Je suis montée seule au Pioggio voir Donna Angela; elle est rentrée dans
cette maison où elle est née, et d'où elle ne peut se détacher; elle a
repris sa vie solitaire et aimante, et au milieu des choses familières a
presque retrouvé son Gino... Il lui a écrit, car pour lui elle est
toujours ce qu'elle a été; elle, de son côté, parle maintenant de
l'avenir qui le lui ramènera, et les liens de l'amour vont remplacer
ceux du sang, elle le chérit autant que jamais, il est devenu l'enfant
de son élection que sa tendresse fidèle continue à envelopper de loin;
et même elle n'en veut à personne, une grande pitié règne seule dans son
coeur:
--La vie est si brève, Claudia!... Il faut seulement ne pas faire
souffrir, ne faire souffrir aucune créature.
La délicatesse de son âme lui a fait ressentir la douleur d'une façon si
aiguë qu'elle recule devant la pensée d'en infliger à qui que ce soit;
la paix souveraine qu'elle répand autour d'elle passe en douceur ce que
je puis exprimer. Je crois que je vais lui demander de m'accueillir près
d'elle pendant quelques jours. J'ai besoin de laisser Irène, et même il
me paraît que d'un peu loin je la verrai mieux; je n'ose ni l'encourager
ni la détourner; je veux rester encore un temps à la portée de sa voix,
mais je me figure que ma présence lui enlève sa pleine liberté. Elle
marche à une crise, et il vaut mieux qu'elle soit seule.