De trop écouter Irène me fait mal, et jette dans mon âme une angoisse
inquiète. Je voudrais ne plus penser à elle. Au fond du coeur je lui en
veux presque de venir troubler mon ardent bonheur... Et cependant je la
chéris. Son beau sourire se fait si rayonnant, lorsqu'elle m'entend
proclamer combien je suis heureuse et ce que tu es pour moi, sang de mes
veines et vie de ma vie! Mais elle, à ma place, te voudrait toujours à
ses côtés; elle ne comprend pas que je me résigne jamais à te rendre à
ta vie extérieure...
--Comment peux-tu le laisser partir? n'es-tu point jalouse?
--Non, je crois en lui; et s'il ne voulait plus m'aimer, il me le
dirait, mon Irène...
--Moi je ne pourrais pas!... misérable que je suis, qui demeure près de
celui que ma présence fatigue!...
Ses belles mains sont couvertes de bagues magnifiques, et dans son
agitation fébrile elle fait sans cesse mouvoir et scintiller les gemmes
qui les ornent; elle prend à les toucher et à les manier un plaisir qui
l'apaise; souvent elle en laisse tomber à terre, et, si c'est un
diamant, elle dit que c'est une larme, si c'est un rubis une goutte de
son sang... car toutes ses actions, même les plus indifférentes,
semblent se relier par un fil invisible à cet amour qui est le fond de
son être, le ressort qui la fait agir et vivre.