LXVIII

Lorsque tu m'as murmuré en me baisant sur la bouche: «Enfin, enfin, ma

Claudia»,--je crois que j'aurais pu m'élever de terre par la force seule

du bonheur qui soulevait mon âme... Rien, mon amour, ne pourra jamais

exprimer ce que ta voix aura été pour moi: quoi qu'elle dise, elle remue

mon âme, elle commande à mes sens, elle les asservit à une seule de tes

paroles. J'aime à me figurer que plus tard tu prononceras quelquefois à

haute voix ce nom de Claudia, et que, dans ces brèves syllabes, tu

retrouveras l'écho de notre amour... Ce nom me sera toujours cher comme

un vêtement que tu aurais porté.--Tu m'as demandé pourquoi je te

regardais avec une telle intensité, pourquoi mes yeux semblaient perdus

dans une contemplation mystérieuse. Mon bien-aimé, ce n'est point pour

graver tes traits en moi: ils sont toujours devant mes yeux; mais je

voudrais que quelque chose de mon amour, comme un rayon brûlant,

transverbère ton coeur et y vive, je voudrais que cette flamme devienne

une part de toi-même... Quant à moi, je sais que je tiendrai dans mes

mains, jusqu'à la mort, la lampe magique qui est une lumière pour mes

pas; mais je sais aussi que ni toi ni moi ne pourrons changer l'ordre

immuable des choses, qui veut que ta tendresse meure pour aller

refleurir ailleurs!

Lettres d'une amoureuse · 第 69 / 86 题