Tu ne saurais croire combien Irène met d'elle-même en toutes choses, et
le charme que sa seule présence répand autour d'elle. Là, dans cette
vieille habitation où se sont écoulées des vies ternes d'épouses
délaissées et résignées, elle a communiqué à l'atmosphère comme une
qualité neuve; où elle passe, passe la lumière. Je m'imaginais ne
pouvoir trouver bon aucun lieu du monde où tu n'es pas; et je comprends
maintenant que tu as eu raison, en voulant que j'aille auprès d'Irène
pendant cette séparation, la plus longue de celles qui nous auront
divisés... Mais le retour, oh! bien-aimé, le retour, y songes-tu? t'en
imagines-tu la douceur?... Je ne peux, je n'ose y arrêter ma pensée: car
alors le poids des heures va m'accabler... et Irène ne me retrouvera
plus... Or je m'efforce d'être à elle, de lui prêter mon coeur. C'est
ici, dans cette maison, qu'elle passe les jours les plus cruels, parce
que le voisinage du Pioggio, qui appartient aux Riva, l'oblige souvent à
voir celle qui est sa rivale et qui la comble de ses tendresses fausses;
et c'est pour elle un martyre, mais elle s'y soumet, car il le veut.