Mon bien-aimé, ici, près de cette créature qui n'a jamais connu l'amour
dont nous vivons, je te retrouve; auprès d'Irène, dans l'atmosphère de
cette passion tumultueuse qui la consume, tu m'échappais. Voici que tu
me reviens, et que la grande paix d'amour, qui dissipe toutes les
inquiétudes, renaît dans mon coeur. Je ne sais pourquoi, mais, avec
Irène, j'ai maintenant comme un besoin jaloux de garder ton nom pour moi
seule. Ici, je puis comprendre la volupté du renoncement, celle qui sera
mienne et que rien ne peut me ravir: il y a des joies souveraines dans
l'immolation, dans l'offrande volontaire de sa joie à l'âme dont vous
vient toute joie; déjà, j'en goûte les prémices.
Je vois avec un étonnement de chaque instant tout ce qu'il y a dans une
vie où il n'y a rien, les sources inépuisables que sont l'amour et la
compassion. Donna Angela s'étonne du plaisir que je trouve à être près
d'elle. Elle me découvre avec une sorte d'humilité tous les mystères de
sa vie laborieuse: tout y est doux, pur et délicat; elle me représente
ces lampes de sanctuaires qui brûlent dans la solitude d'une flamme
toujours égale.
Je songe à toi avec la même plénitude que lorsque je suis seule, mais
j'y pense autrement, sans peur, t'aimant avec une force grandissante.