Avec des adolescents venus de toutes parts j’allais vers la cour de la
Reine en criant: «Reine, je viderai ta cassette; je recevrai de tes
mains la couronne de la victoire!»
Seul parmi nous il conservait un visage serein comme la lumière du
temple. Ses yeux ressemblaient aux étoiles qui s’évanouissent dans les
abîmes de l’aube.
Il se tenait immobile au bord du chemin. Quand nous lui demandions s’il
espérait triompher il souriait et répondait: «Mon but n’est pas la
victoire.» Et nous nous moquions de ses paroles.
La Reine était assise sur son trône. Alors des sons montèrent de ma
harpe, tantôt pareils à une averse d’astres, tantôt pareils à un orage
d’été.
Les saisons se succédèrent et la dernière fleur de _Shiuli_ fut lancée
sur la dépouille de l’automne. J’avais pendant les mois écoulés
diversifié mes chants, et c’est mon front qui reçut la couronne de la
victoire.
Puis la lumière du jour s’éteignit, la foule envieuse se dispersa. A
celui qui restait aux pieds de la Reine je dis: «Il est l’heure
d’allumer les lampes, pourquoi ne t’éloignes-tu pas?»
«Mon service auprès de la Reine n’aura jamais de fin, répondit-il, car
c’est pour sacrifier à la Reine toute victoire et toute couronne que je
suis venu.»