I
Vous glissez dans l’ombre, ô Fugitive dont l’immatérielle présence
laisse derrière elle un sillage lumineux!
Votre cœur est-il perdu pour l’Amant qui vous appelle à travers
d’infinies solitudes? Est-ce la rapidité de votre fuite qui répand ainsi
sur vos épaules le désordre orageux de vos tresses?
Vos pieds, en baisant la poussière de ce monde, y laissent une empreinte
de douceur; vous arrachez du fond des abîmes de la mort toute vie et
tout épanouissement, et si quelque lassitude vous arrêtait soudain,
l’univers cesserait d’exister.
Le rythme de ces pas invisibles m’émeut!... Le psaume des flots écoulés
vibre en moi! Vous m’entraînez de monde en monde, d’apparence en
apparence, et j’apprends des joies, des douleurs et des chants.
La marée est haute; le vent souffle; la barque danse comme le désir même
de mon âme...
J’abandonnerai sur la rive mon trésor et je voyagerai par des nuits
insondables jusqu’aux immortelles clartés!