nom lui vient paraît-il, d'un boucher nommé Aubry qui y demeurait; car,
outre qu'elle était voisine de la Grande-Boucherie, on la désigne ainsi
dans les plus anciens titres. À une certaine époque, le peuple, par
corruption ou pour abréger, prononçait: _Briboucher_.
_Aubigné_ (rue d'): Agrippa d'Aubigné, né en 1550, mort en 1630, a
laissé des _Mémoires_ sur les guerres de religion auxquelles il prit une
part active. Il était grand'père de Mme de Maintenon.
_Audran_ (rue): Gérard Audran, né à Lyon en 1640, mort à Paris en 1703,
a laissé un grand nombre de gravures qui sont des chefs-d'oeuvre.
Maniant avec une rare habileté la pointe et le burin, ayant au plus haut
degré l'intelligence du dessin, il savait au besoin faire disparaître
les incorrections et les négligences des originaux qu'il reproduisait
d'ailleurs avec une rare fidélité. On cite entre ses planches les plus
remarquables l'_Enée_, la _Sainte-Agnès_, d'après le Dominiquin, la
_Femme adultère_,--_le Temps_--_Pyrrhus_, d'après Poussin; les
_Batailles d'Alexandre_, d'après Lebrun, etc. Audran sut mélanger
parfois heureusement l'eau forte et le burin. Milézia va jusqu'à dire de
cet éminent artiste: «Il n'a point eu d'imitateurs et ne pouvait en
avoir; pour graver comme Audran, il faudrait être ce maître lui-même.»
_Augustins_ (rue des vieux): Elle s'appela ainsi parce que ce fut en cet
endroit que les religieux Augustins eurent leur premier établissement.
_Austerlitz_ (quai et pont d'): On leur donna ce nom en mémoire de la
bataille gagnée, le 2 décembre 1805, par les Français sur les
Austro-Russes.
_Ave Maria_ (rue de): Ce nom fut donné par le roi Louis XI à un couvent
de religieuses de la _Tierce-Ordre pénitente et observante de
St-François_. Ce couvent sert aujourd'hui de caserne.
* * * * *
Parmi les écrits que nous aurons l'occasion de citer dans notre travail
sur les vieilles rues, il s'en trouve de singuliers, et les plus anciens
de tous peut-être: ce sont des poèmes descriptifs, si l'on peut appeler
du nom de _poèmes_ ces litanies peu harmonieuses de vers sur des sujets
qu'on ne s'aviserait guère aujourd'hui de mettre en rimes, comme le dit
le judicieux abbé Leboeuf. Mais les trouvères du XIIe et du XIIIe
siècle, dont la langue rimée était la langue habituelle, trouvaient
plaisir à certaines difficultés. Il faut convenir cependant qu'ils ne
réussissaient pas toujours à les surmonter, et la sèche nomenclature des
_Moustiers de Paris_, de Ruteboeuf, par exemple, n'a pas la grâce de
quelques-uns de ses autres poèmes. Plus curieux, pour le fond comme pour
la forme, me paraît le poème de Guillaume de la Villeneuve, _les
Crieries de Paris_, que j'aurai plus d'une fois l'occasion de citer et
qui commence ainsi:
Or vous dirai en quelle guise
Et en quelle manière vont
Cil (ceux) qui denrées à vendre ont
Et qui pensent de leur preu (profit) faire,
Qui jà ne finiront de braire (crier).
Parmi Paris jusqu'à la nuit
Ne cuidiez-vous (pensez-vous) qu'il leur (anuit) ennuie
Que jà ne seront à séjour:
Oiez qu'on crie au point du jour:
...............
Oisons, pigeons et chair salée,
Chair fraîche moult (beaucoup) bien conraée (parée),
Et de l'allie (sauce à l'ail) à grand planté (abondance).
Et puis après, pois chauds pilés,
Et féves chaudes par delez (auprès),
Aulx et oignons à longue haleine,
Puis après, cresson de fontaine,
Cerfeuil, pourpier tout de venue (tout de même),
Puis après, porète (poirée) menue,
...............
J'ai bon fromage de Champagne,
Or y a fromage de Brie.
...............
Li (les) autres dit autres nouvelles:
Qui vend vieux pots et vieilles pelles! etc.
Il se trouve aussi parfois des vers bien frappés dans _Le Dit des Rues
de Paris_, de Guillot, publié pour la première fois par l'abbé Leboeuf
(T. II de son livre), et dont voici le début:
Maint dit a fait de Rois, de Comte,
Guillot de Paris en son conte;
Les rues de Paris brièment
A mis en rime, oyez comment.
La pièce se termine par ces vers témoignant des bons sentiments de
l'auteur encore que tels autres passages soient moins édifiants:
Le doux Seigneur du firmament
Et sa très douce chère Mère
Nous défende de mort amère.
Quoique assez heureux, ces vers pourtant ne valent pas, pour
l'originalité de l'idée et même pour la forme, le début d'un autre poème
du même genre, par un anonyme, et publié sous ce titre: _Les Rues de
Paris en vers_, dans le savant ouvrage de M. Giraud: _Paris sous le
règne de Philippe-le-Bel_.
Aucunes gens m'ont demandé
Pourquoi me suis si empiré.
Ne me vient pas de maladie,
Il me vient de mélancolie.
L'autre jour à Paris alé (allai),
Oncques mais (jamais) n'y avais été.
Avecque moi menai ma femme.
Emprès (près) rue Neuve-Notre-Dame,
La perdis en un carrefour;
On n'y voit non plus qu'en un four:
D'un côté alla et moi d'autre;
Oncques puis ne vîmes l'un l'autre.
Or ai-je bien fait mon devoir.
Vous saurez bien si je dis voir (vrai),
Quand vous saurez où je l'ai quise (cherchée),
En quel (quelle) manière et en quel (quelle) guise.
En effet, il n'est aucune rue ni ruellette de la ville que l'époux
dolent ne visite et ne nomme; mais à la parfin, la chose faite en
conscience et la dame ne se retrouvant point, non plus que la Creüse
d'Enée, notre homme en prend son parti assez vite, ce semble, et sur un
ton qui ne témoigne pas d'un chagrin bien profond:
Tant l'ai quise que j'en suis las:
Or, la quière qui voudra,
Jamais mon corps ne la querra.
Ce mari-là n'est pas difficile à consoler du veuvage. J'aime à croire
qu'il n'en était pas beaucoup alors sur ce patron.
Maintenant revenons à l'historique des rues.
[33] Apollon et Orphée.
[34] _Le dit. des Rues de Paris_.
[35] Jaillot.--_Recherches sur Paris_, 1772.
[36] Madame de Motteville.
[37] _Description de la Ville de Paris_--4 vol. in-12--1725.
[38] _Chroniques de Saint-Denis_, T. 1er.
[39] On appelait l'Université cette partie méridionale de la ville où se
trouvaient alors à peu près exclusivement les colléges et les écoles.
[40] Histoire de Paris, T. Ier.
B
_Babille_ (rue): Laurent Jean Babille fut échevin de la ville de Paris
en 1762 et 1763. Quels services a-t-il rendus qui lui méritèrent un
souvenir spécial, on ne nous le dit pas. Peut-être seulement
demeurait-il dans cette rue.
_Babylone_ (rue): Elle doit son nom à Bernard de Sainte-Thérèse, évêque
de Babylone, qui possédait plusieurs maisons et jardins sur
l'emplacement desquels fut construit le séminaire des Missions
Étrangères.
_Bailleul_ (rue): C'était le nom d'un président qui y demeurait.
_Baillif_ (rue): Pour _Baillifre_, nom du surintendant de la musique de
Henri IV, qui lui donna des terrains bordant cette voie pour y bâtir.
_Balzac_ (rue de): De Jean Louis de Balzac (1586-1655) on a dit qu'il
fut l'un des écrivains qui ont le plus contribué à former la langue
quoique aujourd'hui on ne lise plus guère ou même pas du tout ses
ouvrages. Ce n'est pas lui d'ailleurs qui a donné son nom à la rue, mais
notre contemporain, Honoré de Balzac, qui y est mort en 1850, à l'âge de
51 ans, au milieu de sa plus grande vogue comme romancier. On ne peut
lui refuser, en dépit de sa fécondité, un talent peu ordinaire. La
_Comédie humaine_ atteste une puissance singulière de conception et
d'observation; mais cette dernière et précieuse qualité trop souvent se
gâte par l'exagération; comme l'a dit fort bien M. de Pontmartin, Balzac
presque toujours vers la fin «se grise avec son sujet», et il ne voit
plus ses personnages qu'à travers une lentille qui grossit démesurément
leurs traits défectueux surtout. Puis le sens moral trop fréquemment lui
fait défaut, et il est peu d'ouvrages de lui qu'on puisse lire sans
inconvénient. Rien qui repose, rien qui rassérène dans ces pages si
souvent désolantes par l'implacable dissection de l'âme humaine. Cet
étrange moraliste (car il avait cette prétention) calomnie la nature
humaine même viciée, et à Dieu ne plaise que notre société, encore que
malade, soit telle qu'il nous la représente d'habitude. Le monde
aristocratique en particulier, qu'il faisait vanité de bien connaître,
lui paraît surtout étranger d'après les types qu'il nous en a laissés,
et qu'on n'y rencontre, assurément, que par une très-rare exception.
D'après ce que nous venons de dire, faut-il s'étonner que l'OEuvre
entier de Balzac ait été condamné par la congrégation de l'Index?
_Barbette_ (rue): Elle s'appela ainsi parce qu'elle passait devant un
hôtel de ce nom célèbre dans l'histoire de Charles VI et construit par
Étienne Barbette, prévôt des marchands sous Philippe-le-Bel. Le duc
d'Orléans, frère du roi (Charles VI), sortant de l'hôtel dit le petit
Séjour de la Reine qu'habitait Isabeau de Bavière, fut assassiné à la
porte Barbette par Jean-sans-Peur et ses mauvais garçons.
_Barillerie_ (rue de la): Vis-à-vis le Palais. Elle porte déjà ce nom
dans un concordat passé en 1280 entre Philippe-le-Hardi et les couvents
de Saint-Maur et de Saint-Éloi. Mais Robertus Cenalis, dans sa
_Hiérarchie française_, l'appelle la rue de la _Babillerie_, via
_locutuleia_, à cause sans doute du parlement voisin où pour plaider il
faut parler «ce qui se fait de vive voix» dit assez naïvement Sauval.
_Barouillère_ (rue): Elle s'appela tour à tour des _Vieilles Tuileries_,
_Saint-Michel_, et enfin de la Barouillère. «Je ne sais, dit Jaillot,
quand on lui donna ce nom, mais il est certain qu'elle le doit à Nicolas
Richard, sieur de la Barouillère, à qui l'abbé de Saint-Germain céda, le
8 octobre 1644, huit arpents à la charge d'y bâtir, et sous la condition
que, si l'on perçait des rues sur ce terrain, on leur donnerait le nom
d'un saint indiqué, qu'on en ferait mettre la statue au coin de la rue
et au dessous les armes de l'abbaye.»
_Barrés_ (rue des): Cette rue doit son nom aux Carmes qu'on désignait
sous le nom de Barrés, en raison de leurs manteaux peints de différentes
couleurs et formant des barres.
_Beaubourg_ (rue): Au commencement du XIe siècle, de pauvres paysans
élevèrent en cet endroit quelques chaumières. L'agrément du site en
attira d'autres qui s'y établirent également et le hameau, qui devint un
village, s'appela _Beau-Bourg_.
Voilà ce que racontent plusieurs historiens d'après une tradition
contestée par Sauval. Suivant lui, cette rue doit son nom à Jean
Beaubourg natif de Beau-Bourg, village ou bourg et paroisse de Brie,
duquel descendait le président Beaubourg, conseiller d'état souvent
chargé par le roi Louis XIII de missions importantes.
_Batignolles_ (rue, place, boulevard des): Ce nom vient de l'ancien
village des Batignolles qui, aussi bien que celui de Monceaux auquel il
fut réuni en 1830, ne se composait que de quelques chaumières ou pauvres
maisons. «Mais dans le mouvement de translation rapide qu'éprouve la
population de Paris du sud-est au nord-ouest, l'humble hameau des
Batignolles a acquis une grande importance.... C'est aujourd'hui une
ville plus étendue, plus riche, plus peuplée que beaucoup de
préfectures.»
Ainsi s'exprimait, en 1861, un des rédacteurs du _Dictionnaire de la
Conversation et de la Lecture_. Depuis lors, les Batignolles n'ont fait
que s'accroître et ce quartier est à présent l'un des plus populeux de
la capitale dont par suite de l'annexion il fait partie.
_Battoir_ (rue du): Ce nom vient d'une enseigne.
_Beaujolais_ (rue): Ouverte en 1784, elle fut nommée ainsi en l'honneur
du comte de Beaujolais, fils du duc d'Orléans.
_Beaumarchais_ (boulevard): Caron de Beaumarchais (1732-1799) doit
surtout sa célébrité à sa comédie: _Le Mariage de Figaro_, une oeuvre
qu'on pourrait qualifier diabolique au point de vue du talent comme de
la morale, et si malheureusement autorisée par la royauté, si follement
applaudie par l'aristocratie dont elle préparait la chute. Dans cette
pièce profondément immorale, mais avec tous les raffinements de l'art le
plus savant, rien qui soit respecté, et j'admire que des femmes, des
jeunes filles même, fût-ce en s'abritant derrière l'éventail pour cacher
leur rougeur, osent assister jusqu'au bout à ce spectacle qui n'est
qu'un long scandale. Qu'importe le talent quand on en fait cet indigne
usage! Qu'importe la verve, qu'importe l'esprit quand ce rire qui
provoque le nôtre n'est que le rire du démon!
_Beaurepaire_ (rue de): S'appelait ainsi dès le commencement du XIVe
siècle (1313). Ce mot, dans le vieux langage, signifie belle demeure,
belle retraite, _beau repaire_.
_Beautreillis_ (rue de): Autrefois rue Girard Becquet. On l'appela rue
_Beautreillis_ à cause d'une belle treille «ou, pour parler à la façon
du temps passé, d'un beau treillis qui faisait une des principales
beautés du jardin de l'hôtel royal de Saint-Paul.... Je dirai encore que
les treilles ont fait longtemps un des principaux ornements des jardins
de nos rois et que, pendant plusieurs siècles, les mûriers, les ormes et
les chênes n'ont passé que pour des arbres champêtres et sauvages qui ne
devaient paraître et faire ombre que dans les forêts.» (Sauval).
_Belle-Chasse_ (rue de): Elle doit son nom au clos de Belle-Chasse sur
lequel fut bâti le couvent des religieuses du Saint-Sépulcre,
vulgairement appelées Religieuses de Belle-Chasse.
La communauté se composait de vingt religieuses seulement qui suivaient
la règle de saint Augustin. On les avait nommées d'abord les Filles à
Barbier à cause d'un fameux traitant (financier) qui leur avait donné
une partie du vaste espace qu'elles occupaient.
_Bellefond_ (rue de): Elle dut son nom à Mme de Bellefond, abbesse de
Montmartre.
_Saint-Benoît_ (rue): Se nomma ainsi parce qu'elle s'étendait le long du
jardin des religieux de Saint-Germain des Prés qui suivaient la règle de
saint Benoît. «Il n'y a pas plus de vingt ans, dit Sauval, qu'elle
s'appelait la rue des _Égoûts_, parce que, jusqu'à ce temps-là, elle a
été coupée en deux et empuantie par un égoût découvert qui maintenant
passe sous le pavé, ce qui est cause qu'on la nomme quelquefois la rue
de l'Égoût couvert.»
_Bergère_ (rue): Dans la table des rues de Valleyre, elle est appelée du
Berger dont on a fait rue _Bergère_.
_Berryer_ (cité): Antoine Pierre Berryer, né en 1788, mort en 1869,
comptait au premier rang de nos orateurs politiques. Un discours de
Berryer à la Chambre s'annonçait comme un évènement et les huissiers se
trouvaient fort empêchés à l'ouverture des portes par l'empressement des
amateurs, curieux et curieuses. Mais les triomphes de Berryer au
Palais-Bourbon s'alternaient (chose rare et qui semble l'exception) avec
ses succès au barreau. Dans les dramatiques procès de cours d'assises
surtout, il avait peu d'égaux parmi ses confrères qu'il a fait pleurer
plus d'une fois, et aussi les jurés et les juges, sans compter les bons
gendarmes. On comprend dès lors l'influence toute puissante de cette
parole émue, passionnée, ardente, de ce geste pathétique, sur la partie
féminine de l'auditoire bientôt tout entier noyé dans les larmes.
Dans notre volume: _Je Politique_, se trouve une _Étude_ développée sur
_Berryer_ que nous avons eu maintes fois, comme journaliste, l'occasion
d'entendre dans nos assemblées politiques. Du reste, il fallait
l'entendre plutôt que le lire, car l'originalité de la forme manquait un
peu à sa phrase trop facilement faite, alors qu'elle n'était plus
soutenue par l'accent fiévreux de la voix et la fougue du geste.
_Bertin Porée_ (rue): Elle portait ce nom dès l'année 1240, et le tenait
d'un bourgeois qui y demeurait.
_Bétizy_ (rue de): a pris ce nom de Jacques Bétizy, avocat au Parlement.
Ce fut dans la deuxième maison à gauche, en entrant par la rue de la
Monnaie, que l'amiral de Coligny fut assassiné, dans la nuit de la
Saint-Barthélemy, (1572), par les séides du duc de Guise, dit le
Balafré. Deux des meurtriers, Le Besme et Pétrucci, après avoir percé de
coups l'amiral, jetèrent le cadavre dans la cour où le duc de Guise,
pour le reconnaître, essuya avec son mouchoir le sang qui couvrait le
visage, et sûr que sa victime n'avait pu lui échapper, il dit: «C'est
bien commencé, allons continuer.»
Faut-il croire au fait suivant rapporté par Pierre Mathieu? «Il affirme
avoir entendu raconter plusieurs fois à Henri IV que, le soir du 26
août, peu d'heures avant le massacre, jouant aux dés avec le duc de
Guise, il parut des gouttes de sang sur la table, et que les ayant fait
essuyer, elles reparurent encore, ce qui le frappa au point qu'il quitta
le jeu.»
Il existait très anciennement une rue de ce nom, témoin ce distique du
_Dit des Rues de Paris_:
En la rue de _Béthisi_
Entré, ne fus pas éthisi (malade d'éthisie).
_Bibliothèque Nationale._ Ce fut en 1721 seulement que les bâtiments de
la rue Richelieu furent affectés au service de la Bibliothèque Royale.
Les livres se trouvaient en dernier lieu placés dans deux maisons ayant
appartenu à Colbert et voisines de son hôtel, rue Vivienne. Mais leur
nombre allant toujours en s'augmentant, sur la proposition de l'abbé
Bignon, conservateur, le duc d'Orléans donna l'ordre de transporter
toutes ces richesses dans le local qu'elles occupent aujourd'hui. Ces
vastes bâtiments étaient un démembrement de l'hôtel Mazarin divisé en
deux parties par les héritiers.
On sait que Charles V doit être regardé comme le fondateur de la
Bibliothèque Royale. La collection d'ouvrages recueillis par lui et
placés dans une tour du Louvre, dite Tour de la Librairie, occupait
trois étages et comptait 910 volumes, nombre considérable pour le temps.
La collection formée par Charles V fut dispersée sous le règne
désastreux de Charles VI; ce fut plus tard Louis XI qui recueillit les
livres épars dans les diverses maisons royales et dont le nombre
s'augmenta vite grâce à la découverte récente de l'Imprimerie. Cette
Bibliothèque, d'abord installée à Blois, puis à Fontainebleau et
constamment augmentée, ne fut transportée à Paris qu'en juin 1595 par
l'ordre de Henri IV. Placée d'abord dans le collége de Clermont, puis
dans une maison de la rue de la Harpe, elle comptait, à la mort de
Louis XIV (1715), environ 70,000 volumes transférés, comme on l'a dit,
dès l'année 1666, rue Vivienne, dans les deux grandes maisons
appartenant à Colbert.
_Bicêtre_ (hospice de): Bicêtre était un château appartenant à la reine
Anne d'Autriche. Destiné d'abord aux Enfants-Trouvés, il est devenu un
vaste hospice pour la vieillesse en même temps qu'un hôpital pour les
aliénés pauvres qu'on y soigne avec sollicitude, et qui, bien entendu,
occupent un bâtiment séparé.
_Bienfaisance_ (rue de la): Elle a pris ce nom en souvenir du docteur
Goetz, qui demeurait au nº 13 et était devenu par son zèle et son
dévouement la Providence du quartier. Il mourut en 1813.
_Bièvre_ (rue de): Ainsi appelée de la rivière voisine.
_Billaut_ (rue): Ci-devant de l'_Oratoire du Roule_, maintenant rue
Jules Favre.
_Blancs-Manteaux_ (rue des):
En la rue des Blancs-Mantiaux
Entrai, où je vis maintes piaux
Mettre en conroi[41] et blanche et noire,
lisons-nous dans le _Dit des Rues de Paris_, ce poème très peu poétique
mais si curieux de Guillot publié par l'abbé Leboeuf[42]. Celte rue se
nommait au XIIIe siècle (vers 1268) de la _Petite Parcheminerie_, quand
les religieux de l'ordre des Serviteurs de la Vierge Marie, mère de
Jésus, vinrent s'y établir et y bâtirent leur couvent: «que nous voyons
encore à l'un de ses bouts, dit un auteur ancien; mais le peuple qui
aime la brièveté quand il s'agit de nommer une chose, voyant l'habit
blanc de ces religieux, laissa là bien vite cette longue traînée de mots
dont était composé leur nom et les appela simplement _Blancs-Manteaux_,
et tout de même leur rue des Blancs-Manteaux,» nom qui se trouve dans
les actes de l'année 1289.
_Blé_ (Halle au): Cet édifice, bâti sur l'emplacement de l'ancien hôtel
de Soissons, fut commencé en 1763 et terminé en 1767, d'après les
dessins de Camus de Mézières. La coupole, construite en 1783 par MM.
Legrand et Molina, mais dont la charpente était en bois, fut détruite
par un incendie dans l'année 1802. Aussi la remplaça-t-on par une
armature en fer et fonte de fer, couverte de planches de cuivre étamé,
sous laquelle la marchandise en toute saison se trouve à l'abri. Nulle
crainte d'incendie maintenant.
_Boïeldieu_, (rue): François-Adrien Boïeldieu, compositeur célèbre,
auteur de la _Dame Blanche_, la _Tante Aurore_, le _Calife de Bagdad_,
le _Pré aux Clercs_, etc. Né à Rouen le 15 décembre 1775, il est mort à
Paris, le 8 octobre 1834. Boïeldieu joignait au génie de l'artiste, les
plus nobles qualités du coeur et de l'esprit. En lisant certains traits
de sa vie, on serait tenté de croire que c'est à lui que pensait Mme
de Bawr quand elle écrivait dans ses _Souvenirs_: «Une remarque que j'ai
toujours eu lieu de faire c'est que les personnes que l'on pleure le
plus longtemps, quand la mort les a frappées, sont celles _qui étaient
bonnes_. Depuis que j'existe j'ai vu mourir bien des gens distingués; la
douleur de leur famille, de leurs amis était vive; mais le temps
produisait sur elle son effet accoutumé, même lorsque ceux dont je parle
laissaient après eux une grande célébrité. En un mot j'ai reconnu que
l'on peut oublier assez promptement l'homme d'esprit ou l'homme de
talent avec lequel on a vécu, mais qu'on n'oublie jamais celui dont
mille circonstances de la vie viennent sans cesse nous rappeler la
bonté.»
_Boissy d'Anglas_ (rue): Le comte de Boissy d'Anglas (1756-1826), député
à la Convention Nationale qu'il présidait dans la fameuse journée du
1er prairial an III (26 mai 1795) et par la fermeté héroïque de son
attitude sauva de l'envahissement des factieux jacobins. Il a suffi de
cette noble page dans sa vie pour rendre son nom à jamais célèbre.
_Bouloi_ (rue du): En 1359, elle est désignée sous le nom de rue aux
Bouliers, dite la _Cour Basile_. Au XVe siècle, c'était la rue Baizile.
Au XVIe, on la nomme rue des Bouliers, dite la cour Basile. Elle prend
ensuite le nom de rue du Bouloi, mot dont l'origine est inconnue.
_Bourgogne_ (rue de): Louis XIV ordonna, par un arrêt de son conseil du
23 août 1707, que la rue prendrait ce nom en l'honneur de son
petit-fils, le duc de Bourgogne, dont la naissance fut accueillie avec
de tels transports. «Chacun, dit Choisy, se donnait la liberté
d'embrasser le roi. La foule le porta depuis la surintendance où madame
la Dauphine accoucha jusqu'à ses appartements; il se laissait embrasser
à qui voulait. Le bas peuple paraissait hors de sens; on faisait des
feux de joie, et tous les porteurs de chaises brûlaient familièrement
la chaise dorée de leur maîtresse. Ils firent un grand feu dans la cour
de la galerie des Princes, et y jetèrent une partie des lambris et des
parquets destinés pour la grande galerie. Bontemps, en colère, le vint
dire au roi qui se mit à rire et dit: «Qu'on les laisse faire, nous
aurons d'autres parquets.» La joie parut aussi vive à Paris et parut de
bien plus longue durée; les boutiques furent fermées trois jours durant;
toutes les rues étaient pleines de tables où les passants étaient
conviés et forcés de boire sans payer; et tel artisan mangea cent écus,
dans ces trois jours, qu'il ne gagnait pas dans une année.»