Ned Courtly, presenting Flavia with her glove (which she had dropped

on purpose), she received it and took away his life with a curtesy.

John Gosselin, having received a slight hurt from a pair of blue eyes,

as he was making his escape was dispatched by a smile.

(_Spectator_, nº 377.)]

[Note 404: Aridæus a beautiful youth of Epirus, in love with Praxinoe,

the wife of Thespis, escaped without damage saving only that two of

his foreteeth were struck out, and his nose a little flatted.

Hipparchus, being passionately fond of his own wife, who was enamoured

of Bathyllus, leaped and died of his fall; upon which his wife married

her gallant.

(_Spectator_, nº 233.)]

VIII

Cette puissante séve germanique crève, même chez Addison, son

enveloppe classique et latine. Il a beau goûter l'art, il aime encore

la nature. Son éducation, qui l'a encombré de préceptes, n'a point

détruit en lui la virginité du sentiment vrai. Dans son voyage de

France, il a préféré la sauvagerie de Fontainebleau à la correction de

Versailles. Il s'affranchit des raffinements mondains pour louer la

simplicité des vieilles ballades nationales. Il fait comprendre au

public les images sublimes, les gigantesques passions, la profonde

religion du _Paradis perdu_. Il est curieux de le voir, le compas à la

main, bridé par Bossu, empêtré de raisonnements infinis et de phrases

académiques, atteindre tout à coup, par la force de l'émotion

naturelle, les hautes régions inexplorées où Milton est soulevé par

l'inspiration de la foi et du génie. Ce n'est pas lui qui dira avec

Voltaire que l'allégorie du Péché et de la Mort est bonne pour faire

vomir les entrailles. Il y a en lui un fond d'imagination grandiose

qui le rend insensible aux petites délicatesses de la civilisation

mondaine. Il habite volontiers parmi les grandeurs et les étonnements

de l'autre monde. Il est pénétré par la présence de l'invisible; il a

besoin de dépasser les intérêts et les espérances de la vie mesquine

où nous rampons[405]. Cette source de croyance jaillit en lui de tous

côtés; en vain elle est enfermée dans le conduit régulier du dogme

officiel; les textes, les arguments dont elle se couvre laissent voir

sa véritable origine. Elle part de l'imagination sérieuse et féconde

qui ne peut se contenter que par la vue de l'_au delà_.

Une telle faculté occupe tout l'homme, et si l'on redescend dans

l'examen des agréments littéraires, on l'aperçoit ici-bas comme en haut.

Rien de plus varié, de plus riche, chez Addison, que les tours et la

mise en scène. La plus sèche morale se transforme sous sa main en

peintures et en récits. Ce sont des lettres de toutes sortes de

personnages, ecclésiastiques, gens du peuple, hommes du monde, qui

chacun gardent leur style et déguisent le conseil sous l'apparence d'un

petit roman. C'est un ambassadeur de Bantam qui raille, à la façon de

Montesquieu, les mensonges de la politesse européenne. Ce sont des

contes grecs ou orientaux, des voyages imaginaires, la vision d'un

voyant écossais, les Mémoires d'un rebelle, l'histoire des fourmis, les

métamorphoses d'un singe, le journal d'un oisif, une promenade à

Westminster, la généalogie de l'_humour_, les statuts des clubs

ridicules; bref une abondance intarissable de fictions agréables ou

solides. Les plus nombreuses sont des allégories. On sent qu'il se plaît

dans ce monde magnifique et fantastique; c'est une sorte d'opéra qu'il

se donne; ses yeux ont besoin de contempler des couleurs. En voici une

sur les religions, bien protestante, mais aussi éclatante qu'ingénieuse:

l'agrément là-bas ne consiste point, comme chez nous, dans la vivacité

et la variété des tons, mais dans la splendeur et la justesse de

l'invention. «La figure du milieu, qui attira d'abord les yeux de tout

le monde, et qui était beaucoup plus grande que les autres, était une

matrone habillée comme une dame noble et âgée du temps de la reine

Élisabeth. On remarquait surtout dans son habillement le chapeau avec

une couronne en clocher[406], l'écharpe plus sombre que la martre, et le

tablier de linon, plus blanc que l'hermine. Sa robe était du plus riche

velours noir, et, juste à l'endroit du coeur, garnie de larges diamants

d'un prix inestimable disposés en forme de croix. Son maintien respirait

la dignité et la sérénité riante, et, quoique avancée en âge, son visage

montrait tant d'animation et de vivacité, qu'elle paraissait à la fois

âgée et immortelle. À sa vue, je sentis mon coeur touché de tant d'amour

et de vénération, que les larmes coulèrent sur mes joues, et plus je la

regardais, plus mon coeur se fondait en sentiments de tendresse et

d'obéissance filiale.--À sa droite était assise une femme si couverte

d'ornements que sa personne, son visage et ses mains en étaient presque

entièrement cachés. Le peu qu'on pouvait voir de sa figure était fardé,

et, ce qui me parut fort singulier, on y démêlait des sortes de rides

artificielles.... Sa coiffure s'élevait fort haut par trois étages ou

degrés distincts; ses vêtements étaient bigarrés de mille couleurs et

brodés de croix en or, en argent, en soie. Elle n'avait rien sur elle,

pas même un gant ou une pantoufle qui ne fût marqué de ce signe; bien

plus, elle en paraissait si superstitieusement éprise, qu'elle était

assise les jambes croisées.... Un peu plus loin était la figure d'un

homme qui regardait avec des yeux pleins d'horreur un bassin d'argent

rempli d'eau. Comme j'observais dans son maintien quelque chose qui

ressemblait à la folie, j'imaginai d'abord qu'il était là pour

représenter cette sorte de démence que les médecins appellent

hydrophobie; mais m'étant rappelé le but du spectacle, je revins à moi à

l'instant, et conclus que c'était l'Anabaptisme[407].» C'est au lecteur

de deviner ce que représentaient ces deux premières figures. Elles

plairont plus à un anglican qu'à un catholique; mais je crois qu'un

catholique lui-même ne pourra s'empêcher de reconnaître l'abondance et

la vivacité de la fiction.

La véritable imagination aboutit naturellement à l'invention des

caractères. Car si vous vous figurez vivement une situation ou une

action, vous verrez du même élan tout le réseau de ses attaches; les

passions et les facultés, tous les gestes et tous les sons de voix,

tous les détails d'habillement, d'habitation, de société, qui en

découlent, se lieront dans votre esprit, attireront leurs précédents

et leurs suites; et cette multitude d'idées, organisée lentement, se

concentrera à la fin en un sentiment unique d'où jaillira, comme d'une

source profonde, la peinture et l'histoire d'un personnage complet. Il

y en a plusieurs dans Addison: l'observateur taciturne, William

Honeycomb, le campagnard tory, sir Roger de Coverley, qui ne sont pas

des thèses satiriques, comme celles de La Bruyère, mais de véritables

individus semblables et parfois égaux aux personnages des grands

romans contemporains. En effet, sans s'en douter, il invente le roman

en même temps et de la même façon que ses voisins les plus illustres.

Ses personnages sont pris sur le vif, dans les moeurs et les

conditions du temps, longuement et minutieusement décrits dans toutes

les parties de leur éducation et de leur entourage, avec la précision

de l'observation positive, extraordinairement réels et anglais. Un

chef-d'oeuvre en même temps qu'un document d'histoire est sir Roger de

Coverley, le gentilhomme de campagne, loyal serviteur de la

Constitution et de l'Église, _justice of the peace_, patron de

l'ecclésiastique, et dont le domaine montre en abrégé la structure du

pays anglais. Ce domaine est un petit État, paternellement gouverné,

mais gouverné. Sir Roger gourmande ses tenanciers, les passe en revue

à l'église, sait leurs affaires, leur donne des avis, des secours, des

ordres; il est respecté, obéi, aimé, parce qu'il vit avec eux, parce

que la simplicité de ses goûts et de son éducation le met presque à

leur niveau, parce qu'à titre de magistrat, d'ancien propriétaire,

d'homme riche, de bienfaiteur et de voisin, il exerce une autorité

morale et légale, utile et consacrée. Addison en même temps montre en

lui le solide et singulier caractère anglais, bâti de coeur de chêne

avec toutes les rugosités de l'écorce primitive, qui ne sait ni

s'adoucir ni s'aplanir; un grand fond de bonté qui s'étend jusqu'aux

bêtes, l'amour de la campagne et des occupations corporelles, le goût

du commandement et de la discipline, le sentiment de la subordination

et du respect, beaucoup de bon sens et peu de finesse, l'habitude

d'étaler et d'installer en public ses particularités et ses

bizarreries, sans souci du ridicule, sans pensée de bravade,

uniquement parce qu'on ne reconnaît d'arbitre sur soi que soi-même.

Puis cent traits qui peignent le temps: le manque de lecture, un reste

de croyance aux sorcières, des façons de paysan et de chasseur, des

ignorances d'esprit naïf ou arriéré. Sir Roger donne aux enfants qui

répondent bien au catéchisme une Bible pour eux et un quartier de lard

pour leur mère. Quand un verset lui plaît, il le chante une

demi-minute encore après que la congrégation l'a fini. Il tue huit

cochons gras à Noël, et envoie du boudin avec un paquet de cartes à

chaque famille pauvre de la paroisse. Quand il va au théâtre, il munit

ses gens de gourdins pour se garder des bandits qui, à son avis,

doivent infecter Londres. Addison revient vingt fois sur son vieux

chevalier, découvrant toujours quelque nouvel aspect de son caractère,

observateur désintéressé de la nature humaine, curieusement assidu et

perspicace, véritablement créateur, n'ayant plus qu'un pas à faire

pour se lancer, comme Richardson et Fielding, dans la grande oeuvre

des lettres modernes, qui est le roman de moeurs.

[Note 405: Voy. les trente derniers numéros du _Spectator_.]

[Note 406: Voir les coiffures sous Élisabeth pour comprendre ces

termes spéciaux.]

[Note 407: The middle figure which immediately attracted the eyes of

the whole company and was much bigger than the rest, was formed like a

matron, dressed in the habit of an elderly woman of quality in Queen

Elizabeth's days. The most remarkable parts of her dress were the

beaver with the steeple crown, the scarf that was darker than sable,

and the lawn apron that was whiter than hermine. Her gown was of the

richest black velvet, and, just upon her heart, studded with large

diamonds of an inestimable value disposed in the form of a cross. She

bore an inexpressible cheerfulness and dignity in her aspect; and

though she seemed in years, appeared with so much spirit and vivacity,

as gave her at the same time an air of old age and immortality. I

found my heart touched with so much love and reverence at the sight of

her, that the tears ran down my face as I looked upon her; and still

the more I looked upon her, the more my heart was melted with the

sentiments of filial tenderness and duty. I discovered every moment

something so charming in her figure that I could scarce take my eyes

off it.--On its right hand there sat the figure of a woman so covered

with ornaments, that her face, her body, and her hands were almost

entirely hid under them. The little you could see of her face was

painted; and what I thought very odd, had something in it like

artificial wrinkles. But I was the less surprised at it, when I saw

upon her forehead an old fashioned tower of gray hairs. Her hair-dress

rose very high by three several stories or degrees. Her garments had a

thousand colours in them and were embroidered with crosses in gold,

silver, and silk; she had nothing on, so much as a glove or a slipper,

which was not marked with this figure. Nay, so superstitiously fond

did she appear of it, that she sat cross-legged.... The next to her

was a figure which somewhat puzzled me. It was that of a man looking

with horror in his eyes upon a silver bason filled with water.

Observing something in his countenance that looked like lunacy, I

fancied at first that he was to express that kind of distraction which

the physicians call the hydrophobia. But considering what the

intention of the show was, I immediately recollected myself and

concluded it to be Anabaptism.

(_Tatler_, nº 257.)]

IX

Au-dessus est la poésie. Elle a coulé, dans sa prose, mille fois plus

sincère et plus belle que dans ses vers. De riches fantaisies orientales

viennent s'y dérouler sans petillement d'étincelles comme dans Voltaire,

mais sous une sereine et abondante lumière qui fait ondoyer les plis

réguliers de leur pourpre et de leur or. La musique des larges phrases

cadencées et tranquilles promène doucement l'esprit parmi les

magnificences et les enchantements romanesques, et le profond sentiment

de la nature toujours jeune rappelle la quiétude fortunée de

Spenser[408]. À travers les discrètes moqueries ou les intentions

morales, on sent que son imagination est heureuse, qu'elle se plaît à

contempler les balancements des forêts qui peuplent les montagnes,

l'éternelle verdure des vallées que vivifient les sources fraîches, et

les larges horizons qui ondulent au bord du ciel lointain. Les

sentiments grands et simples viennent d'eux-mêmes se lier à ces nobles

images, et leur harmonie mesurée compose un spectacle unique, digne de

ravir le coeur d'un honnête homme par sa gravité et par sa douceur.

Telle est cette vision de Mirza qu'il faut traduire presque en

entier[409]: «Le cinquième jour de la lune, étant monté sur les hautes

collines de Bagdad, pour passer le reste du jour dans la méditation et

dans la prière, je tombai en une profonde méditation sur la vanité de la

vie humaine, et passant d'une pensée à l'autre: Sûrement, me dis-je,

l'homme n'est qu'une ombre et la vie un songe.--Pendant que je rêvais

ainsi, je jetai les yeux sur le sommet d'un roc qui n'était pas loin de

moi, et j'y aperçus une figure en habit de berger, avec un instrument de

musique à la main. Comme je le regardais, il porta l'instrument à ses

lèvres et se mit à en jouer. Le son était infiniment doux et modulé en

une variété de tons d'une mélodie inexprimable, tout à fait différente

de ce que j'avais jamais entendu. Ils me firent penser à ces airs

célestes qui accueillent les âmes envolées des justes à leur entrée dans

le paradis pour effacer le souvenir de leur récente agonie et les

préparer aux plaisirs de ce lieu bienheureux. Mon coeur se fondait dans

un secret ravissement.... Le Génie me conduisit alors vers la plus haute

cime du roc et me posa sur le faîte. Jette tes yeux vers l'orient, me

dit-il; et raconte-moi ce que tu vois.--Je vois, répondis-je, une large

vallée et un prodigieux courant de mer qui roule à travers

elle.--Considère maintenant, me dit-il, cette mer, qui à ses deux

extrémités est bornée par des ténèbres, et dis-moi ce que tu y

découvres.--Je vois, repris-je, un pont qui s'élève au milieu du

courant.--Le pont que tu vois, me dit-il, est la vie humaine:

considère-le attentivement.--L'ayant regardé plus à loisir, je vis qu'il

consistait en soixante-dix arches entières et en plusieurs arches

rompues qui, avec les autres, faisaient environ cent. Comme je les

comptais, le Génie me dit que ce pont était d'abord de mille arches,

mais qu'une grande inondation avait balayé le reste, et l'avait laissé

ruiné comme je le voyais maintenant.--Dis-moi encore, reprit-il, ce que

tu y découvres.--Je vois, répondis-je, une multitude de gens qui le

traversent, et un nuage noir suspendu sur chacune de ses deux

issues.--Puis, regardant plus attentivement, je vis plusieurs des

voyageurs tomber au travers dans la grande marée qui conduit au-dessous,

et je découvris bientôt qu'il y avait dans ce pont d'innombrables

trappes cachées, où l'on ne mettait le pied que pour s'enfoncer et

disparaître à l'instant. Ces piéges étaient très-serrés à l'entrée du

pont, en sorte que des multitudes d'arrivants, à peine sortis du nuage,

s'y engloutissaient dès l'abord. Ils devenaient moins nombreux vers le

milieu, mais se multipliaient et se pressaient en approchant des

dernières arches complètes. Quelques voyageurs, à la vérité, mais leur

nombre était bien petit, avançaient en clopinant jusque sur les arches

rompues, mais tombaient tour à tour, au travers, épuisés comme ils

étaient et accablés d'une si longue marche.... Mon coeur se remplit

d'une profonde tristesse en voyant plusieurs des passants qui tombaient

à l'improviste, au milieu de leur joie et de leurs éclats de rire, et

s'accrochaient à tout ce qui était près d'eux pour se sauver. D'autres

avaient les yeux vers le ciel, dans une attitude pensive, et au milieu

de leur contemplation trébuchaient, et on ne les revoyait plus. Il y

avait des multitudes affairées à la poursuite de babioles qui brillaient

et dansaient devant leurs yeux; mais souvent, au moment où ils croyaient

les saisir, le pied leur manquait, et ils étaient précipités.... Je

poussai un profond soupir, et le Génie, touché de compassion, me dit de

regarder vers cet épais brouillard dans lequel le courant portait les

diverses générations de mortels engloutis. Je regardai, et mes yeux

qu'il avait fortifiés virent que la vallée s'ouvrait à son extrémité et

s'étendait en un océan immense où s'allongeait un roc énorme de diamant

qui la divisait en deux parts. Les nuages reposaient encore sur une des

deux moitiés, en sorte que de ce côté je ne pus rien découvrir; mais

l'autre était un vaste océan semé d'îles innombrables: ces îles étaient

couvertes de fruits et de fleurs, et entrecoupées de mille petites mers

brillantes qui serpentaient tout au travers. J'y pus distinguer des

personnages revêtus d'habits glorieux avec des couronnes sur leurs

têtes, les uns passant parmi les arbres, d'autres couchés au bord des

fontaines, d'autres reposant sur des lits de fleurs, et j'entendis une

harmonie confuse de chants d'oiseaux, d'eaux murmurantes, de voix

humaines et d'instruments mélodieux.--La joie entra dans mon coeur à la

vue d'une apparition si délicieuse. Je souhaitai les ailes d'un aigle

pour m'envoler jusqu'à ces demeures fortunées; mais le Génie me dit

qu'on n'y pénétrait que par les portes de la mort que je voyais s'ouvrir

à chaque instant sur le pont.--Ces îles, me dit-il, que tu vois si

fraîches et si vertes et dont la face de l'Océan semble bigarrée aussi

loin que tes regards portent, sont plus nombreuses que les grains de

sable sur le rivage de la mer; il y en a des myriades derrière celles

que tu découvres, au delà de ce que ton oeil, et même de ce que ton

imagination peut atteindre. Elles sont les demeures des hommes de bien

après leur mort.... Ne sont-ce point là, ô Mirza, des asiles dont la

possession mérite des efforts? La vie semble-t-elle misérable,

lorsqu'elle fournit l'occasion de gagner une telle récompense? Dois-tu

craindre la mort qui te conduit vers une vie si heureuse? Ne juge pas

que l'homme ait été fait en vain, puisqu'une telle éternité lui a été

réservée.--Je contemplai avec un plaisir inexprimable ces îles

bienheureuses.--Maintenant, dis-je au Génie, montre-moi, je t'en

supplie, les secrets cachés derrière ces noirs nuages qui couvrent

l'Océan de l'autre côté du roc de diamant.--Comme le Génie ne me

répondait pas, je me tournai pour lui faire une seconde fois ma demande,

mais je trouvai qu'il m'avait quitté. Je voulus revoir alors la vision

que j'avais si longtemps contemplée. Mais au lieu de la marée roulante,

du pont avec ses arches, et des îles heureuses, je ne vis rien que la

longue vallée creuse de Bagdad avec les troupeaux de boeufs, de brebis

et de chameaux qui paissaient sur ses deux flancs.»

Dans cette morale ornée, dans cette belle raison si correcte et si

éloquente, dans cette imagination ingénieuse et noble, je trouve en

abrégé tous les traits d'Addison. Ce sont les nuances anglaises qui

distinguent leur âge classique du nôtre, une raison plus étroite et

plus pratique, une urbanité plus poétique et moins éloquente, un fonds

d'esprit plus inventif et plus riche, moins sociable et moins délicat.

[Note 408: _Histoire d'Abdallah_, _Histoire d'Hilpa_.]

[Note 409: On the fifth day of the moon, which according to the custom

of my forefathers I always keep holy, after having washed myself, and

offered up my morning devotions, I ascended the high hills of Bagdad,

in order to pass the rest of the day in meditation and prayer. As I

was here airing myself on the tops of the mountains, I fell into a

profound contemplation on the vanity of human life; and passing from

one thought to another: Surely, said I, man is but a shadow and life a

dream. Whilst I was thus musing, I cast my eyes towards the summit of

a rock that was not far from me, where I discovered one in the habit

of a shepherd, with a little musical instrument in his hand. As I

looked upon him, he applied it to his lips, and began to play upon it.

The sound of it was exceeding sweet, and wrought into a variety of

tunes that were inexpressibly melodious, and altogether different from

any thing I had ever heard. They put me in mind of those heavenly airs

that are played to the departed souls of good men upon their first

arrival in paradise, to wear out the impressions of the last agonies,

and qualify them for the pleasures of that happy place. My heart

melted away in secret raptures....

He then led me to the highest pinnacle of the rock, and placing me on

the top of it: Cast thy eyes eastward, said he, and tell me what thou

seest.--I see, said I, a huge valley, and a prodigious tide of water

rolling through it.--The valley that thou seest, said he, is the vale

of misery, and the tide of water that thou seest is part of the great

tide of eternity.--What is the reason, said I, that the tide I see

rises out of a thick mist at one end, and again loses itself in a

thick mist at the other?--What thou seest, said he, is that portion of

eternity which is called Time, measured out by the sun, and reaching

from the beginning of the world to its consummation. Examine now, said

he, this sea that is thus bounded with darkness at both ends, and tell

me what thou discoverest in it.--I see a bridge, said I, standing in

the midst of the tide.--The bridge thou seest, said he, is human life,

consider it attentively.--Upon a more leisurely survey of it, I found

that it consisted of threescore and ten entire arches, with several

broken arches which added to those that were entire, made up the

number about an hundred. As I was counting the arches, the genius told

me that this bridge consisted at first of a thousand arches; but that

a great flood swept away the rest, and left the bridge in the ruinous

condition I now beheld it. But tell me further, said he, what thou

discoverest on it.--I see multitudes of people passing over it, said

I, and a black cloud hanging on each end of it.--As I looked more

attentively, I saw several of the passengers dropping through the

bridge, into the great tide that flowed underneath it; and upon

further examination, perceived there were innumerable trap-doors that

lay concealed in the bridge, which the passengers no sooner trod upon,

but they fell through them into the tide and immediately disappeared.

These hidden pitfalls were set very thick at the entrance of the

bridge, so that throngs of people no sooner broke through the cloud,

but many of them fell into them. They grew thinner towards the middle,

but multiplied and lay closer together towards the end of the arches

that were entire.

There were indeed some persons, but their number was very small, that

continued a kind of hobbling march on the broken arches, but fell

through one after another, being quite tired and spent with so long a

walk.

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5) · 第 27 / 28 段