«Au fond d'une assez vilaine maison, dit de son côté Ste-Foix, qui a

pour enseigne la _Croix de fer_, on voit une salle très vaste voûtée et

haute d'environ quarante pieds. C'est un reste de l'ancien palais des

Thermes, et un précieux monument de la façon dont bâtissaient les

Romains...» Ce fut la demeure ordinaire de nos rois de la première race.

«Childebert, écrit Fortunat, allait de son palais par ses jardins,

jusqu'aux environs de l'église St-Vincent.» Les princesses Gisla et

Rotrude, filles de Charlemagne, y furent reléguées après sa mort. Ce

grand homme avait un peu trop fermé les yeux sur leur conduite,

apparemment par cette même tendresse qui l'avait empêché, dit le P.

Daniel, de les marier.

Beaucoup de gens se trompent donc qui croient que cette rue s'appelle

ainsi en souvenir de La Harpe, l'auteur du _Cours de Littérature

ancienne et moderne_.

_Haussmann_ (boulevard): Notre introduction, ainsi qu'on l'a vu,

contenait une appréciation en quelques lignes de l'oeuvre de M.

Haussmann, le Paris transformé, comme disaient les courtisans. Nous

revenions ici sur ce sujet plus longuement et plus sévèrement, mais dans

les circonstances actuelles, il nous paraît convenable de retrancher de

cet article tout ce qui concernait M. Haussmann puisque nous aurions

plus à blâmer qu'à louer; car dans cette gigantesque entreprise,

poursuivie avec une hâte et une activité fiévreuses, et l'on sait au

prix de quels sacrifices, ou plutôt de quelles ruines, si l'on voit

d'excellentes choses, des choses urgentes, indispensables, habilement

exécutées, combien qui ne sont que pour l'ostentation et font de Paris

une ville impossible!

_Haxo_ (rue): Il y eut deux généraux de ce nom, le premier, Nicolas

Haxo, qui périt au combat de la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1794; le

second, François-Nicolas, baron de Haxo, neveu du précédent, général de

division du génie, mort en 1838, à l'âge de soixante-quatre ans.

Cette rue Haxo est devenue célèbre par un récent et trop tragique

évènement! C'est là, dans une sorte d'enclos qui s'y trouve, qu'ont été

fusillés ou plutôt assassinés, pêle-mêle et Dieu sait avec quelles

horribles circonstances! (le 26 mai 1871), comme otages de la Commune et

martyrs du devoir, onze prêtres ou religieux et trente-neuf gendarmes ou

gardiens de la paix. Parmi les ecclésiastiques, nous citerons, l'abbé

Planchat, aumônier du patronage Ste-Anne, le séminariste Seigneuret, et

les jésuites Olivain, Caubert, de Bengy, dont les tombes se voient

maintenant, dans l'église du Jésù, avec celles de leurs deux confrères,

morts comme eux pour la foi, à la Roquette.

_Hautefeuille_ (rue): D'après Jaillot, elle a pris ce nom à cause des

arbres hauts et touffus qui bordaient jadis la voie. «Il appuie son

opinion, dit Lazare, sur un article des premiers statuts faits pour les

Cordeliers, d'après lequel le jeu de paume est interdit aux religieux

sous la _Haute-feuillée_.»

_Haudriettes_ (rue des _Vieilles_): Ce nom vient du couvent des

religieuses dites _Haudriettes_, qui avaient pour fondateur Étienne

Haudri.

_Heaumerie_ (rue de la): Elle doit son nom à une enseigne représentant

un _heaume_ (casque). La plupart des maisons d'ailleurs étaient occupées

par des _Heaumiers_ (armuriers.)

_Honoré_ (rue _St_): On ne sait pas quel nom elle portait avant de

prendre celui qu'elle porte actuellement, et qui n'est pas fort ancien;

car il ne lui fut donné paraît-il, qu'après la construction de l'église

St-Honoré. «C'est une des rues les plus marchandes de Paris, dit Sauval,

surtout, depuis le _cimetière_ St-Innocent jusqu'à St-Honoré, non pas

toujours des deux côtés à la fois, mais alternativement et avec

interruption tantôt d'un côté tantôt de l'autre. Et de fait, depuis la

rue des _Déchargeurs_ jusqu'à la rue _Tirechape_, les maisons sont

habitées par de riches drapiers qui les louent bien chèrement et dont

les boutiques et les magasins sont pleins de marchandises et de draps de

toute sorte. De l'autre côté vis-à-vis, elle n'est occupée que par des

fripiers mal fournis et autres semblables artisans qui ne font pas grand

trafic et qui louent peu leurs logis.... De savoir maintenant la raison

de cette alternative de trafic si bizarre dans une même rue, c'est une

chose difficile autant que de dire pourquoi les drapiers sont sortis de

la rue de la _Vieille Draperie_, les Passementiers de la rue de la

_Vieille Monnaie_, etc.»

_Honoré-Chevalier_ (rue): Nom d'un des principaux propriétaires

riverains au XVIe siècle.

_Huchette_ (rue de la):

La rue de la Huchette à Paris

Première dont pas n'a mépris,

doit son nom à une enseigne. Au commencement du XVIIe siècle, on

l'appelait aussi des _Rôtisseurs_ à cause du grand nombre d'industriels

en ce genre qu'on y voyait et dont les établissements par leur grandeur

et la multitude des fourneaux, causèrent, disent les auteurs du temps,

un tel étonnement au père Bonaventure Catalagirone, l'un des

négociateurs de la paix de Vervins, qu'à son retour en Italie, il ne

parlait de cette rue pantagruélique qu'avec stupeur: «_Veramente queste

rotisserie sono causa stupenda._»

«À toute heure du jour, dit l'auteur du _Tableau de Paris_, on y trouve

des volailles cuites; les broches ne désemparent point le foyer le plus

ardent; un tourne-broche éternel, qui ressemble à la roue d'Ixion,

entretient la torréfaction. La fournaise des cheminées ne s'éteint que

pendant le carême; et si le feu prenait dans cette rue dangereuse par la

construction de ses antiques maisons, l'incendie serait inextinguible.»

_Hurleur_ (rue du _Grand_): Origine douteuse. L'opinion la plus probable

est celle qui fait venir cette dénomination du nom propre Heu-leu,

Hugues le Loup, par corruption _Hurleur_.

I

_Imprimerie Nationale_: François Ier, par lettres patentes du 17

janvier 1538, nomma Conrad Néobard, son imprimeur, l'imprimeur du roi et

jouissant de priviléges très-étendus. Mais l'Imprimerie royale,

proprement dite, ne fut créée que beaucoup plus tard, sous Louis XIII;

elle doit sa fondation à Richelieu, en 1640, et dès l'origine, elle se

distingua par la perfection de ses produits. Des types choisis, une mise

en page intelligente, un beau et bon papier, le tirage très net,

recommandent le premier livre imprimé dans l'établissement. C'était un

in-folio: _de Imitatione Christi_, que suivit ou précéda un _Novum

Testamentum_ dans le même format.

Les ateliers étaient établis dans une des ailes du Louvre, où ils

restèrent jusqu'à l'année 1808. Alors, par un décret en date du 6 mars,

l'Imprimerie Impériale fut transférée rue Vieille-du-Temple, dans

l'ancien Palais-Cardinal, approprié à cet effet, et elle s'y trouve

encore. Les ateliers, vastes et bien aérés, non moins bien éclairés, se

divisent en ateliers de fonderie, composition, impression, séchage,

brochage, reliure, etc. Le nombre des ouvriers et ouvrières, en temps

ordinaire, s'élève à 1,000 environ, d'après M. L. Lazare, et chacun

d'eux, après trente années de service, a droit à une pension de

retraite.

Une anecdote en terminant. Lors de la visite que le pape Pie VII, venu à

Paris pour sacrer l'Empereur, fit à l'Imprimerie Impériale, quand il

entra dans les ateliers, les ouvriers, compositeurs, imprimeurs, etc.,

se découvrirent soudain respectueusement, un seul excepté qui d'un air

rogue, malgré les observations et les murmures de ses camarades,

s'obstinait à garder sa casquette.

«Mon ami, dit le pape avec douceur en s'approchant de lui,

découvrez-vous, la bénédiction d'un vieillard porte toujours bonheur.»

À ces mots non-seulement l'ouvrier fut prompt à retirer sa casquette,

mais, tremblant d'émotion et les yeux pleins de larmes, il voulut

s'agenouiller pour recevoir la bénédiction du souverain pontife.

_Innocents_ (_Marché des_): Établi sur l'emplacement du cimetière et de

l'église des _Saints-Innocents_, construite au temps de Louis VII, dit

le Jeune. Ce ne fut que longtemps après (1786) qu'on démolit avec

l'église les fameux charniers, contigus au cimetière. Ils consistaient

en une grande galerie voûtée dans laquelle se faisaient enterrer les

privilégiés de la fortune. Cette galerie pavée de tombeaux, tapissée de

monuments funèbres, servait néanmoins de passage aux piétons, et pour ce

motif était encombrée de boutiques de mercerie, lingerie, modes (étrange

rapprochement!) et de bureaux d'écrivains publics. Elle occupait une

partie de la largeur actuelle de la rue de la Ferronnerie. «C'est au

milieu des débris vermoulus de trente générations qui n'offrent plus que

des os en poudre, dit Mercier, c'est au milieu de l'odeur fétide et

cadavéreuse qui vient offenser l'odorat, qu'on voit celles-ci acheter

des modes et celles-là dicter des lettres amoureuses.»

Lors de la démolition de l'église, en 1786, fut construite la fontaine

dite des Innocents dont les matériaux, pour la plus grande partie,

provenaient d'un monument adossé à l'église et formant l'angle des rues

aux Fers et Saint-Denis. L'idée et l'exécution font honneur à

l'ingénieur nommé Six. Cinq des figures de Naïades sont de Jean Goujon,

et ajoutent beaucoup, par leur admirable exécution, à la valeur du

monument.

_Institut._ Ancien collége des Quatre-Nations fondé par Mazarin et pour

lequel il avait légué une somme de deux millions en argent, plus 45,000

livres de rentes sur l'Hôtel-de-Ville de Paris. Le collége s'appelait

des Quatre-Nations, pour indiquer les pays appelés à jouir des bénéfices

de cette fondation. Là, devaient être élevés les enfants des

gentilshommes ou principaux bourgeois de Pignerol et son territoire, de

l'Alsace et pays d'Allemagne, de l'État ecclésiastique, de Flandre et de

Roussillon. Le collége a subsisté jusqu'à la Révolution française.

_Invalides_, (Hôtel des): Commencé sous Louis XIII par les ordres de

Richelieu qui confia la direction des travaux à Libéral Bruant, il fut

complété et achevé sous Louis XIV. La partie de l'édifice exécutée sur

les plans de L. Bruant se compose de la cour d'honneur entourée

d'arcades, des bâtiments qui l'environnent et de l'église. Le reste est

l'oeuvre de Mansart.

«Plus les âges qui ont élevé nos monuments ont eu de piété et de foi,

dit un éloquent écrivain[47], plus ces monuments ont été frappants par

la grandeur et par le caractère. On en voit un exemple remarquable dans

l'Hôtel des Invalides et dans l'École militaire; on dirait que le

premier a fait monter ses voûtes dans le ciel à la voix du siècle

religieux, et que le second s'est abaissé vers la terre à la parole du

siècle athée.

«Trois corps de logis, formant avec l'église un carré long, composent

l'édifice des Invalides. Mais quel goût dans cette simplicité! quelle

beauté dans cette cour qui n'est pourtant qu'un cloître militaire où

l'art a mêlé les idées guerrières aux idées religieuses, et marié

l'image d'un camp de vieux soldats aux souvenirs attendrissants d'un

hospice! C'est à la fois le monument du _Dieu des Armées_ et du _Dieu de

l'Évangile_. La rouille des siècles qui commence à le couvrir lui donne

de nobles rapports avec ces vétérans, ruines animées, qui se promènent

sous ces vieux portiques. Dans les avant-cours, tout retrace l'idée des

combats: fossés, glacis, remparts, canons, tentes, sentinelles.

Pénétrez-vous plus avant, le bruit s'affaiblit par degrés, et va se

perdre à l'église, où règne un profond silence. Ce bâtiment religieux

est placé derrière les bâtiments militaires, comme l'image du repos et

de l'espérance, au fond d'une vie pleine de troubles et de périls.

«Le siècle de Louis XIV est peut-être le seul qui ait bien connu ces

convenances morales, et qui ait toujours fait dans les arts ce qu'il

fallait faire, rien de moins, rien de plus. L'or du commerce a élevé les

fastueuses colonnades de l'hôpital de Greenwich en Angleterre; mais il y

a quelque chose de plus fier et de plus imposant dans la masse des

Invalides. On sent qu'une nation qui bâtit de tels palais pour la

vieillesse de ses armées a reçu la puissance du glaive ainsi que le

sceptre des arts.»

On sait qu'aux voûtes de l'église se voient suspendus les drapeaux de

toutes couleurs, glorieux trophées conquis sur l'ennemi.

Est-il permis de ne pas dire, quoique personne ne l'ignore, que, dans la

crypte de l'église, se trouve le tombeau de Napoléon Ier, dont le

corps, jusqu'en 1840, reposa sous le saule de Sainte-Hélène et qui fut

alors, après vingt-cinq ans, rapporté de la terre d'exil.

_Il est là, sous trois pas un enfant le mesure._

(LAMARTINE).

[47] Chateaubriand. _Génie du Christianisme._

J

_Jacob_ (rue): Doit son nom à la reine Marguerite de Valois qui avait

fait voeu de bâtir un autel et fit construire le couvent et l'église des

Petits-Augustins où s'éleva l'autel _Jacob_.

_Saint-Jacques de la Boucherie_ (Tour): Lors de la démolition de

l'église, vendue, en 1797, comme propriété nationale, cette Tour avait

été conservée. La ville de Paris l'ayant achetée des héritiers Dubois

pour la somme de 250,000, elle fut classée parmi les monuments

historiques, ce qui la mettait pour toujours à l'abri de la pioche des

démolisseurs. La tour, habilement restaurée par l'architecte Th. Ballu,

s'élève maintenant au milieu des frais ombrages d'un square bien connu

des mères de famille du quartier et de leurs gentils bambins.

Voyez se dresser, veuve et seule,

Du sein des arbustes fleuris,

La tour Saint-Jacque, une autre aïeule

Des édifices de Paris.

Longtemps son destin fut précaire;

Mais, comme un riche reliquaire

Que quelque amoureux antiquaire

Conserve précieusement,

Qu'il tonne, qu'il vente ou qu'il pleuve,

Elle est désormais à l'épreuve

Et, sur sa base, au bord du fleuve,

Assise inébranlablement.

a dit un poète contemporain[48]. Au premier étage se voit une statue de

Pascal, et une inscription placée sur l'une des parois rappelle que ce

fut dans la Tour St-Jacques que Blaise fit ses premières expériences

relatives à la pesanteur de l'air.

_St-Jacques_ (rue): A longtemps été divisée en plusieurs tronçons

appelés de noms divers: _Grande rue du Petit-Pont_, _Grande rue

St-Benoît_, _Grande rue St-Étienne des Grès_. Son nom actuel, qu'elle

porte dans toute sa longueur, vient originairement de la chapelle

St-Jacques qui s'y trouvait et que desservaient, depuis l'année 1218,

les religieux dominicains.

_Japy_ (rue): Elle doit son nom à une famille d'horlogers célèbres, dont

le chef, Frédéric Japy, était fils d'un maréchal ferrant de Beaucourt,

arrondissement de Béfort (Haut-Rhin). Après avoir fait son apprentissage

en Suisse, chez un horloger distingué du pays, nommé Perrelet, il vint à

Paris en 1789 «ayant pour toute mise de fonds, dit M. Lazare, ses bras

et son coeur.» Trente ans après, il cédait à ses trois fils son

établissement très-prospère et l'un des plus considérables de France et

même d'Europe.

_Jardinet_ (rue du): A pris ce nom du jardin du collége de l'hôtel

Vendôme situé entre cette rue et celle du Battoir.

_Jean de l'Épine_ (rue): C'était le nom du greffier criminel du

Parlement qui habitait cette rue en 1426 et probablement fit remplacer

par son nom propre celui de la _Tonnellerie_ qu'elle portait. De même la

rue Jean-Pain-Mollet, voisine, cessa de s'appeler du _Croc_, en 1263, à

cause d'un notable bourgeois qui y possédait une fort belle maison et

s'appelait Jean-Pain-Mollet.

_Jeûneurs_ (rue des): Altération du mot _Jeux-Neufs_, nom que portait la

rue vers 1643, parce qu'elle avait été construite sur l'emplacement des

jeux de boules.

_Joubert_ (rue): L'éminent écrivain auquel, dans nos Biographies, nous

avons consacré toute une _étude_, en réalité cependant n'est point celui

qui, dans la pensée de nos édiles, a donné son nom à la rue; mais, comme

on l'a dit, Joubert (Barthélemy-Catherine) né à Pont-de-Veaux en 1769 et

qui se distingua plus avec l'épée qu'avec la plume. Engagé volontaire en

1791, il s'éleva promptement aux premiers grades, général en chef des

Armées de Hollande, Mayence, Italie. Lorsqu'il fut tué à la bataille de

Novi, il comptait trente ans à peine.

_Juifs_ (rue des): Aujourd'hui supprimée. «Les Juifs, dit Sauval, ont

logé à Paris dans plusieurs rues outre la rue des _Juifs_; on croit

qu'ils avaient encore la rue des _Rosiers_, la rue de la _Juivrerie_, la

rue _Violette_, la rue de la _Tixeranderie_, la rue _St-Bon_, de la

_Halle au Blé_, de la _Grande et petite Friperie_, et même qu'ils

étaient propriétaires de toutes les maisons composant ces rues.»

_Joquelet_ (rue): Nom d'un bourgeois de Paris, propriétaire d'une des

maisons de cette rue.

_Jour_ (rue du): Appelée au XIIIe siècle rue _Raoul-Roissolle_, témoin

ce vers de Guillot:

Par la rue de la Croix-Neuve

Ving en la rue _Raoul-Roissolle_.

nom d'un des propriétaires riverains. En 1350, Charles V fit construire,

entre les rues Montmartre et Coquillière, un manége dit Séjour du roi,

et la rue bientôt s'appela du _Séjour_, que le populaire abrégea et dont

il fit la rue du _Jour_.

_Jouy_ (rue de): Ainsi nommée d'un hôtel qui s'y trouvait et qui

appartenait à l'abbé de Jouy (XIIIe siècle).

_Juillet_ (rue du 29): Ouverte en 1826, elle s'appelait rue _du Duc de

Bordeaux_, nom qui fut changé en celui du 29 _Juillet_ par une

ordonnance ministérielle du 19 août 1830, signée Guizot.

_Julienne_ (rue de): Julienne est le nom d'un artiste et amateur célèbre

au temps de Louis XV.

_Jussienne_ (rue de la): Altération un peu bien forte du nom de sainte

Marie l'Égyptienne dont une chapelle s'élevait jadis dans cette rue.

_Jussieu_ (rue de): Les de Jussieu forment une famille dont tous les

membres ont bien mérité de la science. (1606-1758). Au botaniste Antoine

de Jussieu, on dut une méthode de classification qui remplaça celle de

Linnée;--Son frère, Bertrand (1699-1777), est auteur des familles

naturelles. Joseph, autre frère, (1704-1779), voyagea dans l'Amérique

méridionale, d'où il rapporta d'intéressants matériaux. Laurent de

Jussieu, neveu du précédent (1746-1836) publia le _Genera plantarum_ et

laissa un fils du nom d'Adrien (1797-1853) qui fut aussi botaniste

distingué.

_Justice_ (palais de): Existait déjà comme édifice public au temps de la

domination romaine. Réparé et agrandi par les maires du palais, il

devint la demeure des rois sous le règne de Hugues Capet et plusieurs de

ses successeurs l'habitèrent; Louis-le-Gros entre autres y mourut. De

nouvelles constructions s'élevèrent successivement; puis l'édifice

presque en entier fut rebâti par Philippe-le-Bel qui y installa son

parlement.

Les voûtes de la Grande salle, dite aujourd'hui des _Pas Perdus_,

étaient alors en bois et soutenues par des piliers de même matière,

enrichis de dorures sur un fond couleur d'azur. Dans les espaces qui les

séparaient, s'élevaient les statues de nos rois depuis Pharamond. Le 7

mai de l'an 1618, un incendie dont la cause est restée inconnue

détruisit cette salle antique et magnifique et une grande partie des

bâtiments voisins. La salle alors fut reconstruite, mais en pierres de

taille et moëllons, par Desbrosses, l'architecte du palais du

Luxembourg. Les travaux, poussés avec une grande activité, étaient

complètement terminés en 1622.

[48] Amédée Pommier.

K

_Kléber_ (rue): Jean-Baptiste Kléber, fils d'un terrassier de la maison

de Rohan, né à Strasbourg en 1754; d'abord officier au service de

l'Autriche, il rentra en France après avoir donné sa démission et devint

inspecteur des bâtiments publics. Engagé volontaire en 1792, il s'éleva

promptement aux premiers grades et s'illustra dans les armées du Nord et

de Sambre et Meuse. Il périt, comme on sait, en Égypte, assassiné par un

fanatique du nom de Soleiman (14 juin 1800.) «Kléber, c'était le dieu

Mars en uniforme, a dit de lui Napoléon dans ses Mémoires; courage,

conception, il avait tout.»

Si l'on en croit Rovigo, l'aide-de-camp de Desaix, le caractère chez

Kléber n'était point à la hauteur des talents militaires: «C'était un

homme de bien et incontestablement un général brave et habile, mais

d'une bonté et d'une faiblesse de caractère qui contrastaient

singulièrement avec sa haute stature qui avait quelque chose

d'imposant.... Son caractère naturel était frondeur et il disait

lui-même qu'il n'aimait la subordination qu'en sous-ordre. Son esprit,

quoique agréable, n'était pas d'une portée très-étendue... À tous ces

inconvénients se joignait celui d'une ignorance totale dans la conduite

des affaires de cabinet, en sorte qu'il ne pouvait manquer d'être à la

merci de tout le monde et particulièrement de ceux qui voulaient faire

de lui un moyen de rentrer en France.»

Encore que politiquement Kléber en Égypte ait fait des fautes

glorieusement et complètement rachetées par l'homme de guerre, ce

jugement paraît trop sévère et la position particulière de Savary,

auprès de l'Empereur, nous le rend suspect. (Voir _la France héroïque_,

article Marceau).

L

_La Feuillade_ (rue de): La Feuillade, de la maison d'Aubusson,

gouverneur du Dauphiné, et colonel du régiment des Gardes-Françaises,

qui a érigé la statue de Louis XIV à la place des Victoires, a fait sa

fortune par mille quolibets qu'il disait au roi.[49] «Il y a des gens

qui gagnent à être extraordinaires: ils voguent, ils cinglent dans une

mer où les autres échouent et se brisent, dit La Bruyère; ils

parviennent en blessant toutes les règles de parvenir; ils tirent de

leur irrégularité et de leur folie tous les fruits d'une sagesse la plus

consommée; .... ils s'attirent à force d'être plaisants des emplois

graves, et s'élèvent par un continuel enjouement jusqu'au sérieux des

dignités;... ce qui reste d'eux sur la terre, c'est l'exemple de leur

fortune, fatal à ceux qui voudraient le suivre.»

_Laffite_ (rue): On sait la part considérable que ce célèbre banquier

prit à la révolution de 1830 et dont pour sa fortune il n'eut pas à se

féliciter. Il est mort en 1844.

_Lancry_ (rue de): Ouverte en 1776 sur un terrain appartenant aux sieurs

Lancry et Lollot.

_Lard_ (rue au): Ainsi nommée parce qu'on y vendait force lard et

charcuterie.

_La Reynie_ (rue): La Reynie (Gabriel-Nicolas) fut le premier lieutenant

(préfet de police) de Paris et il rendit dans ce poste de grands

services dont Louis XIV le récompensa par le titre de conseiller d'État.

Il mourut en 1709.

_La Rochefoucauld_ (rue de): On ne peut refuser à l'auteur des _Maximes_

le mérite d'un style net, incisif et qui met fortement en relief une

pensée rarement banale; mais le moraliste chez lui ne vaut pas

l'écrivain, car il exagère en calomniant la nature humaine qu'il semble

avoir pris à tâche de nous montrer par ses côtés les plus défectueux. De

la médaille il ne veut voir et découvrir que le revers. À Dieu ne plaise

que l'égoïsme, que l'amour-propre soient les mobiles uniques de nos

actions même les meilleures en apparence! Il est (et non par exception)

d'humbles vertus, d'héroïques dévouements, de sublimes sacrifices

d'autant plus admirables que le motif qui les inspire vient de plus

haut, entièrement généreux et désintéressé.

_Las Cases_ (rue de): Ouverte en 1828, elle a pris en 1830 le nom de

_Las Cases_, auteur du _Mémorial de Sainte-Hélène_. Las Cases est mort

en 1842.

_Lavoisier_ (rue): Lavoisier (Antoine-Laurent), célèbre chimiste qui, à

l'âge de 23 ans (il était né en 1743), avait remporté le prix proposé

par l'Académie des Sciences pour le meilleur mode d'éclairage de la

ville de Paris. Il fut l'une des victimes de la Terreur. (8 mai 1794).

_Lazare_ (prison de Saint): Ce monument remonte à la plus haute

antiquité puisqu'il est mentionné dans un titre de l'année 1110; c'était

alors une maladrerie. Plusieurs siècles après, en 1632, cette maison

devint la propriété des Prêtres de la Mission, institués par

Saint-Vincent de Paul, qui s'y installèrent en l'agrandissant par de

nouvelles constructions; ils l'habitèrent jusqu'au mois de juillet 1789

où l'émeute les en chassa. En 1793, l'établissement devint une prison

trop célèbre sous la Révolution. André Chénier, qui la quitta pour

marcher à l'échafaud en compagnie de Roucher, l'auteur des _Mois_ (7

thermidor 1794), y composa ses magnifiques iambes:

Quand au mouton bêlant la sombre bergerie

Ouvre ses cavernes de mort,

Et le reste.

_Légion-d'Honneur_ (palais de la): Construit en 1786 par le prince de

Salm, cet édifice, devenu propriété nationale, fut affecté par Napoléon

1er à la demeure du grand chancelier de la Légion-d'Honneur et au

service des bureaux.

_Le Graverend_ (rue): Jurisconsulte éminent, le Graverend, né à Rennes

en 1776, y mourut le 5 novembre 1827.

Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 14 / 25 段