LXXV

Je suis montée seule au Pioggio voir Donna Angela; elle est rentrée dans

cette maison où elle est née, et d'où elle ne peut se détacher; elle a

repris sa vie solitaire et aimante, et au milieu des choses familières a

presque retrouvé son Gino... Il lui a écrit, car pour lui elle est

toujours ce qu'elle a été; elle, de son côté, parle maintenant de

l'avenir qui le lui ramènera, et les liens de l'amour vont remplacer

ceux du sang, elle le chérit autant que jamais, il est devenu l'enfant

de son élection que sa tendresse fidèle continue à envelopper de loin;

et même elle n'en veut à personne, une grande pitié règne seule dans son

coeur:

--La vie est si brève, Claudia!... Il faut seulement ne pas faire

souffrir, ne faire souffrir aucune créature.

La délicatesse de son âme lui a fait ressentir la douleur d'une façon si

aiguë qu'elle recule devant la pensée d'en infliger à qui que ce soit;

la paix souveraine qu'elle répand autour d'elle passe en douceur ce que

je puis exprimer. Je crois que je vais lui demander de m'accueillir près

d'elle pendant quelques jours. J'ai besoin de laisser Irène, et même il

me paraît que d'un peu loin je la verrai mieux; je n'ose ni l'encourager

ni la détourner; je veux rester encore un temps à la portée de sa voix,

mais je me figure que ma présence lui enlève sa pleine liberté. Elle

marche à une crise, et il vaut mieux qu'elle soit seule.

Lettres d'une amoureuse · 第 76 / 86 题