Tu désirais mon amour et cependant tu ne m’aimais pas. Désormais ma vie
se noua à la tienne comme une chaîne dont les anneaux t’enserrent plus
étroitement lorsque tu luttes pour t’évader.
Mon désespoir est un compagnon mortel qui s’exalte à la moindre de tes
faveurs et qui cherche à t’entraîner dans l’ombre et dans les larmes.
Tu brisas ma liberté, mais avec ses épaves s’est édifiée ta propre
geôle.
V
Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne-toi de ton chemin.
Bien qu’éveillé, sois comme le jour captif d’un filet de brouillard.
N’évite pas le jardin des cœurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaise
route; là-bas où l’herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à
l’abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse.
Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles;
qu’il soit enfin dissipé! Il te restera le triomphe désespéré d’avoir
tout perdu.