_Rubens_ (rue): Pierre-Paul Rubens, né en 1577, est mort en 1640. Un

maître et un grand maître que ce Flamand, pour les jeunes gens plus à

admirer qu'à imiter et dont il faut un peu se défier, mais pas au point

que voulait feu Ingres qui rondement l'excomunie en le déclarant

hérétique. D'ailleurs quelle palette plus riche pour l'éclat et la

fraîcheur des tons, encore que la couleur de Pierre Paul n'ait pas la

solidité de celle du Titien! On peut regretter sans doute, dans ces

pages étonnantes par l'ampleur de la composition et la vigoureuse

exécution, l'abus de certaines formes qui pèchent, même et surtout chez

les femmes, au point de vue de l'élégance. Mais pourtant les têtes de

ces corpulentes viragos sont rarement vulgaires; on dirait autant de

reines. Puis quelle vie dans ces personnages! Comme tout chez eux semble

d'accord, l'expression ainsi que le geste encore que l'un et l'autre se

sentent de l'art décoratif! Il faut l'avouer, malgré notre admiration

pour ce maître, Rubens est le peintre des corps bien plus que des âmes,

et si la lumière ruisselle à flots sur ses toiles étincelantes et met

admirablement en relief les personnages, rarement elle les transfigure

en faisant rayonner l'âme à travers la splendide enveloppe.

[62] _Critique et littérature musicales_, par Scudo.

S

_La Sablière_ (rue de la): Madame de La Sablière fut la généreuse

protectrice de La Fontaine (1636-1693) qui l'immortalisa dans ses vers

dont nous citerons quelques-uns seulement:

Iris, je vous louerais; il n'est que trop aisé:

Mais vous avez cent fois notre encens refusé

En cela peu semblable au reste des mortelles

Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.

...............

Ce breuvage vanté par le peuple rimeur,

Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre,

Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre,

C'est la louange, Iris, vous ne la goûtez point;

D'autres propos chez vous récompensent ce point:

Propos, agréables commerces.

Où le hasard fournit cent matières diverses;

Jusque là qu'en votre entretien

La bagatelle à part: le monde n'en croit rien (etc.)[63].

_Sabot_, (rue du): Ce nom vient d'une enseigne. Dans le terrier de

l'abbaye de Saint-Germain des Prés, de 1523, on lit: «Maison rue du

Four, faisant le coin de la rue _Copieuse_ où pend le Sabot.» Le mot

_Sabot_ remplaça celui de _Copieuse_ qui sait par quel caprice

populaire?

_Sablon_ (rue du): Au temps de Sauval servait d'égoût: «Elle est toute

puante des immondices qu'on y jette de la salle de l'Hôtel-Dieu et des

maisons de la rue Neuve-Notre-Dame. Deux portes de bois treillissées et

armées de fichons de fer la ferment par les deux bouts. On les fit, en

1511, pour empêcher que la rue du _Sablon_ ne servît de retraite aux

vagabonds et aux voleurs.»

À la bonne heure! mais par l'entassement des immondices qui y

séjournaient indéfiniment, l'impasse devenait un foyer permanent

d'infection, ce qui ne valait certes pas mieux.

_Sandrié_ (passage): Ce nom lui vient d'un certain François-Jérôme

Sandrié, à qui le terrain sur lequel fut ouvert plus tard le passage,

avait été loué à bail emphytéotique par les religieux Mathurins. La

Révolution cassa le bail en dépossédant les propriétaires.

_Santé_ (rue et boulevard de la): Cette rue s'appelait primitivement

chemin de _Chantilly_. Ce nom fut changé en celui de la _Santé_ parce

que la voie conduisait à la maison de Santé ou hôpital fondé par la

reine Anne d'Autriche.

_Sartine_ (rue): Antoine-Raymond-Jean-Guilbert-Gabriel de Sartine fut

lieutenant-criminel de police à Paris en 1774, puis ministre. Forcé au

moment de la Révolution de quitter la France, il mourut dans l'exil à

Tarragone (7 septembre 1801).

_Saussaies_ (rue des): S'appelait d'abord des _Carriers_, puis de la

_Couldraie des Saussaies_, en raison des Coudriers, des saules qu'on

voyait en grand nombre près de cet emplacement.

_Sauval_ (rue): Sauval (Henri), reçu avocat au parlement de Paris,

abandonna l'exercice de sa profession pour se consacrer aux études

historiques. Quoiqu'il eût employé plus de vingt années à ses recherches

comme à la rédaction de son grand ouvrage: _Histoire et Recherches des

Antiquités de Paris_, 3 vol. in-fº, ce livre, à sa mort, n'était pas

entièrement terminé. Il ne put être publié qu'en 1724, par l'ami de

Sauval, le conseiller Rousseau qui avait pris soin de combler les

lacunes. On regrette çà et là quelques détails de moeurs sur lesquels

mieux eût valu glisser, parfois aussi de la prolixité et des

répétitions; l'auteur d'ailleurs fait preuve d'érudition et de sens

critique; assez souvent même il se montre écrivain.

_Scipion_ (rue): Ce nom lui fut donné, non pas, comme on pourrait le

croire, en l'honneur de l'illustre Romain, vainqueur d'Annibal, mais à

cause d'un certain Scipion Saldini, gentilhomme italien, qui y fit

construire un hôtel, sous le règne de Henri III.

_Scribe_ (rue): Eugène Scribe (1791-1861), auteur dramatique

contemporain des plus féconds, mais d'ailleurs aidé par de nombreux

collaborateurs. Il dut à des mérites réels quoique d'un ordre inférieur,

une vogue prodigieuse; aujourd'hui son nom a presque disparu des

affiches. On peut critiquer dans son oeuvre souvent le manque de style,

le terre à terre des idées et la sentimentalité bourgeoise qui n'a pas

peu contribué, ce semble, à l'énervement des caractères.

_Saint-Séverin_, église fort ancienne dans la rue de ce nom. «Quant à

Saint-Séverin dont saint Cloud fut le disciple, comme on n'a aucune

histoire de ce saint, tout ce qu'on sait, c'est qu'il s'enferma dans une

cellule ou monastère dans les faubourgs de Paris; qu'il y vécut reclus

pendant plusieurs années, tout occupé des exercices de la contemplation

et que sa haute piété, qui porta saint Cloud à se ranger sous sa

discipline, lui mérita aussi la vénération des peuples pendant sa vie et

après sa mort[64].»

Le patron de l'église cependant ne paraît point avoir été le saint

solitaire, mais un autre Séverin qui fut abbé d'Ayanne et dont la fête

se célèbre le 24 novembre, jour de sa mort.

C'est dans le cimetière de cette église qu'eut lieu la première

opération de la pierre. «Au mois de janvier, dit Sainte-Foix, les

médecins et chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI que

«plusieurs personnes de considération étaient travaillées de la pierre,

colique, passion et mal de côté; qu'il serait très-utile d'examiner

l'endroit où s'engendraient ces maladies; qu'on ne pouvait mieux

s'éclairer qu'en opérant sur un homme vivant et qu'ainsi ils demandaient

qu'on leur délivrât un _Franc-Archer_ qui venait d'être condamné à être

pendu pour vol et qui avait été souvent fort molesté des dits maux.»

«On leur accorda leur demande et cette opération qui est, je crois, la

première qu'on ait faite pour la pierre, eut lieu publiquement dans le

cimetière de l'église Saint-Séverin. «Après qu'on eut examiné et

travaillé, ajoute la Chronique, on remit les entrailles dans le corps du

dit _Franc-Archer_ qui fut recousu et par l'ordonnance du roi très-bien

pansé; et tellement qu'en quinze jours il fut guéri et eut rémission de

ses crimes sans dépens et il lui fut même donné de l'argent.»

_Sévigné_ (rue): C'est à madame de Sévigné que La Bruyère, quoiqu'il ne

la nomme pas, pensait sans doute lorsqu'il écrivait dans son chapitre

des _Ouvrages de l'Esprit_: «Je ne sais si l'on pourra jamais mettre

dans des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément, et plus

de style que l'on en voit dans celles de Balzac et Voiture. Elles sont

vides de sentiments, qui n'ont régné que depuis leur temps, et qui

doivent aux femmes leur naissance. Ce sexe va plus loin que le nôtre

dans ce genre d'écrire. Elles trouvent sous leur plume des tours et des

expressions qui souvent en nous ne sont que l'effet d'un long travail et

d'une pénible recherche: elles sont heureuses dans le choix des termes

qu'elles placent si juste, que, tout connus qu'ils sont, ils ont le

charme de la nouveauté, et semblent être faits pour l'usage où elles les

mettent. Il n'appartient qu'à elles de faire lire dans un seul mot tout

un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate.

Elles ont un enchaînement de discours inimitable, qui se suit

naturellement et qui n'est lié que par le sens. Si les femmes étaient

toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quelques-unes

d'entre elles seraient peut-être ce que nous avons dans notre langue de

mieux écrit.»

_Sainte-Avoie_ (rue): Reçut son nom d'un couvent de religieuses fondé,

sous ce titre, par saint Louis pour les femmes infirmes. «On nommait

auparavant ces religieuses _Béguines_ dit G. Brice parce qu'elles

suivaient quelques constitutions données par sainte Bègue dont la règle

est fort connue dans les Pays-Bas.»

_Sèvres_ (rue de): Ce nom vient du village auquel la rue conduit.

_Sorbonne_ (rue de la): Elle doit son nom à Robert dit de Sorbon, d'un

village près de Rhétel qui fut le lieu de sa naissance. Robert fut le

fondateur du collége si célèbre depuis: «Le benoît Roi, dit le

confesseur de la Reine Marguerite, fit acheter maisons qui sont en deux

rues assises à Paris, devant le palais des Thermes, èsquelles il fit

faire maisons bonnes et grandes pour ce que les écoliers, étudiant à

Paris, demeurassent là toujours.»

Richelieu fit rebâtir le collége et l'on voit son tombeau dans l'église.

_Suger_ (rue): Cette rue existait dès la seconde moitié du XIIe siècle

(1179) et s'appelait alors rue aux Sachettes, parce qu'il s'y trouvait

une maison des dites soeurs, ainsi nommées à cause de leur costume

composé d'une robe en forme de sac. Ces religieuses vivaient d'aumônes

et tous les matins elles se répandaient à cet effet dans les rues de

Paris:

Ça du pain por Dieu aux _Sachesses_!

Par ces rues sont granz les presses,

lit-on dans les _Crieries de Paris_. Cette congrégation supprimée vers

1350, la rue s'appela des _Deux Portes_, puis du _Cimetière St-André des

Arts_. Ce n'est que récemment, par une ordonnance du 5 août 1844,

qu'elle a pris le nom de Suger, le sage ministre de Louis VI et Louis

VII.

_Sully_ (rue): Maximien de Béthune, duc de Sully, le fidèle ministre et

ami de Henri IV, naquit à Rosny en 1560, et mourut à Villebon en 1641.

(Voir _la France héroïque_.)

_Sulpice_ (église _Saint_): Elle existait comme paroisse dès le

commencement du XIIIe siècle. L'église actuelle ne date que du XVIIe

siècle. Anne d'Autriche en posa la première pierre en 1646, mais les

circonstances contraires firent plus d'une fois interrompre les travaux,

et plusieurs architectes, Christophe Gamard, Louis le Veau, Daniel

Gittard et Gille-Marie Oppenord concoururent à sa construction. Le

portail tout entier est de Servandoni, qui l'avait presque terminé en

1745, lors de la consécration solennelle de l'église.

En 1793, l'église St-Sulpice devenait le _Temple de la Victoire_; et,

sous le Directoire, elle se vit profanée par les parades des

Théophilanthropes dont la Reveillère-Lépaux s'était constitué le grand

pontife. Le ridicule suffit d'ailleurs pour faire justice de ces

sottises.

Devant l'église se trouve la place St-Sulpice, ornée d'une fontaine

monumentale d'un bel effet. À gauche s'élève le séminaire de

St-Sulpice[65], qui a donné et donne encore à l'église de France tant de

prêtres instruits, zélés, vertueux et saints. Des noms par centaines se

pressent sous ma plume, je n'en citerai qu'un seul resté entre tous

populaire, celui du prêtre intrépide qui, prisonnier lui-même, fut en

quelque sorte l'aumônier des prisons pendant la Terreur, l'abbé Émery

dont Feller nous fait ce portrait admirable autant que fidèle:

«Il savait combiner l'attachement aux règles avec les tempéraments que

nécessitaient les circonstances. Il n'était point ami des mesures

extrêmes, et se défiait de l'exagération en toutes choses; quelques-uns

lui ont même reproché d'avoir poussé trop loin la condescendance et la

modération; mais dans tout le cours de la Révolution, il marcha

constamment sur la même ligne. Il ne fut point ardent dans un temps, et

modéré dans un autre; il n'allait pas chercher l'orage, il l'attendait

sans crainte; il ne bravait pas l'injustice des hommes, mais il ne s'en

laissait pas intimider; l'intérêt de la religion le guidait toujours.

Ceux qui ne jugent que d'après l'impulsion du moment lui trouvèrent trop

de fermeté, quand ils en manquaient eux-mêmes, ou trop de mollesse quand

ils étaient exaltés; mais c'étaient eux qui changeaient. Pour lui, il

fut toujours le même, sage, égal, mesuré; sachant céder lorsqu'il le

croyait utile: sachant aussi résister quand il le jugeait

nécessaire[66]».

[63] _Fables_, livre Xe: _Discours à Madame de la Sablière_.

[64] Félibien et Lobineau.

[65] Il eut pour fondateur le vénérable M. Olier, curé de St-Sulpice,

dont il est parlé plus haut.

[66] Feller.--_Dictionnaire historique._

T

_Tombe-Isoire ou Isouard_ (rue de la): Ce nom vient d'une maison ainsi

appelée et située près de l'ancienne barrière St-Jacques, au-dessus des

carrières Montrouge.

«Un puits fut creusé dans le petit enclos attenant à cette maison, et

les ossements, enlevés des charniers des Halles, y furent descendus et

déposés sur deux lignes parallèles et à six pieds de hauteur. Des

prêtres en surplis et chantant l'office des morts suivaient les

chariots. Lorsque le transport fut entièrement achevé, on éleva un mur

en maçonnerie qui sépara ces nouvelles catacombes des autres parties des

carrières, et l'archevêque lui-même y descendit pour les bénir.»

(St-Victor).

_Turgot_ (rue): Turgot, économiste distingué et ministre du roi Louis

XVI, né en 1727, mourut en 1781. «Il n'y a que vous et moi qui aimions

le peuple» écrivait Louis XVI à son ministre. Cependant, peu longtemps

après, cédant à de fatales influences, il remplaçait Turgot par le

génevois Necker dont la fausse popularité lui faisait illusion.

_Taitbout_ (rue): M. Taitbout, était greffier de la ville à l'époque où

la rue fut ouverte (1775).

_Talma_ (rue): Talma, le dernier grand tragédien et qui n'a point été

remplacé (1766-1826).

_Taranne_ (rue): Appelée indifféremment au XIVe siècle rue aux

_Vaches_, rue de la _Courtille_, rue _Forestier_, elle prit en 1418 le

nom de rue Tarrennes en l'honneur de Simon de Tarrennes, échevin en

1417. _Taranne_ n'est qu'une altération.

_Temple_ (rue du): Elle doit son nom au manoir des Templiers qui déjà

s'y voyait à la fin du XIIe siècle. Dans ses vastes dépendances, le

manoir enfermait tout l'espace compris entre le faubourg du Temple et la

rue de la Verrerie, en englobant partie du marais qu'on appelait la

_Culture du Temple_. Entouré de hautes et solides murailles et de

fossés profonds, le Temple était une véritable forteresse où l'Ordre

renfermait ses trésors et qu'une milice nombreuse et aguerrie semblait

pouvoir défendre avec succès même contre l'autorité royale. De là sans

doute, la cupidité aidant, les ombrages de Philippe le Bel.

Maintenant quelques mots sur l'ordre des Templiers. Guigues ou Hugues

des Païens, Geoffroi de St-Omer et sept autres chevaliers français le

fondèrent, en 1118, dans le but de secourir, de soigner et de protéger

les pèlerins sur les routes de la Palestine, devoir auquel s'ajouta plus

tard celui de défendre la religion chrétienne et le saint Sépulcre

contre les Sarrazins. Baudouin II, roi de Jérusalem, donna aux

chevaliers, pour leur servir d'habitation, un palais attenant à

l'emplacement de l'ancien Temple, et c'est de là que vint leur nom.

Forcés, en 1291, d'abandonner la Terre-Sainte avec ses derniers

défenseurs, ils revinrent en Europe et établirent dans l'île de Chypre

le siége de l'Ordre placé jusqu'alors à Jérusalem. La même année, 1291,

fut élu le dernier grand maître Jacques-Bernard de Molai, qui, avec Guy,

grand prieur de Normandie, âgé de plus de 80 ans, fut brûlé vif (18 mars

1314) par l'ordre de Philippe le Bel qu'on ne saurait guère, dans toute

cette grave affaire du procès des Templiers, excuser de passion et de

cruauté. D'ailleurs, «ces moines étaient-ils innocents ou coupables?

Cette question, sur laquelle aucun historien raisonnable n'a jamais osé

rien affirmer, est sans contredit la plus difficile, la plus obscure de

toute l'histoire moderne, et les ténèbres qui la couvrent ne seront

probablement jamais éclaircies. Cependant Sainte-Foix, avec son audace

et sa légèreté ordinaires, ne manque point, à l'occasion du supplice de

ces deux personnages, de renouveler en leur faveur ces déclamations si

multipliées dans le siècle dernier; déclamations dont le but était moins

de prouver l'innocence des Templiers que d'insulter, avec quelque

apparence de raison, l'autorité politique et religieuse.

«.... Ceux qui défendent les Templiers ont souvent allégué en leur faveur

l'invraisemblance des crimes qu'on leur reproche: «Est-il probable,

s'écrient-ils, que tant d'illustres guerriers, tant d'hommes d'une si

haute qualité fussent coupables de crimes aussi atroces, d'aussi

honteuses turpitudes?» «Est-il vraisemblable, pourrait-on leur répondre

avec un auteur contemporain (Baluze), que ces personnages si nobles

eussent jamais avoué de telles infamies si l'accusation n'eût été

vraie?»

«Si les apologistes répliquaient que la torture leur arracha beaucoup

d'aveux, il serait facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux

firent des aveux sans qu'on les eût torturés, de manière que les deux

opinions, offrant un égal degré de vraisemblance, la question n'en

deviendrait que plus embrouillée et plus indécise pour les esprits sages

et non prévenus.» (_St-Victor._)

L'ancien couvent du Temple servit, comme on sait, de prison au roi Louis

XVI et à sa famille. C'est de là que l'infortuné monarque partit pour se

rendre à la place de la Révolution. Nous avons raconté ailleurs (_France

héroïque_) la mort admirable du Roi-martyr.

_Théâtre_ (rue du): À Grenelle, Montmartre, etc. Quelques mots à ce

sujet sur les origines de théâtre en France ou mieux à Paris. Par

lettres patentes du 4 décembre 1402, Charles VI autorisa _les Confrères

de la Passion_ à ouvrir, dans l'hôpital de la Trinité, un théâtre où

l'on jouait des mystères et des farces appelées _sotties_. De ce mélange

du sacré et du profane résultèrent des abus qui firent fermer le

théâtre. Mais les confrères obtinrent, en 1548, de le rouvrir et

s'installèrent, rue _Françoise_, dans l'hôtel dit de Bourgogne, parce

qu'il avait appartenu à Jean-sans-Peur. Plus tard, ils cédèrent leur

privilége à une troupe nommée des _Enfants sans souci_ qui devinrent les

comédiens de l'hôtel de Bourgogne.

En 1659, deux nouvelles troupes leur firent concurrence, celle de

Molière qui était venue se fixer à Paris, et celle du Marais, installée

rue de la Poterie, à l'hôtel d'Argent. Mais par l'ordre de Louis XIV,

quelques années après, les trois troupes durent se réunir et ne

formèrent qu'une société qui devint le Théâtre Français. L'Opéra, lui,

fut constitué en 1672, par lettres patentes accordées au musicien Lully.

On connaît les vers de Boileau, un peu sévères peut-être, à l'adresse du

musicien:

Et tous ces lieux communs de morale lubrique

Que Lully réchauffa des sons de sa musique.

La Bruyère dit de son côté, à propos de ce genre de spectacle alors tout

nouveau: «L'on voit bien que l'Opéra est l'ébauche d'un grand spectacle,

il en donne l'idée.

«Je ne sais pas comment l'opéra, avec une musique si parfaite, et une

dépense toute royale, a pu réussir à m'ennuyer.»

Cet homme assurément n'aime pas la musique,

aurait dit Sosie.

Pour la première fois cette année (1870), on a vu tous les théâtres

fermés à cause du siége et la plupart même se sont convertis en

ambulances. Puissent-ils avoir ainsi racheté au moins en partie les

scandales donnés par certains d'entre eux depuis quelques années

surtout!

On a remarqué que, pendant la Terreur même et sous la première invasion,

les théâtres étaient restés ouverts. Grâce à Dieu, cette fois, Paris en

face du danger, s'est montré digne et sérieux, en se préparant à devenir

héroïque.

_Thomas d'Aquin_ (église _St_): Elle fut construite par les religieux de

l'ordre des Jacobins (Dominicains), établis à Paris vers 1632. Les

travaux, dirigés par l'architecte Pierre Bullet, commencèrent dès

l'année 1682, mais, par le manque d'argent, le monument ne put être

terminé qu'en 1740.

Le Musée et le Comité d'Artillerie occupent aujourd'hui les bâtiments de

l'ancien couvent.

_Tiquetonne_ (rue): Ce nom vient par altération de Roger de Quiquetonne,

un riche boulanger qui demeurait dans cette rue vers 1339.

_Tirechape_ (rue): Était tout entière bâtie dès le commencement du

XIIIe siècle. Des fripiers surtout, juifs pour la plupart, occupaient

les petites boutiques du rez-de-chaussée et y exerçaient leur industrie.

Ils ne se contentaient pas d'inviter les passants à entrer chez eux,

mais, joignant le geste à la parole, ils les tiraient par leurs chapes,

espèces de robes, pour les décider. De là le nom de rue _Tirechape_

donné à la rue par nos ancêtres si prompts à saisir le côté pittoresque

des choses.

_Croix du Tiroir_ (rue de la): Elle n'existe plus, grâce à l'infatigable

marteau des démolisseurs; il nous semble utile néanmoins, tant de gens

ayant connu cette rue dont le nom paraît étrange, de lui consacrer

quelques lignes. Au milieu de la rue de l'_Arbre-Sec_ et près de la

fontaine construite par l'ordre de François Ier, on voyait

anciennement une croix appelée du Tiroir, _Trailhouer_, _Traihoir_,

_Tirauer_, _Tyrouer_, _Tiroi_, car l'orthographe a constamment varié. On

comprend ainsi l'incertitude relative à l'origine de cette dénomination

sur laquelle les historiens ont des opinions différentes et assez

vagues.

Ce qui paraît certain, c'est que, dans l'année 1636, la Croix, qui

gênait la circulation, fut placée à l'angle du réservoir des eaux

d'Arcueil, que le prévôt des marchands avait fait construire à

l'extrémité de la rue de l'_Arbre-Sec_, du côté de la rue _St-Honoré_.

Cette place était un lieu patibulaire ou place d'exécution et «Sauval,

dit St-Victor, en a tiré cette conjecture fort raisonnable que la croix

y avait été placée pour offrir une dernière consolation et montrer dans

ces tristes moments le signe du salut aux malheureux qu'on y faisait

mourir.»

_Tixeranderie_ (rue de la): Ce nom lui vient d'une grande maison qui s'y

trouvait et des nombreux tisserands qui autrefois l'habitaient.

_Tournelles_ (rue des): Elle fut ainsi appelée de l'hôtel de ce nom

qu'avait fait bâtir, sous le règne de Jean II dit le Bon, Pierre

d'Orgemont, chancelier de France et de Dauphiné. Il appartint, après sa

mort, à son fils qui le vendit au duc de Berry, lequel le céda au duc

d'Orléans. Henri II y étant mort, par l'accident que l'on sait, Charles

IX, à l'instigation de sa mère Catherine, en ordonna la démolition et

sur le terrain déblayé s'ouvrit la _Place-Royale_, aujourd'hui _Place

des Vosges_.

_Tournon_ (rue de): François de Tournon, archevêque et cardinal, fut

l'un des principaux conseillers de François Ier. Tour à tour

ambassadeur en Italie, en Espagne, en Angleterre, il mourut à Paris en

1562.

_Tronchet_ (rue): François-Denis Tronchet (1726-1806), avocat au

parlement, s'honora comme l'un des défenseurs de Louis XVI. Après le 18

brumaire, cet éminent jurisconsulte prit une part active à la rédaction

du _Code Civil_.

_Trône_ (place du): Doit son nom à un trône élevé aux frais de la ville

de Paris et sur lequel Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche se

placèrent, le 26 août 1660, pour recevoir le serment de fidélité de

leurs sujets.

_Les Tuileries._ Vers le milieu du XIVe siècle, sur le terrain dit de

la _Sablonnière_, s'élevaient trois grandes maisons où se fabriquait la

tuile. Pendant le XVe et le XVIe siècle, ces bâtiments furent

remplacés par deux hôtels, appelés tous deux _hôtels des Tuileries_. Ce

fut aussi le nom que Catherine de Médicis donna au palais qu'elle fit

construire sur ce même terrain acheté par elle. Les architectes

Philibert Delorme et Jean Brillant dirigeaient les travaux interrompus

par un caprice de Catherine et repris plus tard par l'ordre de Henri

IV, mais sans doute avec lenteur; car le monument ne s'acheva que sous

Louis XIV, d'après les dessins de Ducerceau qui modifia pour une bonne

partie les plans de ses prédécesseurs. On s'explique ainsi la diversité

d'ornements et d'ordonnances dont se trouve composée, tant sur la façade

du jardin que sur celle du Carrousel, la masse totale de l'édifice. De

nouveaux travaux, ayant pour but d'atténuer les disparates qui

choquaient dans les constructions et de mettre plus d'ensemble dans les

parties, s'exécutèrent par l'ordre de Louis XIV, sous la direction des

architectes Lerau et d'Orsay. Le palais fut dès lors, à quelques

changements près, ce que nous le voyons aujourd'hui. Le pavillon et la

galerie, du côté de la rivière, viennent, comme on sait, d'être

reconstruits.

Le jardin, créé par un nommé Renard, en 1630, sur un terrain défriché

exprès, fut agrandi considérablement plus tard et planté tout de nouveau

d'après les dessins du célèbre Le Nôtre.

Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 19 / 25 段