Mes bras, qui s'ouvrent pour toi avec un élan si emporté, ne veulent
néanmoins ni te retenir, ni t'arrêter. Tu vas t'éloigner et je te laisse
partir... Tu as été surpris, lorsque, contre ton désir, je t'ai dit que
je voulais demeurer, que les forces me manquaient pour quitter cette
paix et cette solitude. Non, pas même avec toi ni pour toi... J'ai
médité pendant mes longues heures de faiblesse... Souvent, à l'automne,
j'ai regardé tomber les feuilles: elles se détachent et tournoient comme
libérées et heureuses, sans effort et sans souffrance, conservant leur
forme et presque leur beauté; mais celles qui veulent résister à
l'hiver, qui le traversent mornes et flétries, pour être arrachées
ensuite par le tourbillon des vents du printemps, elles sont comme
chassées par la vie nouvelle qui veut venir. Je serai, moi, la feuille
qui s'envole à l'heure où elle doit mourir. Je ne pourrais supporter de
voir vieillir ton amour. Aujourd'hui tes regards s'arrêtaient avec une
complaisance émue sur ce qui nous entoure, et tu m'as dit:
--Claudia, j'aime cette maison; j'aime l'air qu'on respire ici, je n'en
connais point au monde qui me plaise autant... Ma Claudia, que de joies
tu m'auras données!
Et j'ai senti que tu étais avide de mes baisers et de mes caresses, et
que la crainte de les perdre pour un temps mettait une tristesse dans
ton coeur, et une soif sur tes lèvres. Mon bien-aimé, je veux que, sur
la route que tu suivras, alors même qu'elle sera belle, tu retournes
parfois la tête.