Je m'épuise à lutter contre l'effroyable agitation d'Irène; son âme est
pleine d'un trouble profond, son esprit paraît s'égarer entre ce qu'elle
souffre pour Maurice, et ce qu'elle souffre pour elle-même.--Sa pensée
se rejette avec désespoir sur l'enfant perdue qui serait en ce moment sa
force:
--Ma fille à moi, si belle, si douce, qu'il chérissait..., elle est
morte... O malheureuse!...
Puis elle s'imagine que Maurice ira rejoindre la Riva:
--Et je te disais, Claudia, qu'elle ne l'aimait pas, et c'est pour elle
que je suis torturée depuis si longtemps!...
La résignation apparente dont elle s'était enveloppée la soutenait comme
une armure, qui blesse mais protège; son âme passionnée est aujourd'hui
désemparée, et sa violence par instants m'épouvante... Elle me dit
qu'elle partira, et je sens que je n'aurai pas le courage de l'en
empêcher... Il y a en moi un égoïsme presque cruel qui me fait supporter
avec impatience que des pensées étrangères à toi, étrangères à mon
amour, dominent dans mon esprit: le contact avec ces coeurs dévastés
semble consumer ma vie; reviens, mon bien-aimé, reviens me rendre la
joie d'aimer; les yeux les plus beaux deviendraient ternes à demeurer
dans la nuit--et tu es ma lumière.