_Pinel_ (rue): Pinel, médecin aliéniste célèbre, né à Saint-Paul, près

Castres, en 1745, mourut à Paris, le 25 octobre 1826. L'humanité doit

une éternelle reconnaissance au docteur Pinel par le changement radical

qu'il apporta, en dépit des oppositions venant de la routine, dans le

traitement des infortunés privés de la raison par une cause ou par une

autre. Sa conviction, que par ses écrits et son langage, il sut faire

partager à beaucoup de ses confrères comme aux chefs de

l'administration, c'était que _les fous sont des malades_ qu'il faut

traiter avec ménagement, justice et douceur, mais, une douceur où l'on

sent au besoin la fermeté. Nommé en 1793, médecin en chef de l'hospice

de Bicêtre, il y introduisit peu à peu, d'après ces principes, d'utiles

et humaines réformes qui s'étendirent par la suite à toutes les maisons

d'aliénés. Honneur à Pinel!

_Planche_ (rue de la): Ce nom lui vient du sieur Raphaël de la Planche,

trésorier général des bâtiments de Henri IV, lequel avait donné au dit

seigneur des lettres de privilége pour l'établissement d'une manufacture

de tapisseries de haute-lice.

_Pont-au-Change_: Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge,

de l'autre au quai de la Mégisserie et qui fut pendant longtemps le seul

moyen de communication de la cité avec la rive septentrionale, s'appela

d'abord le Grand-Pont. Construit en bois, il fut à diverses reprises

soit emporté par les inondations soit détruit par l'incendie comme en

1621, et rebâti mais non pas toujours exactement au même endroit.

D'après un usage qui a persisté presque jusqu'à la moitié du siècle

actuel, des maisons avec boutiques s'élevaient de chaque côté du pont

dans toute sa longueur. En 1141, Louis VII, dit le Jeune, ordonna que le

Change se ferait sur ce pont à l'exclusion de tous autres endroits, d'où

il prit son nom de _Pont-au-Change_.

_Pont-Neuf._ La construction de ce pont fut commencée sous le règne de

Henri III qui, accompagné de sa mère, Catherine de Médicis, de Louise de

Lorraine, son épouse, et entouré des plus illustres personnages de la

cour, en posa la première pierre avec grand appareil le 30 mai 1578. Les

travaux furent poursuivis d'abord avec une grande activité, et les

quatre piles, du côté de la rue Dauphine, s'élevèrent à fleur d'eau dès

la première année; mais l'ouvrage ensuite demeura suspendu sans doute

par le manque d'argent. Pourtant, afin de fournir aux dépenses

considérables de l'entreprise, on avait établi un impôt spécial ou dîme

sur le peuple et «le produit, dit Germain Brice, aurait fourni quatre

fois plus qu'il n'était nécessaire, si cet argent, selon le terme des

auteurs, n'avait pas été englouti par les favoris qui ne se mettent

guère en peine du bien de la patrie, parce qu'ils ne songent qu'à leur

fortune et à leur agrandissement.»

La paix rétablie partout après les guerres de la Ligue, «Henri IV, qui

aimait la ville de Paris parce que le peuple l'aimait infiniment» fit

reprendre les travaux et, dès l'année 1604, le pont était complètement

achevé. «Personne ne peut disconvenir que ce pont ne soit un des plus

beaux et des mieux ordonnés de toute l'Europe.» Guillaume Marchand, dans

cette seconde période, dirigeait, comme architecte, les travaux. Le pont

avait été commencé d'après les dessins et sous la direction du célèbre

Du Cerceau à qui l'on doit le dessin de la galerie du Louvre.

La statue de Henri IV,

Le seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire,

qui s'élève sur le terre-plein du Pont-Neuf, due au sculpteur Lemot, fut

érigée dans les premières années de la Restauration en remplacement de

celle que la Révolution avait eu le tort de renverser.

«Ce monument, dit le judicieux Saint-Victor, est une preuve des plus

frappantes de l'inconstance de la multitude et du mépris que méritent

également sa haine et son amour. Pendant près de deux siècles, le

souvenir de Henri IV fut cher au peuple de Paris et sa statue était pour

ce peuple l'objet d'une sorte de culte. Dans les premiers jours de la

Révolution, on l'avait vu forcer les passants à s'agenouiller devant

l'image de ce bon roi: environ deux ans après, il l'abattit avec des

cris de rage comme celle du plus affreux tyran.»

Ce n'était pas le vrai peuple qui agissait ainsi, mais cette triste

plèbe, sédiment impur de toute société que les Révolutions font remonter

à la surface, et dont les passions aveugles, fruit de l'ignorance,

s'exaltent encore par les prédications des meneurs et les diatribes et

calomnies de bas folliculaires.

De la statue nouvelle, celle de Lemot, Saint-Victor nous dit: «C'est un

monument d'un grand style, d'un dessin correct et savant: l'artiste a su

allier la beauté des formes à la vérité de l'attitude; la noblesse et la

ressemblance parfaite des traits avec la franchise et la naïveté de

l'expression. Il s'est montré d'une exactitude scrupuleuse dans les

détails de costume et jusque dans les moindres accessoires, sans jamais

descendre à l'imitation servile d'un copiste; le mouvement du cheval est

neuf et vraiment admirable; toutes les parties en sont étudiées avec le

plus grand soin et traitées dans la plus grande manière; enfin, à la

place d'une statue médiocre[60], s'est élevée une statue digne d'un de

nos plus grands rois.»

_Poissonnerie_ (rue de la): Jadis le chemin dit de la _Vallée aux

voleurs_, puis des _Poissonniers_, parce que les marchands de marée

suivaient cette voie pour se rendre aux halles.

_Popincourt_ (rue de): Elle doit son nom à Jean de Popincourt, premier

président du parlement de Paris sous Charles VI, qui possédait en cet

endroit une maison de campagne.

_Postes_ (Hôtel des): Appartenait au comte de Morville, ministre et

secrétaire d'état des affaires étrangères, lorsque le roi en ordonna

l'acquisition en 1757, pour l'affecter au service des Postes.

_Poulies_ (rue des): D'après Sauval, ce nom lui vient des _Poulies_ de

l'hôtel d'Alençon et ces Poulies étaient un jeu ou exercice encore en

usage en 1543. Jaillot croit que cette dénomination provient d'Edmond de

Poulie qui possédait dans cette rue une grande maison et un jardin qu'il

vendit à Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis.

_Prouvaires_, (rue des):

M'en ving en la rue à _Prouvaires_,

Où il a maintes pennes vaires (étoffes de couleurs variées).

Dans cette rue s'élevait l'hôtel de maître Jacques Duchié, dont

Guillebert de Metz, dans son livre original (1435), nous a laissé cette

très-curieuse description:

«La porte duquel est entaillée de art merveilleux; en la court estoient

paons et divers oiseaux à plaisance. La première salle est embellie de

divers tableaux et écritures d'enseignements attachés et pendus aux

parois. Une autre salle remplie de toutes manières d'instruments,

harpes, orgues, vielles, guiternes (guitares), psaltérions et autres

desquels le dit maître Jacques savait jouer de tous. Une autre salle

était garnie de jeux d'échecs, de tables et d'autres diverses manières

de jeux, à grand nombre. _Item_, une belle chapelle où il y avait des

pupitres à mettre livres dessus, de merveilleux art, lesquels on faisait

venir à divers siéges loin et près, à dextre et à senestre. _Item_ une

étude où les parois étaient couvertes de pierres précieuses et d'épices

de souefve (suave) odeur. _Item_, une chambre où étaient fourrures de

plusieurs manières. _Item_, plusieurs autres chambres richement adoubées

(ornées) de lits, de tables engigneusement (ingénieusement) entaillées

et parées de riches draps et tapis à or frais. _Item_, en une autre

chambre haute, étaient grand nombre d'arbalètes dont les aucunes étaient

peintes à belles figures. Là étaient étendarts, bannières, pennons, arcs

à main, piques, faussarts, planchons, haches, guisarmes, mailles de fer

et plomb, pavois, targes, écus, canons et autres _engins_, avec planté

(quantité) d'armures; et brièvement il y avait aussi comme toutes

manières d'appareils de guerre. _Item_, là était une fenêtre faite de

merveillable artifice par laquelle on mettait hors une tête de plaques

de fer creuse, parmi laquelle on regardait et parlait à ceux du dehors,

si besoin était, sans douter (craindre) le trait. _Item_, par dessus

tout l'hôtel, était une chambre carrée, où étaient fenêtres de tous

côtés pour regarder par dessus la ville. Et quand on y mangeait, on

montait et avalait (descendait) vins et viandes à une poulie, pour ce

que trop haut eût été à porter. Et par dessus le pinacle de l'hôtel

étaient belles images dorées. Cestui maître Jacques Duchié était bel

homme, de honnête babil (langage) et moult notable; si tenait serviteurs

bien morigénés et instruits, d'avenante contenance, entre lesquels était

un maître charpentier qui continuellement ouvrait (travaillait) à

l'hôtel. Grand foison de riches bourgeois avait et d'officiers qu'on

appelait petits _royeteaux de grandeur_[61].»

_Prud'hon_ (rue): Pierre-Paul Prud'hon né à Dijon en 1760, mort à Paris

en 1822. «Ce peintre, dit Quatremère de Quincy, mettait aux moindres

idées un tel agrément; ce qu'il touchait recevait de lui l'empreinte

d'une si aimable naïveté, d'une vérité si ingénue; son maniement de

crayon avait une suavité si particulière que le peintre habile s'y

trahissait de toute part.... C'est que tout ce que le souffle du

sentiment anime a la propriété de faire apercevoir plus qu'il ne

montre.»

On peut regretter souvent chez l'artiste le choix des sujets empruntés à

la Fable, mais qu'à force de talent, et en dépit de la nudité, il

élevait jusqu'à l'idéal. Sous le pinceau délicat de Prud'hon, la

volupté, s'il était possible, deviendrait chaste.

_Puits qui parle_, (rue du): Ce nom vient d'un puits qui faisait écho et

qu'on voit encore au coin de la rue des _Poules_.

[60] La Première, de Jean de Bologne.

[61] Guillebert de Metz. _Description de Paris_; édition de Leroux de

Lincy; in-8º 1855.

Q

_Quatre-Fils_ (rue des): Ce nom vient d'une enseigne.

_Quatre-Vents_ (rue des): Une enseigne aussi lui donna ce nom.

_Quinault_ (rue): Auteur dramatique né en 1635 et mort en 1688. Malgré

la vogue de quelques-unes de ses pièces, il ne fut pas ménagé par

Boileau:

Les héros chez Quinault parlent bien autrement,

Et jusqu'à: _Je vous hais_, tout s'y dit tendrement.

On dit qu'on l'a drapé dans certaine satire;

Qu'un jeune homme...--Ah! je sais ce que vous voulez dire,

A répondu notre hôte: «Un auteur sans défaut,

La raison dit Virgile et la rime Quinault.»

--Justement, à mon gré la pièce est assez plate.

Et puis blâmer Quinault!... Avez-vous lu l'_Astrate_?

C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé.

_Satire III._

Puisque vous le voulez, je vais changer de style.

Je le déclare donc: Quinault est un Virgile.

_Satire IX._

_Quincampoix_ (rue): Elle fut ainsi appelée, dit-on, à cause du seigneur

de Quincampoix qui, vers l'an 1300, fit construire la première maison.

Suivant d'autres auteurs, ce nom lui venait de sa situation, parce

qu'elle était de cinq paroisses différentes: _quinque campanis_.

«Dans les années 1719 et 1720, cette rue dit Germain Brice, a rendu son

nom fameux par le concours prodigieux des _agioteurs_ d'actions de la

nouvelle Banque Royale (création de Law), entre lesquels quantité ont

fait des fortunes immenses et bien au-delà de ce qu'on peut imaginer. Le

commerce de papier que l'on y a vu, pendant ces deux années, de

plusieurs centaines de milliards, y avait attiré tous les juifs les plus

ardents de divers endroits de l'Europe et tous les plus actifs

usuriers.»

_Quinze-Vingts_ (Hospice des): La fondation de cet établissement remonte

à saint Louis. On choisit pour élever les bâtiments un terrain nommé le

_Champourri_, situé à peu de distance du Louvre. D'après la tradition,

l'hospice, dont le célèbre Eudes de Montreuil avait donné les plans,

était destiné à servir d'asile à trois cents chevaliers pauvres et

revenus aveugles de la croisade.

Dans l'année 1701, l'établissement des _Quinze-Vingts_ (ou des _trois

cents_) ayant été transféré rue de Charenton, le roi autorisa la vente

des anciens bâtiments et des terrains qui en dépendaient, et c'est alors

que s'ouvrirent les rues de Beaujolais, de Chartres, Rohan, Montpensier,

etc.

R

_Rambuteau_ (rue): Elle a pris ce nom en l'honneur de M.

Claude-Philibert Berthelot, comte de Rambuteau, préfet de la Seine,

lorsque cette voie fut ouverte en 1838.

_Rameau_ (rue): Rameau, compositeur de musique, né en 1683 mourut à

Paris en 1764. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur la musique.

_Ramponneau_ (rue de): Elle doit son nom à un certain Ramponneau,

cabaretier et comédien à la façon de Gautier Garguille, et qui, vers

1760, attirait la foule dans son établissement par des joyeusetés et des

facéties.

_Rats_ (rue des): Cette rue fut bâtie sous la prévôté de Hugues Aubriot,

au temps de Charles VI. Guillot nous dit:

..... rue d'Aras

Où l'on rencontre maints gros rats.

_Regard_ (rue du): Elle aboutissait, du côté de la rue de Vaugirard,

vis-à-vis d'un _regard_ de la fontaine aujourd'hui supprimée, d'où lui

vint son nom.

_Reuilly_ (rue de): Ce nom est dû à un territoire remarquable par son

antiquité où se voyait naguère un ancien palais de nos rois de la

première race. Ce fut dans ce palais que Dagobert Ier répudia sa

femme Gomatrude pour épouser Nanthilde.

_Richelieu_ (rue): Dans notre étude sur le célèbre cardinal (_France

héroïque, III_) se trouve un portrait de Richelieu par Labruyère,

portrait tiré des Caractères. Mais il en est un second par le même et

illustre écrivain qui nous a paru curieux à reproduire. Nous laissons

d'ailleurs au moraliste, devenu si ardent panégyriste, la responsabilité

de ses jugements:

«Génie fort supérieur, il a su tout le fond et tout le mystère du

gouvernement; il a connu le beau et le sublime du ministère; il a

respecté l'étranger, ménagé les couronnes, connu le poids de leur

alliance; il a opposé des alliés à des ennemis; il a veillé aux intérêts

du dehors, à ceux du dedans; il n'a oublié que les siens: une vie

laborieuse et languissante, souvent exposée, a été le prix d'une si

haute vertu.

«Comparez-vous, si vous l'osez, au grand Richelieu, hommes dévoués à la

fortune, qui, par le succès de vos affaires particulières, vous jugez

dignes que l'on vous confie les affaires publiques; qui vous donnez pour

des génies heureux et de bonnes têtes; qui dites que vous ne savez rien,

que vous n'avez jamais lu, que vous ne lirez point, ou pour marquer

l'inutilité des sciences, ou pour paraître ne devoir rien aux autres,

mais puiser tout de votre fonds.

«Il savait quelle est la force et l'utilité de l'éloquence, la puissance

de la parole qui aide la raison et la fait valoir, qui insinue aux

hommes la justice et la probité, qui porte dans le coeur du soldat

l'intrépidité et l'audace, qui calme les émotions populaires, qui excite

à leurs devoirs les compagnies entières ou la multitude: il n'ignorait

pas quels sont les fruits de l'histoire et de la poésie, quelle est la

nécessité de la grammaire, la base et le fondement des autres sciences;

et que, pour conduire ces choses à un degré de perfection qui les rendît

avantageuses à la république, il fallait dresser le plan d'une compagnie

où la vertu seule fût admise, le mérite placé, l'esprit et le savoir

rassemblés par des suffrages.»

_Richepance_ (rue): Le général Richepance, né en 1770, mourut à la

Guadeloupe en 1802.

_Roch_ (église _Saint_): Construite dans les dépendances et sur

l'emplacement de l'hôtel Gaillon, cette église eut pour architecte

Lemercier, architecte du roi Louis XIV qui posa la première pierre en

1653.

Plusieurs des hommes illustres du XVIIe siècle y furent enterrés:

Pierre Corneille, Le Nôtre, Mignard, le duc de Créquy, etc.

_Rivoli_ (rue de): Ainsi nommée en souvenir de la bataille gagnée par

les Français sur les Autrichiens en Italie, le 1er janvier 1797.

_Roch_ (rue de _St_): S'appelait d'abord rue Michaut _Riégnaut_, et

Michaud Regnaut en 1521. Elle prit plus tard le nom de rue St-Roch parce

que la principale entrée de l'ancienne église se trouvait dans cette

rue.

Aux nos 10 et 12, dit M. Lazare, était la communauté de Sainte-Anne.

Nicolas Formont, grand audiencier de France, résolut de fonder un

établissement dans lequel on apprendrait aux pauvres filles de la

paroisse Saint-Roch à gagner honorablement leur vie, en multipliant

ainsi en leur faveur les instructions religieuses dans le but de les

préserver des séductions si nombreuses dans les grandes villes. Cette

création, empreinte d'un si noble et si touchant caractère, date du 4

mai 1683, et les lettres patentes d'autorisation accordées par le roi

sont du mois de mars 1686. Cette oeuvre toute de charité ne devait-elle

pas être épargnée par la Révolution qui la supprima cependant en 1790;

et la maison de Sainte-Anne fut vendue comme propriété nationale.

_Roi-Doré_ (rue): Fut ainsi appelée à cause d'un buste du roi Louis XIII

qui se voyait à l'une des extrémités de la rue.

_Rollin_ (rue): Charles Rollin, né le 30 janvier 1661, à Paris, mourut

dans cette ville le 14 septembre 1741. Fils d'un coutelier, il obtint

une bourse au collége des Dix-huit dont il fut l'un des plus brillants

élèves. À peine âgé de 22 ans, il remplaçait Hersan dans la chaire de

seconde, puis dans celle de rhétorique et enfin dans la chaire

d'éloquence du Collége royal. Après dix années de professorat, il quitta

l'enseignement pour se livrer tout entier à l'étude. Le succès de son

_Histoire ancienne_, parue, de 1730 à 1738, dépassa de beaucoup les

espérances ou les prévisions de l'auteur. Cet ouvrage avait été précédé

par le _Traité des Études_, publié en 1736, et dont un critique éminent,

M. Villemain, n'hésitait pas à dire: «Monument de raison et de goût,

livre l'un des mieux écrits dans notre langue après les livres de

génie.»

L'_Histoire Romaine_ de Rollin, restée inachevée, fut terminée par

Crevier.

_Roquette_ (rue de la): La Roquette est une plante crucifère à fleurs

jaunes qui croît abondamment dans les lieux incultes.

La prison de la Roquette, où furent enfermés les otages de la Commune,

reste à jamais célèbre par le martyre de six des plus illustres ou des

plus vénérables d'entre eux, Monseigneur Darboy, archevêque de Paris, le

président Bonjean, l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, les pères

Clerc et Ducoudray, jésuites, l'abbé Allard, missionnaire.

Nous connaissons par divers récits, comme par le procès des assassins,

les détails de cette horrible tragédie, et l'on ne sait ce qu'il faut

admirer le plus, ou la magnanime attitude des victimes ou la froide et

imbécile férocité des bourreaux. Les Iroquois et les Hurons n'auraient

rien appris aux Peaux-Rouges de la Commune.

_Rossini_ (rue): De cet illustre maëstro dont la mort récente a causé

tant de regrets, Scudo, critique si compétent mais sévère parfois pour

les contemporains, disait, il y a quelques vingt ans: «C'est au milieu

de ces idées et de ces formes musicales sonores, tendues et un peu

creuses, qui ne sont pas sans analogie avec ce que nous appelons en

France la littérature de l'Empire, que s'éleva Rossini, plein de

jeunesse et d'audace, prenant son bien partout où il le trouvait parce

qu'il savait s'approprier tout ce qu'il dérobait. Son oeuvre, aussi

considérable que varié, se fait remarquer par l'éclat de l'imagination,

par l'abondance et la fraîcheur des motifs, par la puissance des

accompagnements et la nouveauté des harmonies, par la véhémence, la

splendeur et la limpidité qu'il donne au langage de la passion. Génie

éminemment italien, tout empreint de l'esprit bruyant et sensuel de son

époque, Rossini rompt violemment avec les maîtres qui l'ont précédé. Il

débouche du huitième siècle comme d'une vallée ombreuse et paisible, et

s'avance vers l'avenir en dominateur.»

Ailleurs le critique dit encore, comparant l'auteur de _Guillaume Tell_

avec Mozart: «Homme de son temps et de son pays, pressé de vivre et de

jouir des progrès accomplis, Rossini flatte la foule, il marie

l'instrumentation allemande à la mélodie italienne dont il développe les

proportions et retrempe la vigueur. Il excelle à peindre le choc des

passions, l'irradiation de la gaîté et de la jeunesse, les agitations

infinies de la vie, mais _d'une vie qui ne doit pas avoir de lendemain_.

Jamais le rayon de l'invisible ne descend sur cette musique pleine de

sang et de lumière qui respire la volupté. Le règne de Rossini est de ce

monde, tandis que Mozart chante l'amour qui, faute de la terre, aura le

ciel pour récompense[62].»

_Roule_ (faubourg du): A pris son nom de l'ancien village de _Roule_ que

Paris, en s'étendant, a complètement absorbé. Ce village, d'après

l'opinion de plusieurs savants, aurait été le _Criolum_ dont il est

parlé dans la vie de St-Éloi. Des actes du XIIIe siècle nomment ce

hameau _Rolus_, _Rotulus_, dont on fit Rolle et enfin _Roule_.

_Roule_ (rue du): Ce nom lui vient de l'ancien fief du _Roule_ dont le

chef-lieu était situé à l'angle des rues du Roule et des Fossés

Saint-Germain l'Auxerrois.

_Rousseau_, (rue J. Jacques): Elle s'appelait d'abord rue _Plâtrière_,

à cause d'une fabrique de plâtre qu'on y voyait au XIIIe siècle. À une

certaine époque de sa vie, l'auteur de la _Nouvelle Héloïse_, de

l'_Émile_, et autres livres fort goûtés du XVIIIe siècle, habita un

petit appartement au 4e étage de la maison nº 2. La municipalité, de

Paris, en souvenir de cette circonstance, sur la motion d'un de ses

membres plus ou moins lettré, vota d'enthousiasme le changement de nom,

et la rue _Plâtrière_ s'appela rue _J. Jacques Rousseau_ au lendemain de

cette glorieuse séance. (4 mai 1791).

Rien n'est nouveau sous le soleil. Au nº 20 de cette même rue, était

établie la communauté de _Ste-Agnès_, fondée, en 1681, par Léonard de

Lamet, curé de Saint-Eustache, et qui avait pour but de procurer aux

jeunes filles pauvres du quartier des moyens d'existence en leur

apprenant un état, couture, broderie, tapisserie, etc. C'était, à bien

dire, ce qu'on appelle aujourd'hui une _École professionnelle_, pour

laquelle les dames de la paroisse vinrent à l'envi en aide au bon curé.

Aussi moins de quatre années après, la maison qui, au début, se

composait de trois soeurs seulement, comptait quinze sous-maîtresses et

plus de deux cents élèves ou apprenties. Confirmé et consolidé par des

lettres patentes du roi Louis XIV et doté par Colbert, sur sa fortune

particulière, d'une rente de 500 livres, cet établissement, de plus en

plus prospère, rendit d'immenses services à la classe indigente. Il n'en

fut pas moins supprimé en 1790, par de prétendus amis du peuple, et tous

les bâtiments se trouvèrent confisqués.

Pour en revenir à Rousseau, voici le jugement porté sur lui par Joubert:

«Une piété irreligieuse, une sévérité corruptrice, un dogmatisme qui

détruit toute autorité; voilà le caractère de la philosophie de

Rousseau. Donner de l'importance, du sérieux, de la hauteur et de la

dignité aux passions, voilà ce que J. J. Rousseau a tenté. Lisez ses

livres: la basse envie y parle avec orgueil; l'orgueil s'y donne

hardiment pour une vertu; la paresse y prend l'attitude d'une occupation

philosophique et la grossière gourmandise y est fière de ses appétits.

Il n'y a point d'écrivain plus propre à rendre le pauvre superbe. On

apprend avec lui à être mécontent de tout, hors de soi-même. Il était

son Pygmalion.»

_Rousselet_ (rue): S'appelait au XVIe siècle _chemin des Vaches_, nom

qui fut changé, vers 1721, en celui de Rousselet, l'un des propriétaires

riverains.

_Royer-Collard_ (rue): Pierre-Paul Royer-Collard, homme d'état célèbre

sous la restauration, membre de l'Académie Française, était né en 1773,

à Sompuis, près Vitry-le-Français: il mourut à Paris le 2 septembre

1845.

Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 18 / 25 段