LXXIV

A mon tour, je ne comprends plus. J'ai perçu clairement sous la douceur

de l'accueil de Maurice un secret malaise de ma présence, et je suis

persuadée qu'elle l'importune. Cependant, rien dans leur vie ne révèle

les chocs anciens ni n'en fait pressentir de nouveaux. Il y a chez

Maurice à l'égard d'Irène une familiarité presque tendre, comme une

application pour l'asservir plus complètement; chez elle, une douceur

craintive, qui lui fait épier ses moindres mouvements et chercher à

deviner ses volontés:--C'est déjà pour elle une profonde joie que de le

voir maintenant demeurer au logis des semaines sans bouger: il apporte

dans cette existence monotone une bonne humeur paresseuse, et aussi,

dirait-on, un oubli entier du passé. Avec moi, et devant Irène, il parle

volontiers de choses d'amour, mais comme de souvenirs lointains et un

peu effacés. Quand nous sommes seules, Irène me demande avec angoisse:

--Claudia, crois-tu qu'il va m'aimer encore? pourquoi resterait-il si ma

présence ne le consolait pas? O Claudia, je voudrais tant lui rendre son

Gino, son fils, lui en donner un!... crois-tu que je puisse espérer?

--Oui, Irène, espère.

Elle a un attrait si puissant,--comme une grâce nocturne et

voilée,--qu'il me semble impossible qu'il puisse vivre ainsi à son côté

sans plus tôt ou plus tard subir la contagion de la force de désir qui

émane d'elle.

Lettres d'une amoureuse · 第 75 / 86 题