collége longtemps célèbre à l'intention des _pauvres maîtres et écoliers
de la rue du Chardonnet_, ainsi qu'il les appelait. Cet établissement
fut, comme tant d'autres, supprimé par la Révolution et devint propriété
nationale.
_Lions St-Paul_ (rue des): Cette rue prit son nom du bâtiment et des
cours où étaient renfermés les grands et les petits lions du roi. «Un
jour que François Ier s'amusait à regarder un combat de ses lions,
une dame, ayant laissé tomber son gant, dit à de Lorges: «Si vous voulez
que je croie que vous m'aimez autant que vous me le jurez tous les
jours, allez ramasser mon gant.» De Lorges descend, ramasse le gant au
milieu de ces terribles animaux, remonte, le jette au nez de la dame, et
depuis, malgré toutes les avances et les agaceries qu'elle lui faisait,
il ne voulut jamais la voir.» (_Sainte-Foix._)
Excellente leçon donnée à la coquetterie!
_Licorne_ (rue de la): Ce nom vient d'une enseigne qu'on y voyait en
1297, et qui représentait un _unicorne_, comme on disait alors, et la
rue s'appelait de l'_Unicorne_. «Cependant j'ai ouï dire que bien des
gens prétendaient que ce nom ne lui avait été donné qu'à l'occasion
d'une licorne qu'on y montrait autrefois pour de l'argent; pour quoi je
serais de leur opinion volontiers s'ils pouvaient nous faire voir une
licorne en vie; mais qu'ils ne se mettent point en peine d'en chercher,
car il n'y en a jamais eu au monde, si ce n'est en peinture.»
(_Sauval._)
_Lobau_ (rue): Georges Mouton, comte de Lobau, naquit le 21 février 1770
à Phalsbourg. Engagé volontaire en 1792, sa bravoure à l'armée du Rhin
lui valut l'épaulette d'officier. Aide-de-camp de Joubert à Novi, il
reçut dans ses bras le général frappé mortellement et qui bientôt
expira. Colonel en 1800, général de brigade en 1805, Mouton mérita à la
bataille d'Essling (1809) d'être nommé comte de _Lobau_, «pour avoir
sept fois, aux termes du décret, repoussé l'ennemi et par là assuré la
gloire de nos armes.»
Quelques temps après, l'Empereur voyant à la Cour arriver la comtesse
Lobau, s'approcha d'elle et lui dit: «Votre mari est brave comme son
épée et lui aussi méritait d'être prince d'Essling.»
Après 1830, Lobau fut fait commandant en chef des gardes nationales de
France. Tout le monde se rappelle le moyen original autant qu'efficace
employé par lui pour dissiper, place Vendôme, une émeute sans effusion
de sang. Les pompes remplacèrent, et avec un plein succès, les canons.
Les Parisiens mis en gaîté par l'expédient ne purent garder beaucoup
rancune au vieux brave, mais néanmoins se vengèrent par d'interminables
plaisanteries, dont le maréchal[50] riait tout le premier sous sa
moustache grise. Lobau mourut en 1838 (27 novembre.)
_Lombards_ (rue des): Elle a pris son nom de certains usuriers et
créanciers si impatients que par ironie on disait autrefois à Paris la
_Patience des Lombards_.
_Louis-le-Grand_ (rue): Il est assez curieux de voir le jugement porté
sur Louis XIV par Napoléon et les motifs pour lesquels il l'exalte ou le
blâme: «Louis XIV fut un grand roi: c'est lui qui a élevé la France au
premier rang des nations de l'Europe; c'est lui qui _le premier a eu
400,000 hommes sur pied_ et 100 vaisseaux en mer; il a accru la France
de la Franche-Comté, du Roussillon, de la Flandre, etc;.... Mais les 200
millions de dettes, mais Versailles, mais Marly, ce favori sans mérite,
mais mademoiselle de Maintenon, Villeroi, Tallard, Marsin, etc! Eh! le
soleil n'a-t-il pas ses taches? Depuis Charlemagne, quel est le
souverain, roi de France, qu'on puisse comparer à Louis XIV sur toutes
ses faces[51]?»
_Louis-Philippe_ (passage): Autrefois rue de _Lappe_, nom d'un jardinier
qui l'habitait en 1635.
_Lourcine_ (rue de): Cette rue dépendait au XIIe siècle du fief de
Lourcine (_Laorcinis_) appartenant à la commanderie de St-Jean de
Latran. Elle porte dans certains actes le nom de rue Franchise à cause
du privilége dont les artisans jouissaient sur son territoire.
_Louvre_ (palais du): La véritable origine de ce château est ignorée et
l'étymologie de son nom n'est pas mieux connue; la plus vraisemblable
est celle qu'on tire du mot saxon _louer_ qui en français signifie
château. Presque tous nos historiens font honneur de sa fondation à
Philippe-Auguste; mais il n'est pas difficile de prouver que ce prince
n'a fait que le réparer et l'augmenter. Le Louvre, habité par nos rois,
fut par eux continuellement agrandi et embelli. François Ier
commença, en 1528, un nouveau bâtiment qui ne fut achevé que vingt ans
après, sous le règne de Henri II. Louis XIII le fit augmenter aussi et
posa la première pierre des nouvelles constructions au mois de juillet
1624. Sous Louis XIV, les augmentations furent plus considérables
encore; c'est alors que s'éleva la magnifique colonnade exécutée d'après
les dessins de Perrault qui de médecin devint architecte. Napoléon
Ier donna une impulsion nouvelle aux travaux que la Révolution avait
interrompus, et, de notre temps, nous avons vu se réaliser le projet
longtemps ajourné de la réunion du Louvre aux Tuileries, projet dont le
premier, dit-on, Henri IV eut la pensée.
Dans les _Mémoires de Tavannes_, on lit un passage singulièrement
curieux pour l'époque et relatif à l'achèvement du Louvre: «... Mais à
la vérité, pour faire de tels bâtiments, dit le contemporain de François
Ier, il faudrait que le roi de France fût au moins seigneur de tous
les Pays-Bas, en bornant son état de la rivière du Rhin, en occupant les
comtés de Ferrette, de Bourgogne, Franche-Comté et Savoie qui seraient
les limites devers les montagnes d'Italie, et d'autre part le comté de
Roussillon et ce qui va jusqu'au proche des Pyrénées.»
La galerie des tableaux, ou Musée du Louvre, est une des plus riches de
l'Europe. Toutes les grandes écoles Italienne, Flamande, Espagnole,
Française y sont représentées par d'admirables chefs-d'oeuvre, peinture
et dessins.
Dans le Louvre se voient également le Musée des Souverains, le Musée de
la Marine, la galerie Sauvageot, etc.
_Lune_ (rue de la): Ce nom vient d'une enseigne.
_Luxembourg_ (palais et jardin du):
J'aime du Luxembourg la pose solennelle:
Aux quatre points du ciel il élargit une aile;
Sous une Médicis, le ciseau florentin
Voulut donner ce Louvre au vieux quartier latin;
Le temps, qui ronge tout de ses dents incisives
N'a pas encor mordu sur ces pierres massives;
Vierge d'impur ciment, fort de son unité,
Ce compacte château vit pour l'éternité.
Il étale au dehors de ses murs granitiques
La colonne toscane aux bracelets antiques,
Et semble dédaigner dans son style grossier
Ces frêles ornements que cartonne Percier,
Ces colonnes d'un jour qui, pour être immortelles,
Coiffent leurs chapiteaux de bonnets de dentelles,
Ces feuillets de sculpture où, par quatrains égaux
L'architecte galant écrit ses madrigaux.
J'aime surtout ses bois, terrestres élysées;
Ses pelouses de fleurs par des talus brisées;
La mousse en relief sur les murs décrépits;
L'allée où le gramen déroule ses tapis;
Ses autels où la fable a sculpté ses idoles;
Les cygnes du bassin, gracieuses gondoles;
Et les lacs de gazon qu'un balustre épineux
Borde, en faisant courir ses losanges de noeuds.
Là, toujours indocile au goût systématique,
Quelque plan imprévu rompt les lignes d'optique;
Là, rien n'attriste l'oeil, car un heureux dédain
Au compas de Lenôtre enleva ce jardin.
Ces vers du poète de la _Némésis_, écrits en 1831, et si remarquables au
point de vue historique et descriptif, étaient plus vrais alors
qu'aujourd'hui, surtout en ce qui concerne le jardin si malheureusement
mutilé et diminué en dépit des réclamations les plus instantes. La
suppression de la Pépinière en particulier, en vue de mesquins calculs
financiers, a été un acte véritable de vandalisme qui ôte beaucoup au
jardin de son caractère pittoresque. Espérons maintenant que les
terrains, distraits par un plan malencontreux du Luxembourg, lui seront
rendus, plantés à nouveau d'arbres et d'arbustes pour l'agrément des
promeneurs et de la nombreuse population enfantine du quartier à
laquelle c'est un devoir comme un bonheur de penser.
[49] La Feuillade d'ailleurs, brave jusqu'à la témérité, avait des
talents militaires.
[50] Il avait été nommé en 1831.
[51] Gourgaud et Montholon: _Mémoires dictés à Sainte-Hélène_, T. VII.
M
_Macdonald_ (rue): Macdonald (Étienne), duc de Tarente, né en 1765, mort
en 1840. «Il était de ceux dont les dehors heureux sont, d'une âme pure
et généreuse, la digne et fidèle image. Rien en lui ne dissimulait. Son
âme ressortait dans tous les traits de sa noble figure.» Ainsi s'exprime
M. de Ségur qui n'est point démenti par les faits. Deux épisodes
seulement:
À Wagram, avec deux divisions, Macdonald enfonce le centre de l'armée
autrichienne couvert par plus de 200 pièces de canon.
«C'est à présent entre nous à la vie, à la mort!» lui dit, en le nommant
maréchal de France sur le champ de bataille, l'Empereur qui avait conçu
contre le brave général des préventions mal fondées.
Après cette même bataille, Macdonald fut laissé à Gratz avec un corps
d'armée. L'ordre et la discipline qu'il maintint parmi ses troupes
furent tels que le pays s'aperçut à peine de leur présence. Aussi, les
États reconnaissants vinrent offrir au maréchal, lors de son départ, un
présent de 200,000 florins. Il les refusa ainsi qu'un magnifique écrin,
en disant:
«Si vous croyez me devoir quelque chose, je vous laisse un moyen de
vous acquitter par les soins que vous prendrez des 300 malades laissés
par nous dans votre ville.»
Lamartine n'est que juste quand il dit dans le _Chant du Sacre_:
Macdonald, des héros le juge et le modèle,
Sous un nom étranger il porte un coeur fidèle;
Dans nos sanglants revers moderne Xénophon,
La France et l'avenir ont adopté son nom,
Et son bras, dans les champs d'Arcole et d'Ibérie,
En sauvant les Français a conquis sa patrie.
_Madame_ (rue de): Ouverte en 1790 sur un terrain appartenant à S. A. R.
Monsieur (depuis Louis XVIII) qui lui donna ce nom en l'honneur de la
princesse de Sardaigne, Marie Louise Joséphine, sa femme.
_Madeleine_, (église de la): Louis XV posa la première pierre de cette
église le 3 avril 1764. L'architecte, chargé de la construction, était
Coutant d'Ivry auquel succéda, après sa mort arrivée en 1777, Couture
qui modifia heureusement le plan un peu mesquin de son prédécesseur.
Mais le monument sortait de terre à peine lorsque éclata la révolution
qui fit suspendre les travaux. Ils ne furent repris qu'en 1806 par suite
d'un décret de Napoléon, daté de Posen. Mais l'église devenait d'après
le décret: «un monument dédié à la Grande Armée, portant sur le fronton:
L'_Empereur Napoléon aux soldats de la Grande Armée_.» Ce _Temple de la
Gloire_, comme on l'appelait, et dont Claude Vignon avait tracé le plan,
était plus d'à moitié construit, quand les évènements de 1814 et 1815,
arrivèrent. Par suite d'une ordonnance royale du 14 février 1816,
l'édifice fut rendu à sa destination primitive et redevint l'église de
la Madeleine. Claude Vignon néanmoins conserva la direction des travaux
jusqu'à sa mort, arrivée en 1828. Il eut pour successeur M. Huré qui put
enfin terminer l'édifice consacré au culte le 4 mai 1842.
«L'extérieur de ce monument, dit M. L. Lazare, a toute la noblesse des
temples antiques.» Éloge mérité sans doute mais qui pour une église
équivaut presque à une critique d'autant plus que l'édifice assez
magnifique au dehors «entouré qu'il est de colonnes d'ordres
corinthiens, surmontées de chapiteaux d'une richesse remarquable» laisse
beaucoup à désirer pour l'intérieur, qu'il s'agisse de la prédication ou
des cérémonies du culte. Faute de bas-côtés la circulation est
difficile, et il n'y a point à proprement parler de chapelles
particulières.
_Malebranche_ (rue): Né à Paris en 1638, mort en 1715, cet illustre
métaphysicien fut aussi un éminent écrivain. La nature de nos travaux ne
nous a pas permis d'étudier assez longuement les questions
philosophiques et les oeuvres de Malebranche en particulier pour oser
formuler une opinion sur celui-ci. Aussi nous en référons-nous à ce
qu'en a dit un Aristarque plus expérimenté à qui nous laissons,
d'ailleurs, toute la responsabilité de son jugement, ce semble, un peu
sévère:
«Malebranche a fait une méthode pour ne pas se tromper et il se trompe
sans cesse. On peut dire de lui, en parlant son langage, que son
entendement avait blessé son imagination.... Ce Malebranche est bien
hardi à se moquer des hardiesses. Les siennes ont plus d'excès que
toutes celles qu'il reprend. Il y a pourtant en lui des choses
admirables; mais ce n'est pas ce qu'on a cité... Son indépendance des
opinions de Descartes est toute cartésienne. Il est rebelle par
fidélité.
«Malebranche me semble avoir mieux connu le cerveau que l'esprit
humain.» (JOUBERT).
_Mail_ (rue du): Ce nom vient d'un grand _mail_ ou jeu de paume, qui se
trouvait dans cette rue et disparut en 1633, lorsque la ville commença à
s'étendre de ce côté.
_Malaquais_, (quai): Le bord de la Seine en cet endroit, s'appelait
anciennement port _Malaquest_.
Voici une jolie anecdote racontée dans les mémoires du temps. Après la
paix de Vervins, Henri IV, au retour d'une chasse, vêtu fort simplement,
et accompagné de trois ou quatre gentilshommes, vint passer la rivière
au port de _Malaquest_, vis-à-vis la grande galerie du Louvre. Assuré
que le batelier ne le connaissait pas, il prit plaisir à le questionner
et lui demanda en particulier ce que l'on pensait de la paix. L'autre
lui répondit:
«Pour moi je ne sais pas de quelle paix vous parlez; mais on a plus de
mal que devant et nous payons plus d'impôts que pendant la guerre.
Tenez, il n'y a pas jusqu'à ce méchant _bachot_ qui ne paie impôt et
pourtant j'ai assez de peine à vivre sans cela.
--Et que dit le roi là dessus? reprit Henri IV, ne parle-t-il point d'y
donner ordre?
--Le roi est assez bon homme, et je crois, entre nous, que cela ne vient
pas de lui; mais par malheur il a pour amie une certaine dame, comtesse
ou duchesse, qui nous ruine tous; car, sous ombre de belles robes et
affiquets qu'elle se fait donner tous les jours, le pauvre peuple pâtit;
vu que c'est lui qui paie tout, et pour sûr, ce n'est pas un bon emploi
de l'argent qui coûte si cher.
--Vous trouvez, mon brave homme? et de vrai, vous n'avez pas trop tort,
dit le roi en riant et sautant du bateau qui venait d'aborder. Mais il
avait oublié (avec intention sans doute) de payer le pauvre batelier
désappointé qui se mit à crier, donnant les passagers à tous les
diables.
--Retirons-nous, Messieurs, dit le prince à ses compagnons, et riant
plus fort, nous avons cette fois notre charge.
Le lendemain, il fait venir au Louvre l'honnête batelier et lui commande
de répéter, devant la duchesse de Beaufort, tout ce qu'il avait dit la
veille. Notre homme, sans s'intimider, obéit et répéta sa tirade en
n'omettant rien des dures épithètes et des vérités rudes pour l'oreille
de la duchesse. Aussi la dame furieuse le voulait faire pendre.
--Eh! doucement, doucement, dit le roi qu'amusait fort la colère de la
dame; je prends sous ma protection ce brave homme, qui y va tout de la
bonne foi et ne répète que ce qu'il a ouï dire; c'est à nous d'en
profiter. Non-seulement il ne lui sera rien fait, mais je veux qu'à
l'avenir il ne paie plus d'impôt pour son bateau, car c'est de là qu'est
venu tout le tapage.
--Vive le roi, notre bon roi! s'écria le batelier tout joyeux. Sire,
grand merci, n'oubliez pas que mon bateau est à votre service et gratis
toutes les fois qu'il vous fera plaisir de passer.
_Marais-St-Germain_ (rue des): Ouverte en 1540 sur une partie de
l'emplacement dit le _Pré aux Clercs_. Sa dénomination vient des
terrains marécageux qui l'environnaient. Au XVIe siècle, elle était
presque tout entière habitée par les protestants et pour ce motif on
l'appelait petite Genève. Racine demeurait au nº 21 et il y mourut en
1699.
_Marigny_ (avenue de): Doit son nom au marquis de Marigny, directeur
général des bâtiments et jardins du roi Louis XV, grâce à Madame de
Pompadour, la trop célèbre favorite, dont il était frère. Triste
parenté!
_Saint-Marcel_ ou _Marceau_ (rue): «On rapporte au temps des empereurs
Gratien et Théodore le pontificat de saint Marcel, le plus illustre et
le plus connu des évêques de Paris depuis saint Denis. Il prit naissance
dans Paris même, d'une famille dont il devint le principal ornement.
Instruit de bonne heure dans les devoirs de la religion chrétienne, il
passa sa jeunesse dans les exercices de la piété la plus exacte; humble,
modeste, chaste, mortifié, et d'une maturité au dessus de son âge. Une
conduite si réglée porta son évêque nommé Prudence, successeur de Paul,
aussi évêque de Paris, à lui donner rang dans le clergé. Il le fit
d'abord lecteur, puis sous-diacre, et ensuite prêtre. Il exerça les
fonctions de ces différents ordres avec tant d'édification du clergé et
du peuple, que nul ne parut plus digne que lui de remplir le siége
épiscopal après la mort de l'évêque Prudence. Quelque répugnance qu'il
eût à se charger d'un si grand fardeau, il soumit sa volonté à celle de
Dieu qui se déclarait trop ouvertement par la voix des hommes. On sait
peu de chose du reste du pontificat de saint Marcel. Son historien,
Fortunat, s'est bien moins étendu sur ses actions que sur ses miracles
selon le génie de son siècle[52].»
_Marie_ (pont): A pris son nom de Christophe Marie, associé avec
Poulthier et François le Regrattier, trésoriers des Cents-Suisses, qui
le construisirent à leurs frais (1613 à 1635) «à condition que, pour se
dédommager des dépenses excessives qu'ils étaient obligés de faire, dit
Germain Brice, on leur donnerait des places dans l'île Notre-Dame et sur
les bords de la rivière, qui leur appartiendraient en propre, ce qui
leur fut accordé.»
_Trois-Maries_ (place des): Ce nom vient d'une enseigne.
_Marivaux_ (rue de): Marivaux (1688-1763) est connu surtout par son
théâtre. Le dialogue a de la finesse et de la grâce, mais avec trop de
recherche. Aussi la critique, en exagérant peut-être, pour qualifier la
manière de l'auteur, inventa le mot: _marivaudage_.
_Marmousets_ (rue des):
En la rue du Marmouset
Trouvai homme qui m'eut fait
Une muse corne bellourde[53].
«C'est de temps immémorial, dit le vieux du Breuil[54], que le bruit a
couru qu'il y avait en la cité de Paris, rue des Marmousets, un
pâtissier-meurtrier, lequel avait occis en sa maison un homme, aidé à ce
par un sien voisin barbier, feignant raser la barbe, de la chair
d'icelui faisait des pâtés qui se trouvaient meilleurs que les autres
d'autant que la chair de l'homme est plus délicate, à cause de la
nourriture, que celle des autres animaux. Et que cela ayant été
découvert, la Cour du Parlement ordonna qu'outre la punition du
pâtissier, sa maison serait rasée, et outre ce, une pyramide ou colonne,
érigée au dit lieu, en mémoire ignominieuse de ce détestable fait, de
laquelle reste encore part et portion en la dite rue des Marmousets.»
Une maison, dite des _Marmousets_, existait dans cette rue en 1206 et
lui donna son nom. Était-ce la maison dont «la démolition avait été
faite pour grand crime commis en ïcelle» ainsi qu'il est déclaré, sans
autrement spécifier, dans les lettres patentes octroyées par François
Ier à Pierre Belut, conseiller au Parlement, pour rebâtir la place
étant demeurée vague pendant plus de cent ans.»
Bien qu'on ne trouve nulle part ni procédure ni arrêts relatifs à ce
crime horrible, il ne s'ensuivrait point forcément qu'il ne fût pas
commis et que des écrivains soient fondés à le déclarer purement
légendaire, un conte à la façon de ceux de _Barbe-Bleue_ ou
_Croquemitaine_. «On sait que, dans les crimes atroces et
extraordinaires, il a toujours été d'usage, et même dans les derniers
temps de la monarchie, dit Saint-Victor, de jeter au feu les
informations et la procédure pour ne pas la rendre croyable.»
Quoique ce système soit condamné par la pratique actuelle, on se demande
si la manière de nos pères n'était point préférable, et si le silence,
en certains cas, n'avait pas moins d'inconvénient que cette publicité
bruyante, excitant fatal pour les imaginations malades et cause
peut-être de nouveaux crimes.
À propos de cette même rue, voici une anecdote assez curieuse que nous
aurions regret d'oublier. Bien que sous Philippe-Auguste on eût pavé la
plupart des grandes voies de Paris, ce bienfait ne s'étendit point
immédiatement à tout le reste de la ville, et même par le malheur des
temps, sous les successeurs du vainqueur de Bouvines, après saint Louis
surtout, soit l'entretien, soit l'exécution des travaux, fut souvent
négligé. Il n'y eut enfin pour la voirie de police régulière que sous le
règne de Louis XIV. «Or, dit à ce sujet, un contemporain, le commissaire
Delamarre, ceux d'entre nous qui ont vu le commencement du règne de Sa
Majesté, se souviennent encore que les rues de Paris étaient si remplies
de fange que la nécessité avait introduit l'usage de ne sortir qu'en
bottes; et quant à l'infection que cela causait dans l'air, le sieur
Courtois, médecin, qui demeurait alors rue des _Marmousets_, a fait
cette petite expérience par laquelle on jugera du reste. Il avait, dans
sa salle sur la rue, de gros chenets à pomme de cuivre et il a dit
plusieurs fois aux magistrats et à ses amis que, tous les matins, il les
trouvait couverts d'une teinture épaisse de vert de gris, qu'il faisait
nettoyer pour faire l'expérience du jour suivant; et que, depuis l'an
1663, que la police du nettoiement des rues a été rétablie, ces taches
n'avaient pas reparu.»
Depuis cette époque pareillement «on n'a plus vu à Paris de contagions
et beaucoup moins de ces maladies populaires dont la ville était si
souvent effrayée dans les temps que le nettoiement des rues était
négligé.»
Une anecdote encore: Louis, fils du roi Philippe Ier, avait fait
abattre, de son autorité, partie d'une maison de cette rue des
Marmousets près de la porte du cloître qui appartenait au chanoine
Duranci: elle _saillait trop_ à son gré et rendait peut-être le passage
incommode. Le chapitre de Notre-Dame réclama en invoquant ses priviléges
et immunités. Louis reconnut son tort, promit de ne plus rien attenter
de semblable et consentit à payer l'amende qui fut fixée d'un commun
accord.
Ainsi le souverain, dans ce temps qu'on nous représente parfois sous
d'aussi étranges couleurs, donnait le premier l'exemple en témoignant de
son respect pour le droit.
_Marsollier_ (rue): Compositeur de musique, né à Paris en 1750,
Marsollier est mort à Versailles, le 22 avril 1817.
_Martignac_ (rue de): Jean-Baptiste-Sylvère Gaye, vicomte de Martignac,
né à Bordeaux (20 juin 1770), est mort à Paris, le 3 avril 1832. On voit
au père La Chaise la tombe de cet homme d'État, l'un des ministres de la
Restauration. Orateur éloquent, par la noblesse de son caractère et ses
qualités privées, il avait su se concilier de nombreuses sympathies.
_Saint-Martin_ (porte): Elle fut élevée en 1674, d'après les dessins de
Pierre Bullet, élève de Blondel, et en l'honneur de Louis XIV
victorieux, comme la porte Saint-Denis.
_Saint-Martin_ (rue):
Et en la rue St-Martin
Là ouïs chanter en latin
De Notre-Dame moult de chants.
La rue _St-Martin_ a pris son nom de la grande abbaye à laquelle elle
conduisait et du Saint qui est une des grandes gloires de l'église de
France.
_Martyrs_ (rue des): Elle doit son nom à une chapelle érigée à l'endroit
où l'on croit que saint Denis et ses compagnons furent décapités.
_Masséna_ (rue): Masséna, prince d'Essling, et maréchal de France,
s'illustra pendant les guerres de la République et de l'Empire. On sait
que le constant bonheur, qui l'accompagna sur tant de champs de
bataille, lui avait fait donner par ses soldats le surnom envié de:
_l'Enfant chéri de la Victoire_.