Des hommes ainsi faits peuvent se passionner pour les affaires

publiques, car ce sont leurs affaires; en France, ce ne sont que les

affaires du roi et de Mme de Pompadour[319]. Ici, les partis sont

ardents comme les sectes: gens de la haute et de la basse Église,

capitalistes et propriétaires fonciers, noblesse de cour et châtelains

rustiques, ils ont leurs dogmes, leurs théories, leurs moeurs et leurs

haines, comme les presbytériens, les anglicans et les quakers. Le

_squire_ de campagne déblatère, après boire, contre la maison de

Hanovre, et porte la santé du roi au delà de l'eau; le whig de la

ville, le 13 janvier, porte celle de l'homme au masque[320], et

ensuite de l'homme qui fera la même chose sans masque. Ils se sont

emprisonnés, exilés, décapités tour à tour, et le Parlement retentit

tous les jours de la fureur de leurs invectives. La vie politique,

comme la vie religieuse, surabonde et déborde, et ses explosions ne

font que marquer la force de la flamme qui l'entretient. L'acharnement

des partis dans l'État comme dans la foi est une preuve de zèle; la

tranquillité constante n'est que l'indifférence générale, et s'ils se

battent aux élections, c'est qu'ils prennent intérêt aux élections.

Ici, «un couvreur se fait apporter sur les toits la gazette pour la

lire.» Un étranger qui lirait les journaux «croirait le pays à la

veille d'une révolution.» Quand le gouvernement fait une démarche, le

public se sent engagé; c'est son honneur et c'est son bien dont le

ministre dispose; que le ministre prenne garde à lui, s'il en dispose

mal. Chez nous, M. de Conflans, qui par lâcheté a perdu sa flotte, en

est quitte pour une épigramme; ici, l'amiral Byng, qui par prudence a

évité de risquer la sienne, est fusillé. Chacun, dans sa condition et

selon sa force, prend part aux affaires; la populace casse la tête des

gens qui ne veulent pas boire à la santé de Sacheverell; les

gentilshommes viennent en cavalcade à sa rencontre. Toujours quelque

favori ou ennemi public provoque des démonstrations publiques. C'est

Pitt, que le peuple acclame, et sur qui «les municipalités font

pleuvoir «des boîtes d'or.» C'est Grenville, que l'on va siffler au

sortir de la chambre. C'est lord Bute, que la reine aime, qu'on hue,

et dont on brûle les emblèmes, une botte et une jupe. C'est le duc de

Bedford, dont le palais est attaqué par une émeute, et ne peut être

défendu que par une garnison de fantassins et de cavaliers. C'est

Wilkes, dont le gouvernement a saisi les papiers, et à qui le jury

assigne sur le gouvernement une indemnité de mille _pounds_. Chaque

matin, les journaux et les pamphlets viennent discuter les affaires,

juger les caractères, invectiver par leur nom les lords, les orateurs,

les ministres, le roi lui-même. Qui veut parler, parle. Dans ce

tumulte d'écrits et de ligues, l'opinion grossit, s'enfle comme une

vague, et, tombant sur le Parlement et la cour, noie les intrigues et

entraîne les dissentiments. Au fond, en dépit des bourgs pourris,

c'est elle qui gouverne. Le roi a beau être obstiné, les grands ont

beau faire des ligues; sitôt qu'elle gronde, tout plie ou craque. Les

deux Pitt ne montent si haut que parce qu'ils sont portés par elle, et

l'indépendance de l'individu aboutit à la souveraineté de la nation.

Dans un pareil état, «toutes les passions étant libres[321], la haine,

l'envie, la jalousie, l'ardeur de s'enrichir et de se distinguer,

paraissent dans toute leur étendue.» Jugez de la force, et de la séve

avec lesquelles l'éloquence doit s'y implanter et végéter. Pour la

première fois depuis la ruine de la tribune antique, elle a trouvé le

sol dans lequel elle peut s'enraciner et vivre, et une moisson

d'orateurs se lève, égale, par la diversité des talents, par l'énergie

des convictions et par la magnificence du style, à celle qui couvrit

jadis l'_agora_ grecque et le _forum_ romain. Depuis longtemps, il

semblait que la liberté de discussion, la pratique des affaires,

l'importance des intérêts engagés et la grandeur des récompenses

offertes dussent provoquer sa croissance; mais elle avortait,

encroûtée dans la pédanterie théologique, ou restreinte dans les

préoccupations locales, et le secret des séances parlementaires lui

ôtait la moitié de sa force en lui ôtant la plénitude du jour. Voici

qu'enfin la lumière se fait; une publicité d'abord incomplète, puis

entière, donne au Parlement la nation pour auditoire. Le discours

s'élève et s'élargit en même temps que le public se dégrossit et se

multiplie. L'art classique, devenu parfait, fournit la méthode et les

développements. La culture moderne fait entrer dans le raisonnement

technique la liberté des entretiens et l'ampleur des idées générales.

Au lieu d'argumenter, ils conversent; de procureurs ils deviennent

orateurs. Avec Addison, avec Steele et Swift, le goût et le génie font

irruption dans la polémique. Voltaire ne sait «si les harangues

méditées qu'on prononçait autrefois dans Athènes et dans Rome

l'emportent sur les discours non préparés du chevalier Windham, de

lord Carteret» et de leurs rivaux. Enfin le discours achève de percer

la sécheresse des questions spéciales et la froideur de l'action

compassée[322] qui l'ont comprimé si longtemps; il déploie

audacieusement et irrégulièrement sa force et son luxe, et l'on voit

paraître, en face des jolis abbés de salon qui arrangent en France des

compliments d'académie, la mâle éloquence de Junius, de lord Chatam,

de Fox, de Pitt, de Burke et de Sheridan.

Je n'ai point à raconter leurs vies, ni à développer leurs caractères;

il faudrait entrer dans le détail politique. Trois d'entre eux, lord

Chatam, Fox et Pitt, ont été ministres[323], et leur éloquence est une

portion de leur pouvoir et de leur action. Elle appartient à ceux qui

raconteront les affaires qu'ils ont conduites; je ne puis qu'en

marquer le ton et l'accent.

Un souffle extraordinaire, une sorte de frémissement de volonté

tendue, court à travers toutes ces harangues. Ce sont des hommes qui

parlent, et ils parlent comme s'ils combattaient. Ni ménagements, ni

politesse, ni retenue. Ils sont déchaînés, ils se livrent, ils se

lancent, et s'ils se contiennent, ce n'est que pour frapper plus

impitoyablement et plus fort. Lorsque Pitt remplit pour la première

fois la chambre des communes de sa voix vibrante, il avait déjà son

indomptable audace. En vain Walpole essaya «de le museler,» puis de

l'accabler; son sarcasme lui fut renvoyé avec une prodigalité

d'outrages, et le tout-puissant ministre plia, souffleté sous la

vérité de la poignante insulte que le jeune homme lui infligeait. Une

hauteur d'orgueil qui ne fut surpassée que par celle de son fils, une

arrogance qui réduisait ses collègues à l'état de subalternes, un

patriotisme romain qui réclamait pour l'Angleterre la tyrannie

universelle, une ambition qui prodiguait l'argent et les hommes,

communiquait à la nation sa rapacité et sa fougue, et n'apercevait de

repos que dans les perspectives lointaines de la gloire éblouissante

et de la puissance illimitée, une imagination qui transportait dans le

Parlement la véhémence de la déclamation théâtrale, les éclats de

l'inspiration saccadée, la témérité des images poétiques, voilà les

sources de son éloquence:

Hier encore l'Angleterre eût pu se tenir debout contre le monde;

aujourd'hui, «personne si pauvre qui lui rende hommage!...»

Milords, vous ne pouvez pas conquérir l'Amérique. Nous serons

forcés à la fin de nous rétracter; rétractons-nous pendant que

nous le pouvons encore, avant que nous y soyons forcés. Je dis

que nous devons nécessairement abroger ces violents actes

oppressifs; ils doivent être rappelés, vous les rappellerez, je

m'y engage d'honneur; vous finirez par les rappeler, j'y joue ma

réputation; je consentirai à être pris pour un idiot, si à la fin

ils ne sont pas rappelés!... Vous avez beau enfler toute dépense

et tout effort, accumuler et empiler tous les secours que vous

pourrez acheter ou emprunter, trafiquer ou brocanter avec chaque

petit misérable prince allemand qui vend et expédie ses sujets

aux boucheries des princes étrangers: vos efforts sont pour

toujours vains et impuissants, doublement impuissants par l'aide

mercenaire qui vous sert d'appui, car elle irrite jusqu'à un

ressentiment incurable l'âme de vos ennemis. Quoi! lancer sur eux

les fils mercenaires de la rapine et du pillage! les dévouer, eux

et leurs possessions, à la rapacité d'une cruauté soudoyée! Si

j'étais Américain comme je suis Anglais, tant qu'un bataillon

étranger aurait le pied sur mon pays, je ne poserais pas mes

armes! Jamais, jamais, jamais! Mais, milords, quel est l'homme

qui, pour combler ces hontes et ces méfaits de notre armée, a

osé autoriser et associer à nos armes le tomahawk et le couteau à

scalper du sauvage! Appeler dans une alliance civilisée le

sauvage féroce et inhumain des forêts,--lancer contre nos

établissements, parmi nos parentés, nos anciennes amitiés, le

cannibale impitoyable qui a soif du sang des hommes, des femmes

et des enfants,--désoler leur pays, vider leurs demeures,

extirper leur race et leur nom par ces horribles chiens d'enfer

de la guerre sauvage! milords, ces énormités crient et appellent

tout haut réparation et punition! Si on ne les efface à fond et

tout entières, il y aura une tache sur notre réputation

nationale. C'est une violation de la constitution: je crois que

cela est contre la loi[324].

Il y a quelque chose de Milton et de Shakspeare dans cette pompe

tragique, dans cette solennité passionnée, dans l'éclat sombre et

violent de ce style surchargé et trop fort. C'est de cette pourpre

superbe et sanglante que se parent les passions anglaises; c'est sous

les plis de ce drapeau qu'elles se rangent en bataille, d'autant plus

puissantes qu'au milieu d'elles il y en a une toute sainte, le

sentiment du droit, qui les rallie, les emploie et les ennoblit.

Je me réjouis que l'Amérique ait résisté; trois millions d'hommes

assez morts à tous les sentiments de liberté pour souffrir

volontairement qu'on les fasse esclaves auraient été des

instruments convenables pour rendre le reste esclave aussi....

L'esprit qui maintenant résiste à vos taxes en Amérique est le

même qui autrefois s'est opposé en Angleterre aux dons gratuits,

à la taxe des vaisseaux; c'est le même esprit qui a dressé

l'Angleterre sur ses pieds, et par le bill des droits a

revendiqué la constitution anglaise; c'est le même esprit qui a

établi ce grand, ce fondamental et essentiel principe de vos

libertés, que nul sujet de l'Angleterre ne peut être taxé que de

son propre consentement. Ce glorieux esprit whig anime en

Amérique trois millions d'hommes qui préfèrent la pauvreté avec

la liberté à des chaînes dorées et à la richesse ignoble, et qui

mourront pour la défense de leurs droits en hommes et en hommes

libres.... Comme Anglais par naissance et par principes, je

reconnais aux Américains un droit suprême et inaliénable sur leur

propriété, un droit par lequel ils sont justifiés à la défendre

jusqu'à la dernière extrémité[325].

Si Pitt sent son droit, il sent aussi celui des autres; c'est avec

cette idée qu'il a remué et manié l'Angleterre. Il en appelait aux

Anglais contre eux-mêmes; et, en dépit d'eux-mêmes, ils

reconnaissaient leur plus cher instinct dans cette maxime, que chaque

volonté humaine est inviolable dans sa province limitée et légale, et

qu'elle doit se dresser tout entière contre la plus petite usurpation.

Des passions effrénées et le plus viril sentiment du droit, voilà

l'abrégé de toute cette éloquence. Au lieu d'un orateur, homme public,

prenez un écrivain, simple particulier; voyez ces lettres de

Junius[326] qui, au milieu de l'irritation et des inquiétudes

nationales, tombèrent une à une comme des gouttes de feu sur les

membres fiévreux du corps politique. Si celui-ci serre ses phrases et

choisit ses épithètes, ce n'est point par amour du style, c'est pour

mieux imprimer l'insulte. Les artifices oratoires deviennent entre ses

mains des instruments de supplice, et lorsqu'il lime ses périodes

c'est pour enfoncer plus avant et plus sûrement le couteau; avec

quelle audace d'invective, avec quelle roideur d'animosité, avec

quelle ironie corrosive et brûlante, appliquée sur les parties les

plus secrètes de la vie privée, avec quelle insistance inexorable de

persécution calculée et méditée, les textes seuls pourront le dire:

«Milord, écrit-il au duc de Bedford, vous êtes si peu accoutumé à

recevoir du public quelque marque de respect ou d'estime, que si dans

les lignes qui suivent un compliment ou un terme d'approbation venait

à m'échapper, vous le prendrez, je le crains, pour un sarcasme lancé

contre votre réputation établie ou peut-être pour une insulte infligée

à votre discernement[327]....» «Il y a quelque chose, écrit-il au duc

de Grafton, dans votre caractère et dans votre conduite qui vous

distingue non-seulement de tous les autres ministres, mais encore de

tous les autres hommes: ce n'est pas seulement de faire le mal par

dessein, mais encore de n'avoir jamais fait le bien par méprise; ce

n'est pas seulement d'avoir employé avec un égal dommage votre

indolence et votre activité, c'est encore d'avoir pris pour principe

premier et uniforme, et, si je puis l'appeler ainsi, pour génie

dominant de votre vie, le talent de traverser tous les changements et

toutes les contradictions possibles de conduite, sans que jamais

l'apparence ou l'imputation d'une vertu ait pu s'appliquer à votre

personne, ni que jamais la versatilité la plus effrénée ait pu vous

tromper et vous séduire jusqu'à vous engager dans une seule sage ou

honorable action[328].» Il continue et s'acharne; même lorsqu'il le

voit tombé et déshonoré, il s'acharne encore. Il a beau avouer tout

haut qu'en l'état où il est, son ennemi «désarmerait une rancune

privée;» il redouble. «Pour ma part, je ne prétends point comprendre

ces prudentes formes du décorum, ces douces règles de discrétion que

certaines gens essayent de concilier avec la conduite des plus grandes

et des plus hasardeuses affaires. Je dédaignerais de pourvoir mon

avenir d'un asile ou de conserver des égards pour un homme qui ne

garde point de ménagements avec la nation. Ni l'abjecte soumission

avec laquelle il déserte son poste à l'heure du danger, ni même

l'inviolable bouclier de lâcheté dont il se couvre, ne le

protégeraient. Je le poursuivrais jusqu'au bout de ma vie et je

tendrais le dernier effort de ma volonté pour sauver de l'oubli son

opprobre éphémère et pour rendre immortelle l'infamie de son

nom[329].» Excepté Swift, y a-t-il une créature humaine qui ait plus

volontairement concentré et aigri dans son coeur le poison de la

haine? Celle-ci n'est point vile cependant, car elle se croit au

service du juste. Au milieu de leurs excès, c'est cette persuasion qui

les relève; ils se déchirent, mais ils ne rampent pas; quel que soit

l'adversaire, ils se tiennent debout devant lui.

Sire, écrit Junius au roi, c'est le malheur de votre vie et la

cause originelle de tous les reproches et de toutes les calamités

qui ont accompagné votre gouvernement, que vous n'avez jamais

connu le langage de la vérité, tant que vous ne l'avez point

entendu dans les plaintes de votre peuple. Il n'est point trop

tard cependant pour corriger l'erreur de votre éducation. Nous

sommes encore disposés à tenir un compte indulgent des

pernicieuses leçons que vous avez reçues dans votre jeunesse et à

fonder les plus hautes espérances sur la bienveillance naturelle

de vos inclinations. Nous sommes loin de vous croire capable d'un

dessein délibéré et d'un attentat direct contre les droits

originels sur lesquels toutes les libertés civiles et politiques

de vos sujets sont assises. Si nous avions pu nourrir un soupçon

si déshonorant pour votre renommée, nous aurions depuis longtemps

adopté un style de remontrances fort éloigné de l'humilité de la

plainte. Le peuple d'Angleterre est fidèle à la maison de

Hanovre, non parce qu'il préfère vainement une famille à une

autre, mais parce qu'il est convaincu que l'établissement de

cette famille était nécessaire au maintien de ses libertés

civiles et religieuses. Le prince qui imite la conduite des

Stuarts doit être averti par leur exemple, et pendant qu'il se

glorifie de la solidité de son titre, il fera bien de se souvenir

que, si sa couronne a été acquise par une révolution, elle peut

être perdue par une autre[330].

Cherchons des génies moins âpres, et tâchons de rencontrer un accent

plus doux. Il y a un homme, Charles Fox, qui s'est trouvé heureux dès

le berceau, qui a tout appris sans études, que son père a élevé dans

la prodigalité et l'insouciance, que, dès vingt et un ans, la voix

publique a désigné comme le prince de l'éloquence et le chef d'un

grand parti, libéral, humain, sociable, fidèle aux généreuses

espérances, à qui ses ennemis eux-mêmes pardonnaient ses fautes, que

ses amis adoraient, que le travail n'avait point lassé, que les

rivalités n'avaient point aigri, que le pouvoir n'avait point gâté,

amateur de la conversation, des lettres, du plaisir, et qui a laissé

l'empreinte de son riche génie dans l'abondance persuasive, dans le

beau naturel, dans la clarté et la facilité continue de ses discours.

Le voici qui prend la parole, pensez aux ménagements qu'il doit

garder; c'est un homme d'État, un premier ministre, qui parle en plein

Parlement, qui parle des amis du roi, des lords de la chambre à

coucher, des plus illustres familles du royaume, qui a devant lui

leurs alliés et leurs proches, qui sent que chacune de ses paroles

s'enfoncera comme une flèche ardente dans le coeur et dans l'honneur

des cinq cents hommes assis pour l'écouter. Il n'importe, on l'a

trahi; il veut punir les traîtres, et voici à quel pilori il attache

«les janissaires d'antichambre» qui, par ordre du prince, viennent de

déserter au milieu du combat:

Le domaine entier du langage ne fournit pas de termes assez forts

et assez poignants pour marquer le mépris que je ressens pour

leur conduite. C'est un aveu effronté d'immoralité politique,

comme si cette espèce de trahison était moindre qu'aucune autre.

Ce n'est pas seulement une dégradation d'un rang qui ne devrait

être occupé que par la loyauté la plus pure et la plus

exemplaire; c'est un acte qui les fait déchoir de leurs droits à

la renommée de gentilshommes, et les réduit au niveau des plus

bas et des plus vils de leur espèce, qui insulte à la noble et

ancienne indépendance caractéristique de la pairie anglaise, et

qui est calculé pour déshonorer et avilir la législature anglaise

aux yeux de toute l'Europe et devant la plus lointaine postérité.

Par quelle magie la noblesse peut-elle ainsi changer le vice en

vertu, je ne le sais pas, et je ne souhaite pas le savoir; mais

en tout autre sujet que la politique, et parmi toutes autres

personnes que des lords de la chambre à coucher, un tel exemple

de la plus grossière perfidie serait flétri, comme il le mérite,

par l'infamie et l'exécration[331].

Puis se retournant vers les communes:

Un Parlement ainsi lié et contrôlé, sans coeur et sans liberté,

au lieu de limiter la prérogative de la couronne, l'étend,

l'établit et la consolide au delà de tout précédent, de toute

condition et de toute limite. Mais quand la chambre des communes

anglaises serait si ignominieusement morte à la conscience du

poids dont elle doit peser dans la constitution, quand elle

aurait si entièrement oublié ses anciennes luttes et ses anciens

triomphes dans la grande cause de la liberté et de l'humanité,

quand elle serait si indifférente à l'objet et à l'intérêt

premier de son institution originelle, j'ai la confiance que le

courage caractéristique de cette nation serait encore au niveau

de cette épreuve; j'ai la confiance que le peuple anglais serait

aussi jaloux des influences secrètes qu'il est supérieur aux

violences ouvertes; j'ai la confiance qu'il n'est pas plus

disposé à défendre son intérêt contre la déprédation et l'insulte

étrangère qu'à rencontrer face à face et jeter par terre cette

conspiration nocturne contre la constitution[332].

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5) · 第 21 / 28 段