C'est une joie pour moi, aimant Irène comme je le fais, que de constater
combien ici son influence est grande et l'ascendant que cette créature
si jeune encore a su prendre sur les autres femmes qui l'entourent.
Toutes, en effet, la craignent et lui sont dévouées; elles ont un
pressentiment confus qu'elle est malheureuse et que sa fierté n'a jamais
fléchi; ces belles filles nu-pieds et heureuses la regardent avec une
sorte de pitié; elles qui, dans leurs vies humbles, goûtent si
parfaitement l'amour, ont pour exprimer leurs joies des mots d'une
naïveté et d'une force délicieuses; elles savent dire d'une façon
incomparable l'abandon de l'être humain se donnant totalement à celui
qui est aimé, et parfois j'ai vu Irène pâlir en les entendant parler.
Elle aime participer à leur existence, et, les chaudes nuits d'été,
lorsque garçons et filles décortiquent le maïs en écoutant des récits
d'amour, elle reste là au milieu d'eux, goûtant l'infinie poésie de ces
heures nocturnes, et enviant, j'en suis sûre, ces êtres simples.