Que j'ai pleuré de douces larmes! J'étais seule, et dans mes mains je
tenais cette image de toi que j'aime tant; je la baisais avec la
tendresse désespérée qui par intervalles, et malgré mes efforts, me fait
un coeur près d'éclater. Je ne croyais point te revoir avant la fin du
jour, quand ton pas a frappé mon oreille, et dans le même instant tes
bras chéris m'ont enveloppée, et sur mes cheveux, sur mes yeux, sur ma
bouche, tes chauds baisers ont couru; puis tu as pris ma tête entre tes
mains,--j'avais appuyé les miennes légèrement sur tes épaules,--et tu me
regardais, et moi je souriais à travers mes pleurs, j'avais envie de te
crier:
--Ne m'aime point ainsi, ou fais que je meure tout à l'heure.
Tu me répétais avec emportement:
--Oui, je t'aime, ma Claudia; pourquoi verses-tu des larmes lorsque je
ne suis pas là?
Tu t'es assis, et tu m'as fait me blottir tout proche. Tu me tenais
appuyée contre ton épaule, et lorsque je voulais me soulever un peu pour
chercher ton visage, d'un mouvement ferme et doux tu m'en empêchais; tu
avais détourné la tête, et, comme obsédé par une pensée que tu me
cachais, tu me serrais si fort qu'à peine je pouvais respirer. Tout à
coup, d'un geste impétueux, tu m'as prise contre ton coeur que je
sentais battre, et tu m'as dit d'une voix que je n'oublierai jamais:
--Pleure, ma Claudia, pleure, mais je t'aime...