUE DE LA MAISON ET TENUE PERSONNELLE

Il ne suffit pas, dit un vieux proverbe, de se lever matin, il faut

arriver à l'heure. Nous ne vous conseillerons donc pas de suivre

l'exemple de certaines personnes qui, debout dès l'aube et se couchant

tard, ne produisent néanmoins qu'une somme de travail tout-à-fait

insuffisante. Ce régime ne tarderait pas à altérer votre santé; vous

avez tout intérêt à vous occuper sérieusement pendant la journée et à ne

pas la prolonger outre mesure. Il sera généralement suffisant que vous

vous leviez à cinq heures en été, à six heures en hiver, et quant à

continuer fort tard votre travail, nous ne saurions vous y engager.

Votre vue s'affaiblirait bientôt et les dépenses de lumière et de

chauffage en hiver qu'occasionneraient vos veilles absorberaient la plus

grande partie de votre supplément de gain, vous auriez ainsi travaillé

sans profit; le mieux est de ne pas prolonger votre journée au delà de

neuf heures du soir. Vous ne pouvez du reste pas faire davantage, la

force humaine a une limite qu'il ne faut pas dépasser; nous risquerions,

en voulant l'excéder, de compromettre notre santé, de contracter quelque

maladie qui coûterait fort cher à soigner et nous empêcherait de gagner

notre vie. Le soin de notre santé est sans contredit la meilleure

économie que nous puissions faire; il faut chercher à le concilier avec

nos autres obligations. Il existe une hygiène spéciale pour tous les

actes de la vie, il faut s'y conformer rigoureusement, c'est le moyen de

conserver ce grand bien, la santé, qui tient lieu de beaucoup d'autres,

et sans lequel les autres ne sont rien. Vous agirez donc sagement en

occupant consciencieusement votre temps, en ne perdant pas une minute

pendant la journée et en prenant d'autre part le repos nécessaire pour

récupérer vos forces. De cette façon, vous travaillerez mieux et plus

vite.

Ce que vaut une femme: Traité d'éducation morale et pratique des jeunes filles · 第 3 / 5 段