Les mois ont passé, mon amour.--J'ai un sentiment confus et profond que
le soir approche pour moi... les aubes sont tristes, mais les couchants
ne le sont point. Hier, comme mon coeur était ravi en ta pensée, et
pénétré d'une tristesse délicieuse, toi qui m'observais sans que je le
sache, tu m'as dit soudain en m'attirant dans tes bras:
--O ma Claudia, que je t'aime d'aimer comme tu aimes!... Ne me laisse
pas aller, Claudia, mets les bras chéris autour de mon cou...
Tu as ajouté plus bas:
--Ne sois pas jalouse, ne le sois jamais...
Non, mon bien-aimé, je ne suis pas jalouse des ombres qui passent devant
tes yeux: il est un degré d'amour qui ne connaît pas la jalousie et je
sais y être parvenue. J'ai l'espérance que, si même tu croyais m'avoir
oubliée, tu m'aimerais encore, et que même le voulant tu ne pourras
reprendre tout à fait ce coeur que tu m'as donné; toujours il en restera
un lambeau pour moi. Tes yeux se levaient vers les miens avec
supplication et je sentais toute ton âme venir à moi... et pourtant je
n'ignore pas que dans ces mêmes minutes un attrait contraire te
sollicite et veut t'enlever à moi... Tu me retiens parce que tu as peur
de me perdre.