VIII

Quelque chose m'a réveillée en sursaut: la lumière voilée s'éteignait.

Je n'avais d'autre sensation que celle qui me venait de frôler avec ma

main la toile fine et fraîche des draps. Je l'ai compris dans ces

ténèbres: en amour une seule chose importe: la présence de l'être aimé.

Je ne voyais rien, je n'entendais rien que ton souffle, et c'était

assez. Baignée dans l'obscurité profonde, j'étais entièrement,

parfaitement heureuse. Je ne désirais rien, j'osais à peine bouger pour

ne point te réveiller, mais tout mon être palpitait à la pensée que tu

étais là, tout à moi, mort à tous, sauf à moi. Je suis restée longtemps

sans même ouvrir les yeux; j'écoutais l'heure battre et continuer sa

marche forcée, emportant l'une après l'autre des parcelles de notre vie.

Une tristesse infinie m'écrasait, au sentiment de la fuite éternelle de

ces instants délicieux. Entre mes paupières closes, les larmes chaudes

ont commencé de couler... Peu à peu mon âme a flotté dans une torpeur

sans pensée, et puis elle m'a échappé.

Lettres d'une amoureuse · 第 11 / 86 题