_Feuillantines_ (rue des): Ce nom vient des religieuses Feuillantines

dont le couvent se trouvait dans l'impasse. Elles étaient venues

s'établir à Paris, en 1622, à la sollicitation de Anne Gobelin, veuve du

sieur d'Estourmel de Plainville, capitaine des gardes du roi. Pour la

construction des bâtiments et de la chapelle cette dame fit don d'une

somme de vingt-sept mille livres. Elle dota également la communauté

d'une rente annuelle de 2,000 livres.

_Feydau_ (rue): Ce nom était celui d'une famille autrefois très-connue

dans la magistrature.

_Fidélité_ (rue de la): Ouverte sur les terrains et bâtiments occupés

jadis par la communauté des Filles de la charité. En 1793, on chassa les

religieuses et les jardins et bâtiments, déclarés propriété nationale,

furent vendus sauf réserve d'une portion de terrain nécessaire pour la

rue projetée. Son nom lui vint du voisinage de l'église St-Laurent

appelée sous la Révolution: _Temple de l'Hymen et de la Fidélité_.

_Figuier_ (rue du): Dès l'année 1300 cette rue était tout entière bâtie.

Elle prit le nom de rue du Figuier parce qu'on voyait très anciennement,

au carrefour formé par les rues du _Fauconnier_, de la _Mortellerie_ et

des _Barrés_, un magnifique figuier qui fut toujours renouvelé jusqu'en

1655; à cette époque, les besoins de la circulation le firent abattre.

_Filles-Dieu_ (rue des): Ce nom vient du couvent des religieuses dites

_Filles-Dieu_ qui s'élevait dans le voisinage.

_Filles St-Thomas_ (rue des): Ce nom vient d'un couvent de religieuses

de l'ordre de St-Dominique qui se trouvait près du Temple et dans

lequel les soeurs s'installèrent en 1632.

_Fléchier_ (rue): Fléchier (Esprit), prédicateur célèbre sous Louis XIV,

mourut évêque de Nîmes en 1710.

_Florentin_ (rue _St_): Cette rue s'appela ainsi à cause de l'hôtel qu'y

fit construire, vers 1678, le ministre Phélippeaux, duc de la Vrillière

et comte de St-Florentin.

_Florian_ (rue): J. P. Claris de Florian, né en 1755, mort en 1794, a eu

la gloire, et seul, de laisser, après La Fontaine, un recueil de fables

populaire et avec toute justice. Si Florian reste au second rang et,

dans sa forme agréable, choisie, délicate pourtant, n'atteint pas à

l'art merveilleux de celui qu'on a nommé par excellence le Fabuliste, il

a d'autres mérites qui le rendent préférable à mettre aux mains des

enfants. Sa morale, davantage à leur portée, d'habitude est très saine

et l'on admire, chez l'officier de dragons devenu poète, cette parfaite

honnêteté de sentiments, cette bonté, cette tendresse, cet accent ému et

sincère où l'on sent à chaque instant vibrer le coeur. Est-il besoin de

citer Le _Lapin et la Sarcelle_, _l'Enfant et les Sarigues_, etc.

Florian avait écrit aussi plusieurs romans, _Estelle_ et _Nemorin_,

_Gonzalve de Cordoue_, etc., dans le genre pastoral et sentimental et,

chose singulière! ils reçurent le meilleur accueil de la société

corrompue du XVIIIe siècle. Aussi faux de ton que certaines peintures

de Boucher ou Lancret, mais non point malhonnêtes comme les toiles de

ces messieurs, ils firent larmoyer nos bisaïeules promptes au sourire

comme aux larmes. On ne lit plus aujourd'hui ces récits démodés qui tous

ensemble ne valent pas une des fables du poète.

_For l'Évêque_ (rue du): C'est-à-dire le Siége de la juridiction

temporelle de l'Évêque.

_Fouarre_ (rue de): Fut ainsi nommée à cause de la paille ou _fouarre_

qu'on y vendait et dont les écoliers se servaient, aux jours de leurs

assemblées et actions publiques, pour joncher les écoles et s'asseoir

tandis que les régents et docteurs se tenaient dans des chaires ou sur

des siéges élevés.

_Four St-Germain_ (rue du): Elle fut ainsi appelée à cause du _four_

banal de l'abbaye St-Germain des Prés construit au coin de la rue

Neuve-Guillemin. Des fours semblables existaient dans les divers

quartiers de Paris, et les habitants étaient obligés, sous peine

d'amende et de confiscation, d'y faire cuire leur pain, ce qui

produisait un revenu assuré et considérable au propriétaire laïque ou

ecclésiastique. Mais de ce monopole il résultait des abus qui le

rendirent oppressif et gênant pour les habitants. Des plaintes

s'élevèrent et si vives, si persistantes qu'enfin Philippe-Auguste, par

une ordonnance de l'année 1200, supprima les priviléges en autorisant

les boulangers à faire construire des fours dans leurs maisons,

moyennant une redevance annuelle par chacun d'eux de neufs sols trois

deniers une obole.

Plus tard, le mot _four_, eut, paraît-il, une autre signification. On

lit dans le journal de la cour de Louis XIV, du 10 janvier 1695: «Il y

avait plusieurs soldats et même des gardes du corps qui, dans Paris et

sur les chemins voisins, prenaient par force des gens qu'ils croyaient

en état de servir et les menaient dans des maisons qu'ils avaient pour

cela dans Paris, où ils les enfermaient et ensuite les vendaient malgré

eux aux officiers qui faisaient ces recrues; ces maisons s'appelaient

fours.»

Le roi, informé de ces faits odieux, ordonna de saisir à la fois tous

ces racoleurs interlopes, et d'instruire immédiatement leur procès. Huit

des plus coupables furent pendus. De leurs interrogatoires et de leurs

aveux il résulta que Paris ne comptait pas moins de _vingt-huit_ de ces

_fours_ ou prisons anonymes dans lesquelles, en outre des conscrits, on

entraînait par force ou par ruse des femmes et des enfants qu'on vendait

pour servir à peupler les colonies d'Amérique. De pareils crimes, non

moins odieux qu'audacieux, pouvaient-ils être trop sévèrement châtiés?

_Francs-Bourgeois_, au marais, (rue des): Vers le milieu du XIIIe

siècle, cette rue déjà construite s'appelait des _Viez Poulies_ d'un jeu

alors fort en vogue et dont les exercices avaient lieu dans une des

maisons de la rue. Vers le milieu du siècle suivant (1350), Jean Roussel

et Alix sa femme firent construire un grand hôtel destiné à servir

d'asile à _vingt-quatre_ pauvres. En 1315, la fille de Jean Roussel,

mariée à Pierre le Mazurier, du consentement de celui-ci, donna cet

hôpital au grand prieur de France avec 70 livres de rente, à condition

de loger deux pauvres dans chaque chambre. La rue s'appela dès lors des

_Francs-Bourgeois_ parce que les pauvres de l'asile étaient _francs_,

c'est-à-dire exempts de toutes taxes et impôts.

_François-Miron_ (rue): Ce fut par les soins de ce prévôt des marchands

justement célèbre que l'_Hôtel de Ville_ put s'achever en 1606. François

Miron ne se borna pas à faire preuve de zèle en stimulant l'architecte

et les ouvriers; il n'hésita pas devant des sacrifices personnels

considérables pour diminuer les dépenses à la charge de l'état, et donna

900 livres de son propre argent et plus de vingt-deux mille livres qui

lui revenaient par les droits de sa charge. On lui doit les ornements de

la façade, le grand perron, les escaliers, le portique et la statue

équestre de Henri IV placée au-dessus de la porte d'entrée.

_François Ier_ (rue): Nous avons été sévère peut-être, dans la

_France héroïque_, pour François Ier homme d'état et souverain. Voici

sur le Restaurateur des lettres une belle page qu'il nous paraît juste

de reproduire: «Mais depuis, dit le seigneur de la Planche, la bonté de

Dieu s'est déployée sur nous et sur toute la France, par la main de ce

grand roi, François Ier de nom, qui nous a tirés comme d'un tombeau

les sciences, les arts, les lettres et bonnes disciplines ensevelies en

une fondrière d'ignorance; et à l'aide d'un Amyot, d'un Jacques Colin et

de tant d'autres excellents ouvriers, nous a rendu les outils de sagesse

tranchants en notre langue maternelle; tellement qu'ils n'y a artisan

qui ne puisse s'il veut, de lui-même, et sans rien dérober à sa besogne,

se rendre savant.»

Citons un autre passage non moins curieux de Brantôme: «De plus, ce roi

a été très bon catholique, sans jamais s'être dérogé de la sainte foi et

religion catholique pour entrer le moins du monde en l'hérésie de Luther

qui commença à venir de son temps: comme fit le roi Henri d'Angleterre,

son bon frère et son contemporain, encore que toutes choses nouvelles

plaisent; mais telle nouveauté ne lui plut point, et ne l'approuva

jamais, disant qu'elle tendait du tout à la subversion de la monarchie

divine et humaine. Il aima et embrassa fort l'Église catholique,

apostolique et romaine, la servant fort révéremment sans aucune

bigoterie et hypocrisie.»

_Franklin_ (rue): Benjamin Franklin, né à Boston, en 1706, simple

ouvrier d'abord, puis prote, et enfin maître imprimeur et devenu l'un

des personnages considérables de la colonie, fut, lors de la guerre avec

la métropole, envoyé en France pour proposer un traité d'alliance qu'il

sut faire accepter par le roi Louis XVI. Il eut également l'honneur de

négocier et signer le traité de paix qui assura l'indépendance des

États-Unis. On lui doit, comme savant, l'invention du paratonnerre.

_Frochot_ (rue): Nicolas-Thérèse-Benoist Frochot (1760-1828), fut préfet

de la Seine de 1800 à 1812, et Paris eut beaucoup à se louer de cet

administrateur éminent.

_Frondeurs_ (rue des): Les troubles de la Fronde, pendant la minorité de

Louis XIV sont célèbres dans notre histoire. Cet endroit sans doute fut

un de ceux où se réunissaient les _Frondeurs_.

G

_Galande_, (rue): Ce nom est visiblement une altération de celui de

Garlande que portait une famille bien connue au XIe siècle:

..... La rue de Gallande

Où il n'a foret ni lande.

(_Le dit des Rues_).

_Gaillon_ (rue): A pris ce nom d'un hôtel qui s'appelait ainsi et sur

l'emplacement duquel s'éleva l'église Saint-Roch.

_Galvani_ (rue): Médecin et physicien italien, né à Bologne le 9

septembre 1737, Galvani mourut dans cette même ville le 4 novembre 1798.

Sa découverte la plus importante est celle de l'_électricité animale_,

comme il l'appelait et que les savants, d'un accord unanime, ont appelée

_Galvanisme_ du nom de son auteur.

_Mauvais Garçons_ (rue des): Cette rue s'appela d'abord rue de Craon,

parce que les seigneurs de Craon y avaient bâti leur hôtel; mais depuis

le règne de Charles VI, «comme ce fut, dit Sauval, dans ce logis-là que

Pierre de Craon se cacha avec d'autres déterminés pour assassiner le

connétable de Clisson, cela fut cause que la rue changea de nom et fut

appelée la rue des _Mauvais-Garçons_.»

Il y avait une rue du même nom donnant d'un bout dans la rue des

Boucheries Saint-Germain; son nom, paraît-il, lui venait d'une enseigne.

_Geindre_ (rue): Jaillot fait venir ce mot de _junior_ employé dans les

anciens titres pour désigner un compagnon, un aide, un commis.

_Geoffroy Saint-Hilaire_ (rue): Étienne Geoffroy Saint-Hilaire

(1772-1844), célèbre naturaliste français, créa l'enseignement de la

Zoologie et par suite les collections et la ménagerie du Jardin des

Plantes. Le nom de cet homme illustre est à bon droit populaire, car,

cher aux savants, il ne doit pas être moins cher aux familles

d'artisans comme aux écoliers de tout âge auxquels, pour les jeudis et

dimanches, il a ménagé un lieu de promenade qui offre tant d'attrait à

la curiosité et où le plaisir s'unit à l'instruction.

_Germain-Pilon_ (rue): Ce célèbre sculpteur (1515-1590), l'émule de Jean

Goujon, mérite une place à part dans l'histoire de l'art, par son talent

original qui n'est point gâté par l'affectation du savoir et la fausse

imitation qu'on pourrait qualifier la parodie de l'antique.

_Saint-Germain des Prés_ (église de): «L'abbaye de Saint-Germain des

Prés, dit Sainte-Foix, proche et hors des murs de Paris, ressemblait à

une citadelle; ses murailles étaient flanquées de tours et environnées

de fossés. Un canal, large de treize à quatorze toises, qui commençait à

la rivière et qu'on appelait la _petite Seine_, coulait le long du

terrain où est à présent la rue des Petits-Augustins (Bonaparte) et

allait tomber dans ces fossés. La prairie, que ce canal partageait en

deux, fut nommée le _grand et le petit prés aux Clercs_, parce que les

écoliers, que l'on appelait autrefois _clercs_, allaient s'y promener

les jours de fête. Le _petit pré_ était le plus proche de la ville.»

En 1460, les fossés furent comblés et sur le terrain qu'ils occupaient

on bâtit un des côtés des rues Saint-Benoît, Sainte-Marguerite et du

Colombier.

_Gouvion Saint-Cyr_ (rue): Le maréchal Gouvion Saint-Cyr (Laurent)

(1764-1830), après avoir pris une part glorieuse aux guerres de la

République et de l'Empire, devint, sous la Restauration, de 1815 à 1821,

ministre de la guerre. On lui dut la réorganisation de l'armée et sur

des bases qui ont mérité les éloges des juges les plus compétents. «Les

lois sur le recrutement, dit quelque part Gouvion Saint-Cyr, sont des

institutions.»

_Grenelle_ (rue de): Elle s'appelait autrefois _chemin de Grenelle_

parce qu'il conduisait à ce village.

_Guillemin_, (rue _Neuve_): S'appelait d'abord rue de la _Corne_, nom

qui lui fut donné «à cause de quelque tête de cerf (que le peuple

appelle _corne_) scellée dans les murs de la maison qui en fait le coin

vers la rue du _Vieux Colombier_.» Ce nom fut ensuite changé en celui de

Guillemin parce que sur le terrain que couvre la rue se trouvait

auparavant un jardin appartenant à une famille de ce nom. «Et parce que

ce mot de Guillemin est un peu proverbial, le peuple, qui se plaît à

tourner tout en raillerie, non content d'avoir ajouté au nom de

Guillemin, propriétaire du jardin, l'épithète de _Croque-sol_, le donna

encore à la rue de sorte qu'il l'appelle plus souvent la rue _Guillemin

Croque-sol_ que la rue Guillemin.»

_Saint-Germain l'Auxerrois_. Cette église est une des plus anciennes et

des plus remarquables de Paris, et il n'en est aucune pourtant dont

l'origine présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existait au

VIIe siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655

ou 656, y fut inhumé. L'église subsista, telle qu'elle avait été bâtie

d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares

l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense; ils la

fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore la trace

aujourd'hui dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils furent

forcés de battre en retraite, ils la détruisirent de fond en comble.

Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la fit rebâtir.

À différentes reprises, elle fut reconstruite ou réparée par l'ordre de

nos rois qui la considéraient comme leur paroisse quand ils eurent fait

du Louvre leur demeure habituelle. Ce qu'on voit de plus ancien dans

l'édifice est le grand portail qui paraît être du siècle de

Philippe-le-Bel; le vestibule ou portique qui le précède ne fut

construit que sous le règne de Charles VII.

_Gesvres_ (quai de): «Il faut se figurer, dit Jaillot, qu'au

commencement du siècle passé, le terrain, qui est entre le

Pont-au-Change et le pont Notre-Dame, allait en pente jusqu'à la

rivière, et qu'il n'était couvert que par quelques vilaines maisons qui

formaient la _Tuerie_ et l'_Écorcherie_. En 1641, le marquis de Gesvres

demanda ce terrain au Roi et, sur l'avis des trésoriers de France, il

obtint des lettres-patentes, au mois de février 1642, lettres qui,

malgré l'opposition des bouchers et des propriétaires de forges du

Pont-au-Change, furent enregistrées le 30 août de la même année: En

voici la teneur:

«Louis (etc.) savoir faisons que Nous, ayant pris en considération les

signalés recommandables services que le marquis de Gesvres nous a rendus

dès sa tendre jeunesse, tant en nos armées qui ont tenu la campagne

qu'es siéges les plus importants dans l'Allemagne, la Flandre et

l'Espagne où, en divers combats et entreprises, il a donné telle preuve

de son courage et de sa valeur, qu'au prix de son sang et de plusieurs

blessures et d'une prison de neuf mois, il a mérité de Nous et du public

l'estime et les gratifications qui sont dues à ceux qui nous servent

avec tant de coeur et de fidélité. À quoi ayant égard comme aux grandes

et excessives dépenses qu'il a faites jusques à présent dans nos armées

et qu'il est encore obligé de continuer à l'avenir à icelui avons....

accordé, donné, octroyé, cédé, quitté, transporté et délaissé du tout à

toujours les places qui sont entre les ponts Notre-Dame et aux

Changeurs, du côté de l'Écorcherie, sur la largeur qui se rencontrera

depuis la culée du pont Notre-Dame jusqu'à la première pile d'icelui,

pour en quelle place y faire construire, à ses frais et dépens, un quai

porté sur arcades et piliers posés d'alignement, depuis le point de la

dite première pile du dit pont Notre-Dame jusques à celles du

Pont-aux-Changeurs de présent construit de neuf: et quatre rues, l'une

de vingt pieds de large avec maisons, qui prendra son embouchure sur le

pont Notre-Dame, etc., etc.»

_Gît-le-Coeur_ (rue): Il y a contestation sur l'origine de cette

dénomination. Piganiol prétend qu'elle vient d'un descendant de Jacques

Coeur, propriétaire d'une des maisons. Cette opinion paraît peu fondée;

la plus vraisemblable et la plus suivie veut que le mot _Gît-le-Coeur_

soit une corruption de _Gilles queux_ ou _Gui le queux_, Gilles le

cuisinier dans le vieux langage.

Au coin de cette rue, François Ier avait fait bâtir un petit palais

communiquant par un escalier avec l'hôtel habité par la duchesse

d'Étampes. Vers le commencement du siècle, Sainte-Foix voulut visiter

cette résidence jadis fameuse et voici ce qu'il raconte: «Le cabinet de

la duchesse d'Étampes sert à présent d'écurie à une auberge qui a retenu

le nom de la Salamandre. Un chapelier fait sa cuisine dans la chambre

du lever de François Ier, et la femme d'un libraire était en couches

dans le petit salon de délices lorsque j'allai pour examiner les restes

du palais.»

_Sic transit gloria mundi._

_Glatigny_ (rue de): Des titres anciens disent qu'on voyait en cet

endroit une maison de _Glatigny_, qui, en 1241, appartenait à Robert et

Guillaume de Glatigny. Au XIVe siècle, cette rue fort mal habitée

s'appela le _Val d'Amour_.

_Gluck_ (rue): Gluck (Christophe Willibald), célèbre compositeur de

musique, (1714-1787), auteur d'_Alceste_, _Iphigénie en Aulide_, etc.

_Gobelins_ (rue et manufacture des): L'établissement des Gobelins, dont

la réputation est européenne, doit son nom à une famille qu'on croit

originaire de Reims et dont le chef «Jéhan Gobelin, teinturier en

escarlate» fonda en 1450 une fabrique bientôt des plus prospères, et qui

resta la propriété de l'un des membres de la famille jusqu'au

commencement du XVIIe siècle. À cette époque, dans une des maisons

qu'il avait acquises de la famille Gobelin, Henri IV fonda

l'établissement que la perfection de ses produits a rendu si fameux.

_Godot de Mauroy_ (rue): Ouverte en 1818 seulement et qui doit son nom

aux frères Godot de Mauroy, propriétaires du terrain.

_Goujon_ (rue _Jean_): _Jean-Goujon_, sculpteur d'un talent délicat

autant qu'original, périt malheureusement dans la fatale journée de la

Saint-Barthélemy (1572). Il fut tué, disent les biographes, d'un coup

d'arquebuse tiré sur lui pendant qu'il travaillait aux sculptures du

Louvre. Possible qu'il se trouvât sur son échafaud, mais je doute qu'en

un pareil moment, il songeât à tenir l'ébauchoir ou le ciseau. Maudite

d'ailleurs la balle et maudit l'assassin, quel qu'il fût, qui nous ont

privés de tant de chefs-d'oeuvre qu'on pouvait attendre encore de

l'artiste dans toute la vigueur de l'âge et le plein épanouissement de

son génie!

_Gracieuse_ (rue): Ce nom vient de Jean _Gracieuse_ qui habitait dans

cette rue, vers 1243, une maison à lui appartenant.

_Grande-Truanderie_ (rue de la): Deux étymologies: les uns font venir ce

nom du vieux mot _truand_ qui signifiait un gueux, un vagabond, un

diseur de bonne aventure, espèce de gens qu'on suppose avoir occupé

cette rue autrefois. D'autres, et c'est le plus grand nombre, font

dériver ce nom du vieux mot _tru_, _truage_ qui signifie tribut, impôt,

subside; Jaillot incline à cette opinion.

_Grange aux Belles_ (rue): Désignation pittoresque dont l'origine est

inconnue.

_Grange-Batelière_ (rue): Origine douteuse: tout ce qu'on sait de plus

précis, c'est que, dans une déclaration faite en 1522, les religieuses

de l'abbaye Saint-Antoine reconnaissent que, le 12 avril 1204, on leur

donna un muids de grains à prendre sur la Grange-Batelière. L'abbé

Leboeuf pense que cette dénomination de _Granchia Batelleria_ provient

des joûtes ou exercices militaires qui se faisaient en cet endroit.

_Gravilliers_ (rue des): En 1250, elle s'appelait _Gavelier_, nom d'un

bourgeois notable qui l'habitait. Par corruption, ce nom s'est changé

en celui des _Gravilliers_, qui sait comment?

_Grenétat_ (rue): On comprend plus difficilement toutefois que ce nom de

_Grenétat_ vienne de d'_Arnetal_, transformé en _Garnetal_ et enfin

_Grenétat_.

_Grégoire de Tours_ (rue Saint): Saint Grégoire de Tours, né à Tours en

559, mourut en 593, dans cette même ville dont il était évêque. Son

grand ouvrage, ayant pour titre _Histoire ecclésiastique des Francs_,

est admirable par la candeur et la sincérité de la narration, quoiqu'il

laisse à désirer au point de vue de la critique historique. Sans ce

trésor, ou cet ensemble inappréciable de faits recueillis par le bon

évêque avec une sollicitude si persévérante, que saurions-nous des

premiers temps de nos annales?

_Grès_ (rue des): Autrefois le passage des _Jacobins_; dès l'année 1220,

les Frères Prêcheurs ou Dominicains eurent, dans la rue Saint-Jacques,

avec un couvent, une église dédiée à saint Jacques le Majeur, leur

patron. C'est de là que leur vint le nom de _Jacobins_, sous lequel

furent généralement connus dès lors les Dominicains de Paris. Ce nom de

_Jacobins_, étrangement détourné de sa signification primitive, sert

aujourd'hui à désigner la pire espèce des révolutionnaires, parce que

les séances d'un club trop fameux sous la révolution, et dont

Robespierre était l'idole, se tenaient dans un ancien couvent des

Jacobins (Dominicains).

_Guénégaud_ (rue): Ce nom vient d'un hôtel appartenant à Henri de

Guénégaud, ministre et secrétaire d'État en 1641.

_Guisarde_ (rue): On lui donna ce nom en souvenir de l'hôtel du

Petit-Bourbon qui, du temps de la Ligue, était habité par la fameuse

duchesse de Montpensier et servait de quartier-général à la faction des

Guises.

H

_Halles_ (les): Avant Philippe-Auguste, le terrain occupé depuis par les

Halles, n'était qu'un grand espace vague appelé _Champeaux_. «Les

malades de la prieuré de St-Ladre, dit Corrozet, avaient dans ce temps

et d'ancienneté acquis le droit de marché et foire publique pour

distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenait près de leur

maison. Mais le roi Philippe-Auguste, ayant fait fermer sa ville de

Paris, acheta le droit d'iceux et ordonna qu'il serait tenu dedans une

grande place vague nommée les _Champeaux_ (petits-champs), auquel lieu

furent édifiés maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places

publiques, pour y vendre toutes sortes de marchandises et les tenir et

serrer en sûreté et fut appelé ce marché les _Halles_, ou _alles_ de

Paris, pour ce que chacun y allait.»

«C'est un endroit qu'il faut éviter, suivant G. Brice, à cause des

embarras continuels qui s'y trouvent.» Cette remarque porterait à faux

maintenant que les réglements de police y ont mis bon ordre en

facilitant la circulation et empêchant l'encombrement par des heures

fixées pour l'arrivée et le départ des voitures qui apportent les

comestibles.

_La Harpe_ (rue de):

Vins en la rue de la Harpe,

Je n'avais hareng ni carpe.

lisons-nous dans _Le Dit des Rues_. Cette voie fort ancienne fut ainsi

nommée à cause d'une enseigne. Du Breuil assure qu'elle s'appelait

auparavant _Ste-Côme_ sans dire d'où lui vient ce renseignement.

Les Rues de Paris, tome troisième Biographies, portraits, récits et légendes · 第 13 / 25 段