Irène et moi, nous ne nous lassons pas de nous promener, au déclin du
jour, sur la terrasse, dans les senteurs des orangers, le parfum fin des
jasmins, parmi les verveines rampantes, les oeillets pourpres à
feuillage pâle, les enlacements des géraniums grimpants. Au-dessus de
nos têtes se croisent les pampres, qui protègent les grappes sombres et
serrées, lourdes de vie, de sève et d'ivresse. Tout à l'heure Irène en a
détaché une; elle en a frôlé sa joue; puis, très légèrement, elle a
appuyé ses dents éclatantes sur les grains durs, d'un suc généreux et
cet acte ressemblait à un baiser. Toujours nous répétons les mêmes
paroles; elle a des mouvements brusques et soudains, provoqués par le
moindre bruit qui vient vers nous; son coeur sans cesse en éveil attend
sans se lasser... Elle se figure qu'elle le verra revenir un jour avec
le visage et les yeux d'amant qu'elle a connus autrefois. Si au moins il
avait le courage d'être rude pour elle, peut-être guérirait-elle! Mais
sa douceur indifférente l'attire et la trompe; et, quand je lui dis
qu'elle devrait le haïr, elle me regarde sans me comprendre.