[55] L'historien de Louis XVII adressait, le 4 novembre 1870, ce
fragment au roi Guillaume, avec une lettre d'envoi remarquable et qui
conciliait tout à la fois le respect et la fermeté.
[56] (Massillon. _Mémoires de la minorité de Louis XV_, page 9.)
[57] Note manquante
N
_Napoléon_: Quai de ce nom, impasse à Montrouge, square à Belleville.
(Voir _la France héroïque_).
_Necker_ (rue): Jacques Necker, ministre de Louis XVI, esprit plus
spéculatif que pratique. Né à Genève en 1732, il mourut dans cette ville
en 1804. «Les Necker et leur école. Jusqu'à eux on avait dit quelquefois
la vérité en riant; ils la disent, toujours en pleurant, ou du moins
avec des soupirs et des gémissements. À les entendre, toutes les vérités
sont mélancoliques. Aussi M. de Pange m'écrivait-il: «Triste comme la
vérité.» Aucune lumière ne les réjouit; aucune beauté ne les épanouit;
tout les concentre. Leur poétique est héraclitienne.» (_Joubert_).
_Necker_ (hôpital): S'appelle ainsi en souvenir de Madame Necker qui
fonda l'établissement à l'aide d'une somme annuelle de 42,000 livres
accordée par le roi Louis XVI, en 1779, pour la création de 120 lits.
Madame Necker, frappée autant qu'attristée des abus qui s'étaient
introduits ailleurs, voulut inaugurer un nouveau système et décida que
chaque malade aurait un lit à lui seul.
Sous la Révolution, l'hôpital s'appela: _Hospice de l'Ouest_; mais plus
tard il reprit le nom de la charitable fondatrice, ce qui n'était que
justice.
_Neuve-du-Luxembourg_ (rue): Elle doit son nom à un hôtel que le
maréchal de Luxembourg avait fait construire sur une partie de l'ancien
emplacement des Capucines.
_Nicolet_ (rue): Nicolet fut un joueur de marionnettes célèbre dans la
seconde moitié du XVIIIe siècle. Entre les amateurs empressés à ses
représentations se trouvait souvent Joseph Vernet, avec son fils Carle
ou Charlot encore enfant. «Joseph Vernet, dit Léon Lagrange, ne prenait
pas moins de plaisir que le graveur Ville à voir les huit sauteurs
catalans dont un fait le paillasse et est supérieur aux autres, quoique
tous fassent des prodiges en divers jeux et des sauts étonnants et
neufs[58].»
_Nicole_ (rue): Pierre Nicole, né en 1625, est mort en 1695; moraliste
et théologien dont on a dit qu'il était, après Pascal, l'écrivain le
plus distingué de Port-Royal. On ne peut que regretter davantage qu'un
homme de ce mérite n'ait pas su s'affranchir des entêtements de parti et
des préjugés de secte. On lit encore ses _Pensées_ et son traité de
l'_Unité de l'Église_.
_Notre-Dame-de-Lorette_ (église): «Un de ces édifices religieux qui
rappellent les églises d'Italie. C'est en quelque sorte, dit M. L.
Lazare, un spécimen curieux, ayant sa raison d'être dans une ville comme
Paris, dont le magnifique panorama plaît surtout par la diversité, les
contrastes que présentent les oeuvres des artistes.»
Parmi les nombreuses peintures qui décorent ce monument de construction
récente, il faut citer tout d'abord celles de la _Chapelle du Mariage_
par Orsel, et de la _Chapelle de la Communion_, par M. Perrin, deux
artistes vraiment et profondément chrétiens comme leur oeuvre l'atteste.
_Nonnains d'Hyères_, (rue des): En 1182, Ève, abbesse d'Hyères, acheta
en cet endroit une maison, dite _de la Pie_, à Richard Villain,
moyennant 25 livres de cens annuel. Cette rue prit alors le nom des
religieuses.
Et parmi la rue aux Nonnains
D'Ière, vis chevaucher deux nains
Qui moult estoient esjoï (réjouis).
(_Le Dit des Rues_).
[58] L. Lagrange: _Joseph Vernet et la Peinture au XVIIIe siècle_.
O
_Observatoire_ (l'): Construit par l'ordre de Louis XIV, de 1667 à 1672.
Perrault, dont Colbert avait fait choix comme architecte, dessina les
plans et dirigea les travaux. Mais les développements que prit plus tard
l'établissement, rendirent nécessaires de nouvelles constructions,
faites à différentes époques. En 1834 notamment quatre ailes furent
ajoutées.
Cet établissement, que domine une tour élevée par les conseils de
Cassini, est destiné, on le sait, aux observations astronomiques. Il
compte un assez nombreux personnel, composé du directeur, des
astronomes-adjoints et d'autres employés.
_Odéon_ (Théâtre de l'): Ce monument qui a donné son nom à la place et
à la rue voisine, fut terminé en 1782, et s'appela _Théâtre-Français_,
conformément à sa destination. En 1790, on le nomma _Théâtre de la
Nation_, puis, (1798) Odéon, (_odeion_); les Grecs appelaient ainsi le
lieu où les poètes et les musiciens se faisaient entendre. En 1799,
l'Odéon ayant brûlé, les Comédiens Français s'installèrent au
Palais-Royal dans la salle, où ils sont encore et qu'on avait appropriée
et restaurée à leur intention. L'Odéon fut reconstruit en 1807 seulement
et prit le nom de: _Théâtre de l'Impératrice_ qui fut changé, lors de la
Restauration, en celui de _Second Théâtre-Français_. Quoique longtemps
seul sur la rive gauche, ce théâtre, par un singulier phénomène,
rarement attira la foule même avec de bonnes pièces, aussi bonnes du
moins qu'ailleurs où chaque soir la salle était comble. Plus d'une fois,
en entrant à l'orchestre ou au parterre, le spectateur dut se rappeler
ces vers de la _Némésis_ écrits en 1831:
La tombe où gît Bossange[59] et le triste Odéon
Qui, ravivant sans fruit la tragi-comédie,
Ne peut se réchauffer que par un incendie.
Il est vrai que le Satirique ne traitait guère mieux le premier Théâtre
Français:
Tantôt, sacrifiant une heure solitaire,
J'entrerai dans le vide habité par Voltaire.
_Oiseaux_ (rue des): Ce nom lui fut donné à cause d'un marché aux
oiseaux qui s'y tenait.
_Olier_ (rue): L'abbé Olier, né à Paris le 20 septembre 1608, et mort le
lundi de Pâques, de l'année 1657 entre les bras de saint Vincent de
Paul, était curé de Saint-Sulpice. À peine ordonné prêtre (21 mars
1633), il se montra préoccupé de l'oeuvre importante à laquelle il se
sentait appelé, l'établissement en France des grands séminaires. Mais
avec la prudence du zèle éclairé, il sut ne rien précipiter et ce ne fut
qu'en 1642, que la première de ces saintes maisons fut fondée à
Vaugirard; trois ans après, s'ouvrit celle de Saint-Sulpice, puis
successivement furent établis les séminaires de Nantes, de Viviers, du
Puy, de Clermont, de Québec, au Canada, etc.
Le curé de Saint-Sulpice ne s'occupait pas avec moins de sollicitude de
sa paroisse où sa charité, dans les temps les plus calamiteux (l'année
1649 par exemple), trouvait moyen de venir au secours de toutes les
misères. «Frère Jean m'a assuré, écrit à ce sujet un contemporain, que
si, dans les autres temps, M. Olier était libéral, pendant cet hiver,
qui fut très-rigoureux, on pouvait en quelque sorte lui reprocher d'être
prodigue.» Une personne, chargée de la distribution de ses aumônes,
étant venue le prévenir d'un air d'inquiétude qu'elle n'avait plus
d'argent: «Vous n'avez point de foi, répondit M. Olier; Dieu peut-il
nous manquer?»
_Orfèvres_ (quai des): Ce nom lui vient du grand nombre d'orfèvres qui
jadis y avaient leurs boutiques. Dans la rue conduisant au quai,
s'élevait naguère une maison appelée l'_Hôtel des Trois Degrés_. Cette
maison fut achetée par la corporation des Orfèvres qui successivement
acquit huit autres maisons voisines; et ces divers bâtiments, réparés
ou reconstruits, devinrent un vaste hôpital ou hospice destiné à
recevoir les confrères malheureux aussi bien que leurs veuves laissées
sans ressources. «Les orfèvres pauvres et infirmes, dit Jaillot, ont
retrouvé dans la générosité de leurs confrères les secours dont ils
avaient besoin (pour le corps et pour l'âme)... Il y en a parmi eux qui
ont employé une partie considérable de leur fortune pour procurer, dans
l'hôpital des Incurables, tous les secours nécessaires à leurs confrères
assez malheureux pour n'avoir pas même la seule consolation que laisse
l'espérance.»
Cette dernière phrase, j'en demande pardon à l'honnête Jaillot,
ressemble fort à un galimatias, mais le reste est assez clair et met en
relief un exemple bon à imiter et qui prouve en faveur des corporations,
supprimées brutalement quand il n'eût fallu que modifier les statuts.
_Ormes_ (quai des): Ce nom lui vient d'une allée d'arbres qu'avait fait
planter Charles V et qui conduisait à l'hôtel St-Paul. Ce chemin
s'appela d'abord des _Ormetaux_, puis des _ormes_ quand les jeunes
plants furent devenus de grands arbres.
_Orsay_ (quai d'): La première pierre de ce quai fut posée le 6 juin
1705. Ce nom lui fut donné en l'honneur de Charles Boucher, seigneur
d'Orsay, alors prévôt des marchands et qui remplit ces fonctions de 1700
à 1708.
_Orties_ (rue des): Ce nom lui vient très-anciennement des orchidées qui
foisonnaient en cet endroit avant que la rue fût bâtie, et quand elle
n'était qu'un sentier ou chemin.
_Oudinot_ (rue): Oudinot, duc de Reggio et maréchal de France, né en
1767, mort en 1847, gouverneur des Invalides. Ce volontaire de la
République, qui avait gagné tous ses grades à la pointe de l'épée,
joignait, à de grands talents militaires, à une bravoure héroïque, la
probité, le désintéressement et le sentiment de l'honneur au plus haut
degré. Aussi les contemporains ont-ils applaudi à ces beaux vers du
_Chant du Sacre_ qui résument admirablement cette vie glorieuse:
..... Reggio! Ce nom, à son aurore,
Du saint vernis du temps n'est pas couvert encore;
Mais ses titres d'honneur sont partout déroulés:
Regarde avec respect ses membres mutilés!
Ce nom, comme les noms des Dunois, des Xaintrailles,
A germé tout à coup sur vingt champs de batailles:
J'aime mieux, pour orner le bandeau qui me ceint,
Un grand nom qui surgit qu'un vieux nom qui s'éteint.
La postérité, en ce qui concerne Oudinot, a déjà confirmé le jugement de
Lamartine.
_Ours_ (rue aux): Elle s'appelait, au XIIe siècle, rue aux Oies, rue où
l'on cuit les oies; mais, vers 1552, le peuple, on ne sait comment, ni
pourquoi, lui donna le nom de _rue aux Ours_ «qui est bien un autre
oiseau», dit plaisamment Sauval. Il ajoute: «Le peuple, qui veut à toute
force que ce soit son véritable nom, et qu'elle n'en doit point avoir
d'autre, allègue qu'anciennement on y gardait et vendait des ours et
pour preuve montre là un logis à porte cochère où, au-dessus de la
porte, à la clé de l'arcade, on voit un ours sculpté.»...Mais en cela il
se trompe et cette preuve manque de solidité. Le vrai nom de la rue «est
celui de _rue aux Oues_ (oies) parce que de tout temps c'était une
rôtisserie publique: et comme alors on n'_était pas si friand
qu'aujourd'hui_ les oisons du voisinage chargeaient plus de broches que
les chapons du Mans ni les autres viandes délicates qu'on apporte de
loin. Et de fait, dans toutes les anciennes chartes, elle est appelée:
_la rue où l'on cuit les oies_. Ce changement de nom vient de ce que nos
anciens prononçaient la lettre O comme nous prononçons _Ou_, et ainsi
appelaient _oue_ ce que nous appelons _oie_ si bien qu'il faudrait dire
la _rue aux Oies_ et non pas la _rue aux Ours_.»
À l'appui de cette opinion de Sauval on peut citer ces deux vers du _Dit
des Rues de Paris_:
Et si fus en la rue aux Oues
Où l'on me fit force moues.
[59] Directeur du Théâtre des Nouveautés.
P
_Pagevin_ (rue): Ce nom lui vient de Jean Pagevin, huissier au
parlement, qui y demeurait.
_Paix_ (rue de la): Ouverte en 1806 sur l'emplacement de l'ancien
couvent des Capucines, elle s'appela rue _Napoléon_, nom qui fut changé
en 1814. La rue prit alors celui qu'elle porte aujourd'hui.
_Paon-Blanc_ (rue du): Ce nom vient d'une enseigne.
_Palais-Royal_: Ce monument, bâti par le cardinal de Richelieu, n'était
d'abord qu'une modeste habitation connue sous le nom d'_hôtel
Richelieu_. Mais, par suite d'agrandissements nombreux, il devint un
vaste et magnifique palais, tel même que le cardinal jugea qu'il ne
pouvait plus être habité que par des Majestés ou des Altesses. Dans
l'année 1639, il en fit donation entre vifs au roi Louis XIII, donation
confirmée par son testament (1642). Cette même année, la reine régente,
Anne d'Autriche, étant venue habiter le palais avec la famille royale,
l'inscription de: _Palais-Cardinal_ fut remplacée par celle de
_Palais-Royal_. Des constructions et des modifications successives
donnèrent une meilleure apparence à l'édifice de forme assez irrégulière
d'abord. Le jardin fut dessiné et planté par l'ordre du duc d'Orléans,
régent. Auparavant ce n'était qu'un terrain à moitié inculte, renfermant
un mail, un manége et deux bassins, le tout disposé sans ordre et sans
symétrie. Les Galeries furent construites, les trois premières par
Philippe Égalité, et la quatrième, dite d'Orléans, par le roi
Louis-Philippe. Elle remplaça cette double rangée de baraques en bois,
qu'on y voyait il n'y a pas bien des années encore, et qui, par la foule
des promeneurs et des curieux, faisait que l'endroit ressemblait à une
grande foire de village.
_Panoramas_ (passage des): Construit en 1800, il dut son nom aux
_panoramas_ qui y furent établis et disparurent vers 1831.
_Papillon_ (rue): Ouverte en 1781, elle dut son nom à M. Papillon de la
Ferté, contrôleur général de l'argenterie, menus plaisirs et affaires de
la chambre du roi, qui périt sur l'échafaud en 1794 (7 juillet).
_Papin_ (rue): Denis Papin, célèbre physicien français, naquit à Blois,
le 22 août 1647, et mourut à Marbourg, vers 1714. «Papin, dit F. Arago,
a imaginé la première machine à vapeur à piston; il a vu le premier que
la vapeur aqueuse fournit un moyen simple de faire rapidement le vide
dans la capacité du corps de pompe; il est le premier qui ait songé à
combiner dans une même machine à feu l'action de la force élastique de
la vapeur avec la propriété dont cette vapeur jouit, et qu'il a
signalée, de se condenser par ce refroidissement.»
Nous ajouterons que Papin a inventé aussi la soupape de sûreté; car elle
forme la partie essentielle de son digesteur, ou _marmite de Papin_,
employée à extraire, par la vapeur à haute pression, la partie
gélatineuse des os. Papin, le premier encore, démontra, en 1678, que les
liquides, par exemple l'eau et l'alcool, entrent en ébullition à une
très faible chaleur dans le vide.
_Paradis_ (rue): Ce nom vient d'une enseigne.
_Parcheminerie_ (rue de la): Ainsi nommée en 1287. C'était auparavant la
rue des _Écrivains_.
_Paul_ (rue _Saint_): Dans cette rue se trouvait l'hôtel St-Paul,
résidence de plusieurs de nos rois, Charles V et Charles VI, entre
autres. L'hôtel St-Paul était magnifiquement décoré comme l'affirment
plusieurs auteurs anciens. D'après Germain Brice, un historien du temps
dit «que l'appartement du roi consistait en une grande antichambre, une
chambre de parade appelée _la chambre à parer_, _la chambre au gîte du
Roi_, deux cabinets, une garde robe, la chambre des _napes_ (lingerie),
celle de _l'étude_, celle des _bains_ et des _Tourterelles_; la chambre
du _conseil_; avec cela deux chapelles, des étuves que l'on nommait
_chauffe-doux_; une volière, un jeu de paume, une ménagerie pour les
grands lions, une autre pour les petits; la chambre de _Charlemagne_ qui
avait quinze toises de long sur six de large. Les mêmes Mémoires
ajoutent que les poutres des chambres les mieux ornées étaient enrichies
de fleurs de lis d'étain doré; que les lits étaient de drap d'or et que
les chenets de fer pesaient cent quatre-vingts livres.»
_Pas de la Mule_ (rue du): Aucune dénomination, dit M. Lazare, n'ayant
été affectée à ce prolongement d'une autre rue, le peuple voulut y
suppléer en baptisant la rue à sa manière. Son nom à lui c'était un
conseil; son nom semblait dire aux pauvres piétons: «Si vous tenez à ne
pas vous casser le cou, imitez la patience et _le pas de la mule_ en
gravissant cette pente escarpée et glissante.»
(_Pastourelle_): Ce nom vient de Roger Pastourelle qui habitait la rue
en 1331.
_Pavée_ (rue):
En la rue _Pavée_ alé (allai)
Où a maint visage hâlé,
dit Guillot. Dans cette rue _Pavée_ alors que beaucoup d'autres étaient
privées de cet avantage, logeaient sans doute des vignerons et des
voituriers au teint hâlé. On disait aussi, suivant Leboeuf, la rue
_Pavée d'Andouilles_. Était-ce parce qu'il s'y trouvait force
charcutiers?
_Trois Pavillons_ (rue des): Elle fut ainsi nommée d'une maison située à
l'angle de cette rue et de celle des Francs-Bourgeois et qui se faisait
remarquer par ses Trois Pavillons. Le peuple, de sa propre autorité,
remplaça par ce nom celui de _Diane_ qui venait de la duchesse de
Valentinois, trop célèbre sous le règne de Henri II.
_Payenne_ (rue): S'appelait anciennement _Payelle_, nom d'un
propriétaire riverain.
_Pépinière_ (rue de la): Tracée vers 1782, sur les terrains faisant
partie de la pépinière dite du roi. Quel besoin de changer ce nom en
celui de _Abattucci_?
_Perle_ (rue de la): Ce nom lui vient «d'un tripot carré qui a passé
longtemps pour le mieux entendu de Paris», dit Sauval.
_Pélagie_ (_Sainte_): Cette prison était, avant la Révolution, une
communauté de femmes fondée en 1665, par madame Beauharnais de Miramion.
Dans cette maison on recevait ou renfermait les filles ou femmes tombées
dans le désordre et qu'on espérait ramener à une vie meilleure. Une
partie de l'établissement s'appelait: _Le Refuge_; l'autre,
_Sainte-Pélagie_. Cette sainte, comédienne célèbre d'Antioche au Ve
siècle, s'étant convertie, fit oublier par une héroïque pénitence les
scandales de sa vie antérieure.
Lors de la Révolution, le couvent fut supprimé, les religieuses se
virent dépossédées et de leur paisible demeure on fit une prison.
On sait que, dans un corps de bâtiment séparé, sont renfermés, depuis
1828, les détenus politiques et en particulier les condamnés pour délits
de presse.
_Pélican_ (rue du): Ce nom vient d'une enseigne. Je lis dans Bernardin
de St-Pierre, (_Études de la Nature_) un curieux passage sur le pélican:
«Le pélican ou grand-gosier est un oiseau blanc et brun, qui a un large
sac au-dessus de son bec qui est très-long. Il va tous les matins
remplir son sac de poisson; et quand sa pêche est faite, il se perche
sur quelque pointe de rocher à fleur d'eau, «où il se tient immobile
jusqu'au soir, dit le père Dutertre, comme tout triste, la tête penchée
par le poids de son long bec, et les yeux fixés sur la mer agitée, sans
bouger non plus que s'il était de marbre.»
_Perrée_ (rue): C'est le nom d'un intrépide marin qui, en 1800, soutint
avec un seul vaisseau, le _Généreux_, un combat acharné contre _quatre_
vaisseaux anglais, l'un d'eux, le _Foudroyant_, commandé par Nelson. Le
_Généreux_ n'abaissa point son pavillon et si l'ennemi put s'en emparer,
c'est qu'il ne restait personne pour le défendre. Quand les Anglais
arrivèrent sur le pont, ils n'y trouvèrent plus que des mourants et des
morts et, entre ceux-ci, le capitaine Perrée, tombé sur son banc de
quart qu'il n'avait pas voulu quitter quoique blessé grièvement.
_Penthièvre_ (rue de): Doit son nom au vertueux duc de Penthièvre si
célèbre dans le siècle dernier par sa bienfaisance. «La physionomie de
M. le duc de Penthièvre annonce de l'esprit, de la douceur et même un
peu de coquetterie; on dirait qu'il vous oblige en vous regardant et,
lorsqu'il vous a parlé, vous vous sentez attiré à l'aimer autant qu'à le
respecter.
«Voilà ce que j'ai éprouvé au premier aspect, mais lorsque ses bontés
m'ont donné des rapports plus particuliers avec lui, j'ai trouvé que son
âme était au-dessus de tout le reste, qu'il était mille fois supérieur à
tout ce que sa figure annonçait, à tout ce que ses manières laissaient
entrevoir. Cette âme est d'une trempe si peu commune que je ne trouverai
point l'expression qu'il faudrait pour ce que je vois et encore plus
pour ce que je sens; toutes les vertus y sont dans un équilibre parfait
parce que la sagesse les conduit toutes dans les bornes qu'elles ne
peuvent franchir sans devenir vice ou défaut. Généreux sans prodigalité,
pieux sans minutie, tendre sans faiblesse, modeste avec dignité, chez
lui actions, paroles, maintien, regards, tout est à sa place; il semble
que rien ne pourrait être autrement.
«Ce prince m'a paru un être si différent des autres hommes que, pendant
deux années, j'ai plus d'une fois, je l'avoue, épié ses défauts pour
essayer de consoler mon amour-propre: recherche vaine; mes observations
n'ont servi qu'à me faire mieux sentir sa supériorité, et je me suis dit
que je ne devais point aspirer à une perfection fondée par la nature
dans un de ses plus heureux moments.»
Ce portrait, si remarquable par la finesse de la touche et qu'on sait
d'une parfaite ressemblance, emprunte un intérêt particulier au nom de
celui qui l'a tracé. Il a pour auteur cet autre homme de bien, M. de
Montyon.
_Pères_ (rue des _Saints_): Son vrai nom est Saint-Pierre, provenant de
la chapelle Saint-Pierre qui s'y trouvait. Ce nom fut changé d'abord en
celui de _Saint-Père_, puis _Saints-Pères_.
_Pétrelle_ (rue): C'était le nom d'un propriétaire riverain.
_Pigalle_ (rue): Le sculpteur Pigalle, né à Paris en 1714, y mourut en
1785. «Pigalle avait reçu de la nature un oeil savant qui, dans chaque
trait, découvrait mille traits, et dans chaque partie, une infinité de
parties. Il aimait à peindre ce qu'il savait voir. Aucun artiste n'avait
représenté avant lui cette multitude de détails que l'art aime à
considérer nus, parce qu'il peut avoir besoin de les reproduire, mais
que le bon goût se plaît à couvrir de voiles. Jamais il ne pouvait
exprimer assez à son gré tous les reliefs du corps humain, comme les
anciens ne pouvaient jamais assez les ramener au contour. Il semblait
s'être fait une loi rigoureuse de n'imiter que la vérité, telle non
seulement que les yeux peuvent la voir, mais telle que les mains
pourraient la toucher... On voit presque toujours, dans ses ouvrages,
les deux extrêmes de la vie humaine, celui où la nature, animant le
corps avec vigueur, en fait saillir toutes les parties, et celui où,
l'abandonnant, elle les découvre et les désunit. Sans doute il a peint
quelquefois la beauté, mais non cette ravissante beauté d'un corps «hôte
d'une belle âme», pour employer avec le poète une expression qui semble
née au pied de quelque statue antique.» (_Joubert._)
_Picpus_ (rue): Vers 1775, c'était un chemin qui traversait le
territoire, dit de _Pique-puce_ dont on a fait par corruption _picpus_.
L'origine de cette dénomination est assez singulière, si l'on en croit
M. L. Lazare, qui ne la donne, d'après d'anciens auteurs, que sous
réserves. Un mal épidémique se manifesta dans les environs de Paris vers
le milieu du XVIe siècle. On voyait sur les bras des femmes et des
enfants de petites tumeurs rouges qui ressemblaient à plusieurs piqûres
faites par un insecte qui s'attachait de préférence aux mains blanches
et délicates des personnes jeunes.
Un religieux du couvent de Franconville près Beaumont, diocèse de
Beauvais, venu pour fonder une maison dans les environs de Paris, à
l'aide d'une certaine liqueur, guérit nombre de malades. On le retint
par reconnaissance dans le village et le couvent qu'il y fonda s'appela
_Picpus_.
Dans cette même rue, se trouve le cimetière où furent enterrées les
victimes de la Révolution qui périrent sur l'échafaud dressé près la
porte Saint-Antoine. On en compta 1350, dans l'espace de quarante jours
seulement.
_Poissonnière_ (rue et faubourg): Elle s'appelle ainsi à cause que
c'était par cette voie qu'arrivaient les marchands de marée.
_Pierre Sarrazin_ (rue): A pris son nom d'un bourgeois nommé Pierre
Sarrazin qui demeurait en cet endroit et y mourut vers 1255.
La rue Pierre Sarrazin
Où l'on essaie maint roncin (cheval)
Chacun an, comment on le happe.