XXXVII

Irène me rend ma liberté; je pars et la laisse à sa solitude. Pauvre âme

tendre! il n'en est pas de plus abandonnée. Tous les jours ses beaux

yeux s'ouvrent à la lumière, mais cette lumière ne sert qu'à faire

éclater la désolation de sa destinée. Tous les élans de son coeur sont

refoulés; elle les contient elle-même d'une main impitoyable; cette

créature si ardente, faite pour les joies les plus fortes, végète dans

l'existence la plus terne, la plus morne. Elle sait, en se levant, que

nul regard d'amour ne cherchera le sien, que nul ne se préoccupera si

elle est gaie ou triste; qu'on attend tout d'elle et, qu'en échange rien

ne lui sera donné. Je suis parfois épouvantée en songeant aux réserves

qui s'accumulent dans son coeur, et je me demande vers quoi elle marche:

car il est impossible qu'à une heure qui sonnera sûrement elle ne se

révolte ou ne se brise pas; il est impossible que le cours des années

s'écoule de la sorte. Je ne sais d'où viendra le heurt, mais je le

pressens. Elle m'a promis, si son coeur lui faisait trop mal, de venir

me trouver.

--Mais ne t'inquiète pas de moi, Claudia; je suis accoutumée à souffrir.

Et, vois-tu, peut-être est-ce mieux ainsi: cela m'occupe.

Lettres d'une amoureuse · 第 39 / 86 题