Les poèmes qu’on va lire furent primitivement écrits en _bengali_.
L’auteur les a lui-même traduits en anglais, la seule langue européenne
qu’il connût, et c’est lors de son récent séjour à Paris qu’il voulut
bien me confier la traduction française.
Quelles images, quelles expressions rendraient la noblesse de cette
figure de prophète, l’atmosphère à la fois mystérieuse et sereine dont
elle est baignée? D’une voix juste, musicale, Tagore psalmodiait plutôt
qu’il ne chantait, sur des rythmes composés par lui, ses poèmes hindous
métrés et rimés comme la prosodie occidentale...
Il eut la grâce de m’en envoyer un certain nombre qui ne figurent pas
dans le recueil paru en Angleterre. De mon côté, pour des raisons de
dilection, je ne pris pas dans son entier l’ouvrage anglais: en sorte
que les lecteurs de celui-ci relisant en français _La Fugitive_, y
verront des dissemblances même quant au fond.
Pour la forme, je me suis moins attachée à rendre le mot à mot précis
qu’à retrouver la fraîcheur de sentiment, la balsamique senteur d’Asie
un moment respirée, quand j’écoutais Tagore au fil des strophes dont je
ne saisissais que l’expressive mélodie.
Si le traducteur ne se sert point des mots qui cheminent pas à pas c’est
que l’idée, à ce moment, est ailée. Des deux fidélités, celle qui suit
la pensée comme une esclave entravée et celle qui l’accompagne avec
d’autant plus d’amour et de piété qu’elle est libre, j’ai cru pouvoir
préférer la dernière.