_Massillon_ (rue): Ce prédicateur célèbre, né à Hyères en Provence

(1663), mourut à Paris en 1742. Son _Petit Carême_ est dans toutes les

mains. On lui reproche d'être plus enclin à la sévérité qu'à

l'indulgence malgré les fleurs dont il émaille volontiers son style. On

cite de lui ce mot fameux, début de l'_Oraison funèbre_ de Louis XIV:

_Dieu seul est grand, mes frères_. Mais il s'élève à une bien autre

éloquence dans cette page sublime à l'adresse des conquérants, exhumée

récemment avec tant de bonheur et d'à-propos par M. de Beauchesne[55] et

que Bossuet aurait signée des deux mains. Il faut ici se taire et

admirer:

«Sire, si le poison de l'ambition gagne et infecte le coeur du prince;

si le souverain, oubliant qu'il est le protecteur de la tranquillité

publique, préfère sa propre gloire à l'amour et au salut de ses

peuples; s'il aime mieux conquérir des provinces que régner sur les

coeurs; s'il lui paraît plus glorieux d'être le destructeur de ses

voisins que le père de son peuple; si le deuil et la désolation de ses

sujets est le seul chant de joie qui accompagne ses victoires; s'il fait

servir à lui seul une puissance qui ne lui est donnée que pour rendre

heureux ceux qu'il gouverne; en un mot, s'il n'est roi que pour le

malheur des hommes, et que, comme le roi de Babylone, il ne veuille

élever la statue impie, l'idole de sa grandeur, que sur les larmes et

les débris des peuples et des nations, grand Dieu! quel fléau pour la

terre! quel présent faites-vous aux hommes dans votre colère, en leur

donnant un tel maître! Sa gloire, Sire, sera toujours souillée de sang.

Quelque insensé chantera peut-être ses victoires; mais les provinces,

les villes, les campagnes en pleureront. On lui dressera des monuments

superbes pour immortaliser ses conquêtes; mais les cendres encore

fumantes de tant de villes autrefois florissantes; mais la désolation de

tant de campagnes dépouillées de leur beauté; mais les ruines de tant de

murs sous lesquels les citoyens paisibles ont été ensevelis; mais tant

de calamités qui subsisteront après lui, seront des monuments lugubres

qui immortaliseront sa folie et sa vanité. Il aura passé comme un

torrent pour ravager, et non comme un fleuve majestueux pour y porter la

joie et l'abondance; son nom sera écrit dans les annales de la postérité

parmi les conquérants; mais il ne le sera pas parmi les bons rois; on ne

se rappellera l'histoire de son règne que pour rappeler le souvenir des

maux qu'il a faits aux hommes... Et tout cet amas de gloire ne sera plus

à la fin qu'un monceau de boue, qui ne laissera après elle que

l'infection et l'opprobre[56]».

_Mathurins_ (rue des): Son nom lui vient d'une chapelle dédiée à

St-Mathurin. Les religieux de la Trinité, dont les fondateurs furent

Jean de Matha et Félix de Valois, et qui se dévouaient au rachat et à la

rédemption des captifs, étant venus s'établir dans l'aumônerie dont la

chapelle dépendait, ajoutèrent à leur nom celui de _Mathurins_.

Ruteboeuf, si malveillant dans son poème des _Ordres de Paris_, épargne

cependant ces moines humbles autant que dévoués:

Ci gît le léal Mathurin,

Sans reproche bon serviteur,

Qui céans garda pain et vin,

Et fut des portes gouverneur.

Paniers ou hottes, par honneur,

Au marché volontiers portoit;

Fort diligent et bon sonneur;

Dieu pardon à l'âme lui soit.

_Matignon_ (rue): Doit son nom à Jacques de Matignon, maréchal de

France, qui l'habitait. «Mais je prévois, dit Sauval, qu'elle

s'appellera bientôt la rue _Maquignon_, parce que le peuple commence

déjà à prendre ce nom là pour l'autre comme lui étant plus connu, ce qui

lui est ordinaire.»

_Maubert_ (place): Altération du mot _Aubert_. C'était le nom du second

abbé de Ste-Geneviève qui, au XIIe siècle, avait permis de construire

des étaux de boucherie sur ce terrain compris dans la censive de

l'abbaye.

_Maubuée_ (rue): Existait dès le XIIIe siècle. La dénomination n'est

pas à son honneur, car _Maubué_ en vieux langage signifie _mal propre_.

_Mauconseil_ (rue): Ce nom lui vient, d'après Cenalis, du mauvais

conseil qu'on tint, en 1407, dans l'hôtel de Bourgogne, qui s'y

trouvait, conseil où fut résolu l'assassinat du duc d'Orléans. D'autres

auteurs pensent que ce nom vient plutôt de quelque seigneur de

Mauconseil qui aurait demeuré dans cette rue. Mauconseil était un

château en Picardie dont il est fort parlé dans les _Chroniques_ de

Froissart.

Dans _Le Dit des Rues de Paris_ se lisent ces vers:

.... Et puis en la rue Mauconseil,

Une dame vis sur un seil (seuil),

Qui moult se portait noblement.

Je la saluai simplement,

Et elle, moi, par saint Louis.

_Maures_ (rue des _Trois_): Il existait dans cette rue, au XVIe siècle,

une auberge très achalandée et qui avait pour enseigne aux _Trois

Maures_.

_Mazarine_ (rue): Doit son nom à l'ancien collége Mazarin aujourd'hui

palais de l'Institut dont les dépendances bordent une partie de cette

voie. On sait le rôle considérable qu'a joué dans notre histoire le

célèbre cardinal, successeur au ministère de Richelieu.

_Mazagran_ (rue): Elle doit son nom à l'un des épisodes les plus

glorieux de nos guerres d'Afrique: «123 braves de la 10e compagnie du

1er bataillon d'infanterie légère d'Afrique, à peine couverts par une

faible muraille en pierres sèches ébréchée par le canon ont repoussé

pendant quatre jours les assauts de plusieurs milliers d'Arabes... Le

capitaine Lelièvre, commandant cette garnison, a été promu chef de

bataillon... La 10e compagnie est autorisée à conserver dans ses rangs

le drapeau criblé de balles qui flottait sur le réduit de Mazagran dans

les journées des 3, 4, 5 et 6 février 1840, et à chaque anniversaire de

cette dernière journée, le présent _Ordre du jour_ sera lu devant le

front du bataillon.»

_Mazas_ (rue, boulevart, place): Ce nom fut donné au boulevart, en

souvenir du colonel Mazas, qui commandait le 41e de ligne et fut tué à

Austerlitz.

_Méchain_: Astronome célèbre, né à Laon en 1744, mort en 1805.

_Médecine_ (École de): Construite sur l'emplacement de l'ancien collége

de Bourgogne et de «quatre maisons y contiguës» d'après un arrêt du

conseil du 7 décembre 1768. L'exécution du monument, confiée à

l'architecte Gondouin, marcha rapidement et la nouvelle École s'ouvrit

aux élèves et professeurs. Le grand amphitéâtre peut contenir au moins

1,200 auditeurs. Dans la cour on voit la statue de Bichat, mort si

jeune, au commencement du siècle, et cependant déjà illustre.

_Mégisserie_ (quai de la): Doit son nom aux mégissiers qui s'y étaient

établis anciennement et l'habitèrent jusqu'en 1673, où l'on parvint à

les reléguer dans un quartier moins central. C'est sur ce quai, comme

sur le quai voisin dit de la _Ferraille_, que se tenaient, avant la

Révolution, les trop fameux racoleurs. Quelques-uns d'entre eux ne se

bornaient pas à pérorer sur une chaise ou sur une table. Installés en

permanence, ils avaient des boutiques à la façon des baraques en toile

et en bois de la foire. Au-dessus de la porte flottait un drapeau semé

de fleurs de lis. Mercier, dans son livre sur Paris, affirme avoir lu

sur une de ces boutiques le vers célèbre de Voltaire:

Le premier qui fut roi fut un soldat heureux!

C'était là assurément le pire mode de recrutement pour l'armée et l'on

comprend que, dans notre langue, ce mot de _racoleur_ soit marqué d'une

flétrissure et se prononce comme une injure. Combien de malheureux

autrefois, dupes d'impudents mensonges et conscrits par surprise, furent

les victimes de cet odieux négoce, qui pouvait aller de pair avec la

_Traite des Nègres_!

_Merri_ ou Méderic (église saint): Il existait de toute ancienneté en

cet endroit une chapelle dédiée à saint Pierre. Vers 697, Merry ou

Méderic vint habiter, avec Frodulfe, son disciple, une cellule bâtie

près de la chapelle, et il y mourut trois années après en odeur de

sainteté. Vers 936, l'édifice fut reconstruit aux frais d'un certain

Odon le fauconnier, _Odo Falconarius_, qui y reçut la sépulture.

L'église actuelle, construite sur de plus vastes plans, et commencée

sous le règne de François Ier, fut achevée seulement en 1612.

_Mesnil-Montant_ (rue): Autrefois _Mesnil-Maudan_. Anciennement on

appelait _Mesnil_ une maison de campagne et l'on se servait aussi de ce

mot pour désigner un village ou un hameau. Si l'on a corrompu le nom

primitif de Mesnil-Maudan, en celui de _montant_, la position l'explique

et le justifie.

_Mignon_ (rue): A pris son nom du collége Mignon, créé en 1343, par Jean

Mignon, archidiacre de Blois, et maître des comptes à Paris.

_Militaire_ (_École_): Dans le préambule de l'édit du roi du mois de

janvier 1751, pour la création de cette École, on lit entre autres

choses: «Nous avons résolu de fonder une _École militaire_ et d'y faire

élever sous nos yeux cinq cents gentilshommes, nés sans biens, dans le

choix desquels nous préfèrerons ceux qui, en perdant leurs pères à la

guerre, sont devenus les enfants de l'État. Nous espérons même que le

plan qui sera suivi dans l'éducation des _cinq cents_ gentilshommes que

nous adoptons servira de modèle aux pères qui sont en état de le

procurer à leurs enfants; en sorte que l'ancien préjugé, qui a fait

croire que la valeur seule fait l'homme de guerre, cède insensiblement

au goût des études militaires que nous aurons introduit, etc., etc.»

Voilà un langage vraiment royal. La construction de l'édifice commença,

dès l'année suivante, sous la direction de Gabriel, architecte du roi.

L'École Militaire aujourd'hui sert de caserne à plusieurs régiments de

la garnison de Paris, infanterie et cavalerie.

_Miroménil_ (rue de): Elle a pris son nom de Armand Thomas Hue de

Miroménil, nommé garde des sceaux en août 1774, deux années avant

l'ouverture de la rue.

_Minimes_ (rue des): Cette rue tire son nom de l'ancien couvent des

Minimes qui s'y trouvait. Ces religieux, établis en France, en 1609,

avaient pour fondateur François de Paule, le saint ermite de la Calabre.

Il avait voulu que ses religieux s'appelassent _Minimes_, c'est-à-dire

les plus petits, les plus humbles de tous.

Supprimé en 1790, l'établissement devint propriété nationale et sert

aujourd'hui de caserne.

_Molay_ (rue): Fut nommée ainsi en l'an IX, à cause de la proximité du

Temple et en souvenir de Jacques Molay, dernier grand maître dont nul

n'ignore la fin tragique.

_Monnaies_ (hôtel des): La première pierre du monument fut posée, le 30

avril 1777, par l'abbé Terray au nom et comme ministre du roi Louis XV.

Ce vaste établissement, tant pour ses aménagements intérieurs que pour

son organisation et l'excellence de son outillage, est regardé comme le

premier de son genre en Europe.

_Monsieur_ (rue de): Ouverte en 1779 sur un terrain appartenant à

Monsieur, depuis roi sous le nom de Louis XVIII.

_Monsieur le Prince_ (rue): Ce nom lui vient du prince de Condé dont

l'hôtel s'étendait par les jardins jusqu'à cette voie publique.

_Monsigny_ (rue): Célèbre compositeur de musique, Monsigny, né en 1729,

est mort en 1817.

_Montaigne_ (rue): Montaigne (Michel de) naquit au château de

Saint-Michel de Montaigne, le 29 février 1533 et il y mourut en 1592.

Douze années auparavant, avait paru à Bordeaux la première édition du

livre des _Essais_. Si Montaigne s'y montre écrivain des plus

remarquables, joignant la vigueur de la pensée à l'originalité de

l'expression, il laisse fort à désirer sous d'autres rapports. On

regrette, dans son ouvrage, plus encore peut-être que la tendance au

scepticisme, une liberté de langage que lui-même il confesse, ce qui ne

l'en rend que plus blâmable: «Moi qui ai la bouche si effrontée!» dit-il

en propres termes au livre III des _Essais_. Ailleurs, il parle du

suicide comme un païen et un stoïcien. Et pourtant on trouverait dans

son livre plus d'un passage par lequel il se refute éloquemment lui-même

et témoigne d'une âme naturellement chrétienne, selon l'expression de

Tertullien. Sa mort non plus ne fut pas celle d'un impie d'après le

récit d'un témoin oculaire, Étienne Pasquier.

_Montfaucon_ (rue de): Bernard de Montfaucon, religieux célèbre de la

congrégation de St-Maur, né en 1655, mourut en 1741, à l'abbaye

St-Germain des Prés. Il est auteur de savants ouvrages, entre autres les

_Antiquités expliquées_, et une _Collection des Pères_.

La rue ne doit donc pas son nom, comme on pourrait le croire, au fameux

gibet de Montfaucon, sur lequel on nous saura gré d'ailleurs de donner

quelques détails. Il fut construit ou plutôt reconstruit par Enguerrand

de Marigny, suivant les uns, suivant d'autres, par Pierre Rémy, seigneur

de Montigny. Ce qui est certain, c'est qu'il devint fatal à tous deux et

qu'ils y furent pendus.

«Montfaucon, dit Sauval, est une éminence douce, insensible, élevée

entre le faubourg St-Martin et celui du Temple, dans un endroit que l'on

découvre de plusieurs lieues à la ronde. Sur le haut, est une masse

accompagnée de seize piliers où conduit une rampe de pierre assez large,

qui se fermait autrefois avec une bonne porte. Les piliers, gros,

carrés, hauts chacun de trente-deux à trente-trois pieds, et faits de

trente-deux ou trente-trois grosses pierres refondues ou rustiques,

posées sur des assises faites de gros quartiers de pierres bien liées et

cimentées, étaient rangés en deux files sur la largeur et en une sur la

longueur. Pour les joindre ensemble, et pour y attacher les criminels,

on avait enclavé dans leurs chaperons deux gros liens de bois qui

traversaient de l'un à l'autre, avec des chaînes de fer, d'espace en

espace. Au milieu était une cave où se jetaient apparemment les corps

des criminels quand il n'en restait plus que les carcasses, ou que

toutes les chaînes et les places étaient remplies. Présentement cette

cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées; des

piliers à peine en reste-t-il sur pied trois ou quatre... En un mot, de

ce lieu patibulaire si solidement bâti, à peine la masse est-elle encore

debout.... Maintenant, la Grève, la Croix du Tiroir, la Porte de Paris

et l'Estrapade sont les lieux d'exécution les plus ordinaires de la

ville.»

Entre les personnages célèbres pendus au gibet de Montfaucon, mais cette

fois avec toute justice, il faut citer le fameux Olivier le Dain, dit le

Diable, barbier et ministre de Louis XI. «Après la mort du roi, comme il

était chargé de grands méfaits et que d'ailleurs les princes lui en

voulaient à cause de son insolence, il fut livré à la justice et pendu

au gibet de Montfaucon.»

On y pendit aussi le corps de l'amiral de Coligny assassiné, dans la

nuit de la Saint-Barthélemy, par les ordres du duc de Guise, dit le

Balafré.

_Montesquieu_ (rue): Doit son nom à Charles de Secondat, baron de Bréda

et de Montesquieu (1689-1755), l'auteur célèbre du livre de l'_Esprit

des Lois_, qu'un malicieux critique qualifiait: _De l'Esprit sur les

lois_. «La tête de Montesquieu, dit Joubert, est un instrument dont

toutes les cordes sont d'accord, mais qui est trop monté et rend des

sons trop aigus. Quoiqu'il n'exécute rien contre les règles, il a, dans

ses vibrations trop contenues et trop précipitées, quelque chose

d'au-delà de toutes les clefs d'une belle et sage musique.

«Montesquieu fut une belle tête sans prudence.»

_Montgolfier_ (rue): Montgolfier (Joseph-Michel) fut, avec son frère

Étienne, non pas précisément l'inventeur mais le propagateur en France

de la navigation aérienne au moyen des aérostats, vulgairement ballons,

que Joseph de Maistre se plaint de ne pas entendre appeler

_Montgolfières_. Le problème si important de la direction des ballons

est encore à trouver. Le sera-t-il jamais? Et pourtant que d'essais

restés infructueux en dépit de la réclame! Montgolfier, né à

Vidalon-lez-Aunay, mourut en 1810.

_Montholon_ (rue): De Montholon, qui a donné son nom à cette rue, était

conseiller d'état avant la Révolution. De lui descendait le général

comte de Montholon, exécuteur testamentaire de Napoléon et qui, après

l'avoir soigné avec un absolu dévouement, pendant de longs jours et de

plus longues nuits, lui ferma les yeux.

_Montmartre_ (rue): Son nom lui vient de la montagne à laquelle elle

conduit; mais celle-ci doit-elle son nom à un temple de Mars ou de

Mercure, qui s'y élevait ou bien au martyre de saint Denis et de ses

compagnons? Sur ces opinions longtemps et vivement controversées,

Jaillot hésite d'abord à se prononcer; il adopte cependant la première

ou plutôt l'une et l'autre; car il croit que saint Denis et ses

compagnons furent décapités sur le mont que dominait le temple de Mars.

_Mont-de-Piété_ (hôtel du grand): Le grand Mont-de-Piété fut établi ou

autorisé par lettres patentes du 9 décembre 1777, signées du roi. On

peut douter que les résultats actuels, par le taux élevé de l'intérêt,

répondent pleinement aux intentions bienveillantes du monarque qui

disait d'une façon si admirable: «Ce moyen nous a paru le plus capable

de faire cesser les désordres que l'usure a introduits, et qui n'ont que

trop fréquemment entraîné la perte de plusieurs familles.... Nous avons

cru devoir rejeter tous les projets qui n'offraient que des spéculations

de finances pour nous arrêter à un plan formé uniquement par des vues de

bienfaisance et digne de fixer l'attention publique, puisqu'il assure

des secours d'argent peu onéreux aux emprunteurs dénués d'autres

ressources.»

_Montorgueil_ (rue): Très-anciennement il y avait en cet endroit un

chemin appelé: _Vicus superbiæ_, le chemin de l'Orgueil. Pourquoi? nul

ne le dit. Dans certains actes on lit: _Vicus montis superbi_: Le chemin

du mont orgueilleux.

_Mont-Parnasse_ (rue): Sur un monticule voisin de l'ancienne barrière,

les étudiants de l'Université avaient coutume autrefois de se réunir

pour discuter sur la poésie ou l'éloquence et lire sur ces divers sujets

leurs élucubrations d'où cette butte prit le nom de _Mont-Parnasse_.

Maintenant on ne voit plus là de joyeux ébats d'étudiants, mais tout au

contraire les corbillards se rendant au cimetière du même nom.

_Morgue_ (la): Autrefois placée sur le quai dit du _Marché-Neuf_, la

Morgue se cache en quelque sorte maintenant derrière le square

Notre-Dame, et, ce dont il faut se féliciter, les curieux, loin de la

trouver sur leur passage, doivent l'aller chercher. «S'il faut en croire

Vaugelas, dit M. Lazare, _Morgue_ serait un vieux mot français qui

signifie _visage_. À l'entrée des prisons, on trouvait autrefois un

endroit portant le nom de _Morgue_ où l'on retenait quelques instants

les prisonniers au moment où on les écrouait pour que les gardiens

pussent bien voir leur _morgue_ ou visage afin de les reconnaître en cas

d'évasion. Plus tard, on exposa dans les _morgues_ les cadavres que la

Justice voulait faire reconnaître.» L'exposition s'étendit ensuite à

toutes les victimes (n'importe la cause de l'accident) dont les corps

étaient relevés sur la voie publique ou retirés de la rivière. Les

filets de Saint-Cloud à ce sujet sont célèbres. Un poète a dit:

Et la Morgue au teint vert qui jette chaque nuit

Son hameçon dans la rivière.

_La Mothe-Picquet_ (rue de): La Mothe-Picquet, marin célèbre pendant la

guerre d'Amérique, mourut lieutenant-général à Brest en 1791. Il était

né en 1720.

_Mouffetard_ (rue): Altération du mot _Montcétard_, nom qu'on donnait à

cette voie dans le XIIIe siècle.

_Moulins_ (rue des): Elle doit son nom à deux Moulins situés sur la

butte Saint-Roch et qui furent détruits lorsqu'après avoir aplani la

butte, on couvrit de maisons l'espace qu'elle occupait.

_Mozart_ (rue): Un critique distingué de notre temps a caractérisé

admirablement en peu de lignes, le talent de ce maître illustre: «Mozart

est aussi grand musicien que poète sublime. Il chante la grâce et les

sentiments exquis des natures supérieures, les douleurs mystérieuses de

l'âme qui entrevoit des horizons infinis, les tristesses et les voluptés

d'une civilisation avancée. Il a l'élégance, la profondeur et la

personnalité des patriciens. Son génie dédaigne les appétits grossiers

de la foule; jamais il n'emploie de formules banales pour capter

l'approbation du vulgaire. Il dit ce qu'il veut dire sans se préoccuper

du public qui l'écoute, et ses cadences s'arrêtent où s'arrête sa

pensée. Il est le musicien des nuances, mais des nuances qui

réfléchissent la délicatesse de l'âme, et non pas de celles qui

expriment les raffinements de l'esprit. Il a la piété d'un enfant, la

tendresse et la pudeur d'une femme; et son langage passionné, mais

chaste et religieux, ne s'adresse qu'à ces natures d'élite qui sont

toujours en minorité sur la terre..... «Ah! disait-il un jour à un

protestant de ses amis, vous avez votre religion dans la tête et non

dans le coeur; vous ne sentez pas comme nous ce que veulent dire ces

mots: «_Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem_»; mais

lorsqu'on a été comme moi introduit dès sa plus tendre enfance dans le

sanctuaire, que, l'âme agitée de vagues désirs, on a assisté au service

divin où la musique traduisait ces saintes paroles: _Benedictus qui

venit in nomine Domini!_ oh! alors, c'est bien différent. Plus tard,

lorsqu'on s'agite dans le vide d'une existence vulgaire, ces impressions

premières, restées ineffaçables au fond du coeur, se ravivent et

montent à l'esprit comme un soupir qui se dilate.»

«On voit que Mozart avait le secret de son génie[57].»

_Murillo_ (rue de): Bartholomé-Esteban Murillo (1608-1682), l'un des

maîtres les plus célèbres de l'École Espagnole. Son talent sans doute

est grand, mais ne saurait justifier l'engouement prodigieux qui, depuis

un temps, donne à ses tableaux une plus value exagérée. Peintre

naturaliste, admirable dans le _Petit Mendiant_ par exemple, Murillo,

malgré la facilité de sa touche et la magie du coloris, nous paraît,

dans les sujets élevés, chrétiens, surtout, le plus souvent au-dessous

de sa tâche. Ses types manquent de grandeur bien loin de réaliser notre

idéal, témoin cette _Immaculée Conception_ du Louvre, acquise à la folle

enchère (oh! vraiment folle!) et payée dix fois sa valeur. Que de

chefs-d'oeuvre de maîtres divers et qui nous manquent on aurait eus pour

les six cents et quelques mille francs si légèrement donnés!

Nous avons vu de Murillo, l'élève de Velasquez, des portraits

splendides, le sien en particulier.

_Musée de Cluny_: Grâce à l'acquisition faite par l'État de l'ancien

hôtel de Cluny et à la cession par la ville de Paris du vieux Palais des

Thermes, ce Musée, avec ses jardins et ses bâtiments d'une architecture

aussi variée que curieuse, offre aux visiteurs tous les genres

d'attrait. La collection, donnée par M. du Sommerard, fut le noyau de

cet important Musée archéologique, dont les richesses se sont accrues

successivement soit par des dons soit par des acquisitions

intelligentes.

L'hôtel de Cluny, tel que nous le voyons aujourd'hui, fut construit ou

reconstruit par Jacques d'Amboise, l'un des neuf frères du célèbre

ministre de Louis XII. Cet hôtel servait d'habitation aux abbés de

l'Ordre.

_Petit-Muse_ (rue du): Corrozet la nomme de la _Petite Puce_. «En 1358,

dit Sauval, elle s'appelait la rue du _Petit-Muce_, la rue du

_Pute-y-Muce_ et la rue du _Pul-y-Muce_ à raison peut-être que c'était

alors une voirie et un lieu où chacun faisait son ordure.» D'après

Germain Brice, elle aurait dû s'appeler la rue _Petimus_ (nous

demandons) parce que, dans l'espace que cette rue occupe à présent, se

trouvait autrefois l'hôtel des quatre maîtres des requêtes que l'on

nommait l'hôtel _Petimus_, sur ce que les requêtes que l'on présentait

alors en langue latine ainsi que tous les actes judiciaires commençaient

toujours par le terme _Petimus_.»

Piganiol a relevé cette erreur en prouvant que l'hôtel des maîtres des

requêtes s'élevait dans la rue Saint-Paul.

_Musset_ (rue _Alfred de_): Poète et auteur dramatique, Alfred de

Musset, né en 1810, est mort en 1857. Quel dommage de voir un pareil

talent se dévoyer aussi misérablement! Musset semble se complaire dans

ce scepticisme absolu qui cependant le torturait et le faisait s'écrier

dans une heure de désespoir:

..... L'Infini me tourmente.

Au point de vue moral, il n'est pas moins dangereux pour les jeunes gens

parce que sa corruption raffinée ôte au vice la laideur qui repousse et

pare la débauche de toutes les élégances de la poésie. L'absinthe avec

laquelle, dit-on, Musset s'empoisonna n'était rien auprès des philtres

mortels qu'il composait trop bien et nous offrait dans des vases ciselés

avec un art des plus savants, merveilleux parfois.

[52] Félibien et Lobineau:--_Histoire de Paris_.

[53] Homme qui me fait une cornemuse.

Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 16 / 25 段