LXXVI

Mon bien-aimé, ici, près de cette créature qui n'a jamais connu l'amour

dont nous vivons, je te retrouve; auprès d'Irène, dans l'atmosphère de

cette passion tumultueuse qui la consume, tu m'échappais. Voici que tu

me reviens, et que la grande paix d'amour, qui dissipe toutes les

inquiétudes, renaît dans mon coeur. Je ne sais pourquoi, mais, avec

Irène, j'ai maintenant comme un besoin jaloux de garder ton nom pour moi

seule. Ici, je puis comprendre la volupté du renoncement, celle qui sera

mienne et que rien ne peut me ravir: il y a des joies souveraines dans

l'immolation, dans l'offrande volontaire de sa joie à l'âme dont vous

vient toute joie; déjà, j'en goûte les prémices.

Je vois avec un étonnement de chaque instant tout ce qu'il y a dans une

vie où il n'y a rien, les sources inépuisables que sont l'amour et la

compassion. Donna Angela s'étonne du plaisir que je trouve à être près

d'elle. Elle me découvre avec une sorte d'humilité tous les mystères de

sa vie laborieuse: tout y est doux, pur et délicat; elle me représente

ces lampes de sanctuaires qui brûlent dans la solitude d'une flamme

toujours égale.

Je songe à toi avec la même plénitude que lorsque je suis seule, mais

j'y pense autrement, sans peur, t'aimant avec une force grandissante.

Lettres d'une amoureuse · 第 77 / 86 题