XXXI

C'est une joie pour moi, aimant Irène comme je le fais, que de constater

combien ici son influence est grande et l'ascendant que cette créature

si jeune encore a su prendre sur les autres femmes qui l'entourent.

Toutes, en effet, la craignent et lui sont dévouées; elles ont un

pressentiment confus qu'elle est malheureuse et que sa fierté n'a jamais

fléchi; ces belles filles nu-pieds et heureuses la regardent avec une

sorte de pitié; elles qui, dans leurs vies humbles, goûtent si

parfaitement l'amour, ont pour exprimer leurs joies des mots d'une

naïveté et d'une force délicieuses; elles savent dire d'une façon

incomparable l'abandon de l'être humain se donnant totalement à celui

qui est aimé, et parfois j'ai vu Irène pâlir en les entendant parler.

Elle aime participer à leur existence, et, les chaudes nuits d'été,

lorsque garçons et filles décortiquent le maïs en écoutant des récits

d'amour, elle reste là au milieu d'eux, goûtant l'infinie poésie de ces

heures nocturnes, et enviant, j'en suis sûre, ces êtres simples.

Lettres d'une amoureuse · 第 33 / 86 题