Tu es curieux d'apprendre tout ce que j'ai pensé et fait loin de toi; et
moi je ne t'interroge pas, je ne cherche même pas: le bonheur de ton
retour, l'exquis épanouissement de mon coeur en ta présence, le
bien-être profond qui m'envahit de te savoir là, dans la maison,
absorbent toutes mes pensées; il me paraît que ce serait me voler
moi-même que de te parler des moments où je n'étais pas auprès de toi.
Je te vois, tes regards percent les miens, nos lèvres s'unissent; ni le
passé ni l'avenir n'existent plus pour moi, je ne puis être ni jalouse
de l'un, ni inquiète de l'autre. Je n'ai que juste assez de vie pour la
concentrer dans la joie de l'heure qui m'appartient. Lorsque tu n'es pas
là, je puis compatir aux angoisses et aux inquiétudes des autres;
lorsque tu es là, il m'est impossible de souffrir: ton image chasse tous
les fantômes.