Quelque chose m'a réveillée en sursaut: la lumière voilée s'éteignait.
Je n'avais d'autre sensation que celle qui me venait de frôler avec ma
main la toile fine et fraîche des draps. Je l'ai compris dans ces
ténèbres: en amour une seule chose importe: la présence de l'être aimé.
Je ne voyais rien, je n'entendais rien que ton souffle, et c'était
assez. Baignée dans l'obscurité profonde, j'étais entièrement,
parfaitement heureuse. Je ne désirais rien, j'osais à peine bouger pour
ne point te réveiller, mais tout mon être palpitait à la pensée que tu
étais là, tout à moi, mort à tous, sauf à moi. Je suis restée longtemps
sans même ouvrir les yeux; j'écoutais l'heure battre et continuer sa
marche forcée, emportant l'une après l'autre des parcelles de notre vie.
Une tristesse infinie m'écrasait, au sentiment de la fuite éternelle de
ces instants délicieux. Entre mes paupières closes, les larmes chaudes
ont commencé de couler... Peu à peu mon âme a flotté dans une torpeur
sans pensée, et puis elle m'a échappé.