XXXVIII

Quels sont donc ceux qui disent que les lendemains d'amours sont

tristes! Oh! qu'ils sont doux pour moi, me laissant un coeur tout rempli

de feu et de clarté!... Je t'ai retrouvé, mon être tout entier s'est

donné à toi dans une joie triomphante, et je me lève aujourd'hui dans la

vie comme une créature nouvelle. Tout me paraît beau, une pitié immense,

une sympathie infinie dilatent mon âme. Je me sens en communion avec la

nature généreuse et je crois lui avoir dérobé son secret, car je n'y

vois plus qu'amour: il règne souverainement, il est tout, il est

partout! La vie, la vie, ce don magnifique, ne vaut que pour connaître

l'amour. Te dis-tu, mon bien suprême, quand tu respires là, près de moi,

comme il est beau de vivre! de penser, de vouloir, de parler, de

commander à ces sens admirables qui, tel un accord parfait, renferment

toutes les harmonies? Pour moi le son d'une voix humaine, avec ses

nuances insaisissables et si pénétrantes, m'exalte en un ravissement

d'admiration, et le seul écho de la tienne, lorsqu'il frappe mon

oreille, me donne une vie et des sens nouveaux; je peux vivre d'une

parole, d'une intonation, d'un murmure; et, quand tu me dis «Claudia»,

tu t'empares de moi avec autant de force que si tes bras m'enlaçaient de

leur plus puissante étreinte.

Lettres d'une amoureuse · 第 40 / 86 题