IV

Tu désirais mon amour et cependant tu ne m’aimais pas. Désormais ma vie

se noua à la tienne comme une chaîne dont les anneaux t’enserrent plus

étroitement lorsque tu luttes pour t’évader.

Mon désespoir est un compagnon mortel qui s’exalte à la moindre de tes

faveurs et qui cherche à t’entraîner dans l’ombre et dans les larmes.

Tu brisas ma liberté, mais avec ses épaves s’est édifiée ta propre

geôle.

V

Pour une fois, voyageur, sois imprudent et détourne-toi de ton chemin.

Bien qu’éveillé, sois comme le jour captif d’un filet de brouillard.

N’évite pas le jardin des cœurs égarés, là-bas, au terme de la mauvaise

route; là-bas où l’herbe est jonchée de fleurs rouges poussant à

l’abandon, où des eaux mélancoliques sombrent dans la mer houleuse.

Longtemps, sans repos, tu as veillé sur le butin des années inutiles;

qu’il soit enfin dissipé! Il te restera le triomphe désespéré d’avoir

tout perdu.

La fugitive · 第 69 / 98 题