Je t'agite et te trouble en te parlant d'Irène. Tu ne crois pas que
Maurice ait oublié la Riva, et tu ne peux comprendre l'ardente espérance
qui perce dans les lettres d'Irène; déjà je m'aperçois que le passé
s'efface rapidement dans son esprit; et à peine paraît-il qu'elle se
souvienne de celle qui pendant si longtemps lui a pris Maurice. Son
coeur, palpitant d'espoir, s'est redonné plus généreux et plus soumis;
je t'ai lu les cris d'amour qui lui viennent aux lèvres, mais qu'elle
n'ose prononcer tout haut, on la sent frémir du désir d'ouvrir grandes
les ailes qu'elle tient repliées.
Pourquoi soupçonnes-tu qu'il veuille la tromper encore? N'est-elle pas
exquise dans sa jeunesse ardente, et que lui manque-t-il pour donner
toutes les joies? Si je pouvais enfin la voir ayant rassasié la grande
faim de son coeur!... Pourquoi sa longue patience d'amour ne
recueillerait-elle pas son salaire?... Tu m'as dit que sûrement un jour
Irène trouverait l'apaisement de son coeur, mais qu'il est impossible
que ce soit Maurice qui le lui donne. Penses-tu donc qu'elle puisse en
aimer un autre? Ton coeur d'homme peut imaginer cela?... Moi j'imagine
qu'elle sera morte auparavant... Tu as peur pour elle;--de quoi as-tu
peur, mon amour?