Such as you, like common whores and pickpockets, are only dangerous to

those you embrace.

Comparez au rôle de Philinte des tirades comme celle-ci:

But, faith, could you think I was a friend to those I hugged, kissed,

flattered, bowed to? When their backs were turned, did not I tell you

they were rogues, villains, rascals, whom I despised and hated?]

[Note 55: I shall not have again my alcove smell like a cabin, my

chamber perfumed with his tarpaulin Brandenburgh, hear vollies of

brandy sighs, enough to make a fog in one's room.]

[Note 56: My lord, all that you have made me known by your whispering

which I knew not before, is that you have a stinking breath. There is

a secret for your heart.]

[Note 57: Peace, you Bartholomew-fair buffoons!... Why, you impudent,

effeminate wretches,... you are in all things so like women, that you

may think it in me a kind of cowardice to beat you.

Begone, I say.... No chattering, baboons, instantly begone, or....]

[Note 58:

FIDELIA.

I warrant you, sir; for, at worst, I would beg or steal for you.

MANLY.

Nay, more bragging.... You said, you'd beg for me.

FIDELIA.

I did, sir.

MANLY.

Then, you shall beg for me.

FIDELIA.

With all my heart, sir.

MANLY.

That is, pimp for me.

FIDELIA.

How, sir?

MANLY.

D'ye start.... No more dissembling. Here, I say, you must go use your

cunning for me to Olivia.... Go, flatter, lie, kneel, promise anything

to get her for me. I cannot live unless I have her.]

[Note 59: Her love--a whore's, a witch's love!--But what, did she not

kiss well, sir? I'm sure, I thought her lips.... But I must not think

of them more.... But yet they are such I could still kiss, grow

so,--and then tear off with my teeth, grind them into mammocks, and

spit them into her cuckold's face.]

[Note 60: What, you are my rival, then! And therefore you shall stay

and keep the door for me, whilst I go in for you; but when I'm gone,

if you dare to stir off from this very board, or breath the least

murmuring accent, I'll cut her throat first; and if you love her, you

will not venture her life. Nay, then I'll cut your throat too, and I

know you love your own life at least.... Not a word more, lest I begin

my revenge on her by killing you.]

[Note 61: Here, madam, I never left yet my wench unpaid.]

[Note 62:

Belial came last, than whom a spirit more lewd

Fell not from heaven or more gross to love

Vice for itself.

Who more oft than he

In temples and at altars, when the priest

Turns atheist, as did Eli's sons who fill'd

With lust and violence the house of God:

In court and palaces he also reigns,

And in luxurious cities, when the noise

Of riot ascends above their loftiest towers,

And injury and outrage; and when night

Darkens the streets, then wander forth the sons

Of Belial, flown with insolence and wine.

(Milton, liv. I.)]

§ 2. LES MONDAINS.

I

Au dix-septième siècle s'ouvre en Europe un genre de vie nouveau, la

vie mondaine, qui bientôt prime et façonne les autres. C'est en France

surtout et en Angleterre qu'elle paraît et qu'elle règne, pour les

mêmes causes et dans le même temps.

Pour remplir les salons, il faut un certain état politique, et cet

état, qui est la suprématie du roi jointe à la régularité de la

police, s'établissait à la même époque des deux côtés du détroit. La

police régulière met la paix entre les hommes, les tire de l'isolement

et de l'indépendance féodale et campagnarde, multiplie et facilite les

communications, la confiance, les réunions, les commodités et les

plaisirs. La suprématie du roi institue une cour, centre des

conversations, source des grâces, théâtre des jouissances et des

splendeurs. Ainsi attirés l'un vers l'autre et vers le trône par la

sécurité, la curiosité, l'amusement et l'intérêt, les grands seigneurs

s'assemblent, et du même coup ils deviennent gens du monde et gens de

cour. Ce ne sont plus les barons du siècle précédent, debout dans la

haute salle, armés et sombres, occupés de l'idée qu'ils pourront bien

au sortir du palais se tailler en pièces, et que, s'ils se frappent

dans le palais, le bourreau est là pour leur couper la main et boucher

leurs veines avec un fer rouge; sachant de plus que le roi leur fera

peut-être demain trancher la tête, partant prompts à s'agenouiller

pour se répandre en protestations de fidélité soumise, mais comptant

tout bas les épées qui prendront leur querelle et les hommes sûrs qui

font sentinelle derrière le pont-levis de leur château[63]. Les

droits, les pouvoirs, les contraintes et les attraits de la vie

féodale ont disparu. Ils n'ont plus besoin que leur manoir soit une

forteresse. Ils n'ont plus le plaisir d'y régner comme dans un État.

Ils s'y ennuient, et ils en sortent. N'ayant plus rien à disputer au

roi, ils vont chez lui. Sa cour est un salon, le plus agréable à voir

et le plus utile à fréquenter. On y trouve des fêtes, des ameublements

splendides, une compagnie parée et choisie, des nouvelles et des

commérages: on y rencontre des pensions, des titres, des places pour

soi et pour les siens; on s'y divertit et on y profite: c'est tout

gain et tout plaisir. Les voilà donc qui vont au lever, assistent au

dîner, reviennent pour le bal, s'assoient pour le jeu, sont là au

coucher. Ils y font belle figure avec leurs habits demi-français,

leurs perruques, leurs chapeaux chargés de plumes, leurs

hauts-de-chausses en étages, leurs canons, et les larges rosettes de

rubans qui couvrent leurs souliers. Les dames se fardent[64], se

mettent des mouches[65], étalent des robes de satin et de velours

magnifiques, toutes galonnées d'argent et traînantes, au-dessus

desquelles paraît la blancheur de leur poitrine, dont l'éclatante

nudité se continue sur toute l'épaule et jusqu'au bras. On les

regarde, on salue et on approche. Le roi monte à cheval pour sa

promenade à Hyde-Park; à ses côtés courent la reine, et avec elle les

deux maîtresses, lady Castlemaine et mistress Stewart: «la reine[66]

en gilet blanc galonné, en jupon court cramoisi, et coiffée _à la

négligence_; mistress Stewart avec son chapeau à cornes, sa plume

rouge, ses yeux doux, son petit nez romain, sa taille parfaite.» On

rentre à White-Hall, «les dames vont, viennent, causant, jouant avec

leurs chapeaux et leurs plumes, les échangeant, chacune essayant tour

à tour ceux des autres et riant.» En si belle compagnie la galanterie

ne manque pas. «Les gants parfumés, les miroirs de poche, les étuis

garnis, les pâtes d'abricot, les essences, et autres menues denrées

d'amour arrivent de Paris chaque semaine.» Londres fournit «des

présents plus solides, comme vous diriez boucles d'oreilles, diamants,

brillants et belles guinées de Dieu; les belles s'en accommodaient,

comme si cela fût venu de plus loin[67].» Les intrigues trottent, Dieu

sait combien et lesquelles. Naturellement aussi la conversation va son

train. On développe tout haut les aventures de Mlle Warmestre la

dédaigneuse, «qui, surprise apparemment pour avoir mal compté, prend

la liberté d'accoucher au milieu de la cour.» On se répète tout bas

les tentatives de Mlle Hobart, l'heureux malheur de Mlle Churchill,

qui, étant fort laide, mais ayant eu l'esprit de tomber de cheval,

toucha les yeux et le coeur du duc d'York. Le chevalier de Grammont

conte au roi l'histoire de Termes ou de l'aumônier Poussatin; tout le

monde quitte le bal pour venir l'écouter, et, le conte fait, chacun

rit à se tenir les côtes. Vous voyez que si ce monde n'est pas celui

de Louis XIV, c'est néanmoins le monde, et que, s'il a plus d'écume,

il va du même courant. Le grand objet y est aussi de s'amuser et de

paraître. On veut être homme à la mode; un habit rend célèbre:

Grammont est tout désolé quand la coquinerie de son valet l'oblige à

porter deux fois le même. Tel autre se pique de faire des chansons, de

bien jouer de la guitare. «Russell avait un recueil de deux ou trois

cents contredanses en tablature, qu'il dansait toutes à livre ouvert.»

Jermyn est connu pour ses bonnes fortunes. «Un gentilhomme, dit

Etheredge, doit s'habiller bien, danser bien, faire bien des armes,

avoir du talent pour les lettres d'amour, une voix de chambre

agréable, être très-amoureux, assez discret, mais point trop

constant.» Voilà déjà l'air de cour tel qu'il dura chez nous jusque

sous Louis XVI. Avec de pareilles moeurs, la parole remplace l'action.

La vie se passe en visites, en entretiens. L'art de causer devient le

premier de tous; bien entendu, il s'agit de causer agréablement, pour

employer une heure, sur vingt sujets en une heure, toujours en

glissant, sans jamais enfoncer, de telle façon que la conversation ne

soit pas un travail, mais une promenade. Au retour, elle continue par

des lettres qu'on écrit le soir, par des madrigaux ou des épigrammes

qu'on lira le matin, par des tragédies de salon ou des parodies de

société. Ainsi naît une littérature nouvelle, oeuvre et portrait du

monde qu'elle a pour public et pour modèle, qui en sort et y aboutit.

[Note 63: Voir toutes les pièces historiques de Shakspeare.]

[Note 64: 1654.]

[Note 65: 1660.]

[Note 66: Pepys, 1663.]

[Note 67: Grammont.]

II

Encore faut-il qu'ils sachent causer, et ils commencent à l'apprendre.

Une révolution s'est faite dans l'esprit comme dans les moeurs. En

même temps que les situations reçoivent un nouveau tour, la pensée

prend une nouvelle forme. La Renaissance finit, l'âge classique

s'ouvre, et l'artiste fait place à l'écrivain. L'homme revient de son

premier voyage autour des choses; l'enthousiasme, le trouble de

l'imagination soulevée, le fourmillement tumultueux des idées neuves,

toutes les facultés qu'éveille une première découverte se sont

contentées, puis affaissées. Leur aiguillon s'est émoussé parce que

leur oeuvre s'est faite. Les bizarreries, les profondes percées,

l'originalité sans frein, les irruptions toutes-puissantes du génie

lancé au centre de la vérité à travers les extrêmes folies, tous les

traits de la grande invention ont disparu. L'imagination se tempère;

l'esprit se discipline: il revient sur ses pas; il parcourt une

seconde fois son domaine avec une curiosité calmée, avec une

expérience acquise. Il se déjuge et se corrige. Il trouve une

religion, un art, une philosophie à reformer ou à réformer. Il n'est

plus propre à l'intuition inspirée, mais à la décomposition régulière.

Il n'a plus le sentiment ou la vue de l'ensemble; il a le tact et

l'observation des parties. Il choisit et il classe; il épure et il

ordonne. Il cesse d'être créateur, il devient discoureur. Il sort de

l'invention, il s'assoit dans la critique. Il entre dans cet amas

magnifique et confus de dogmes et de formes où l'âge précédent a

entassé pêle-mêle les rêveries et les découvertes; il en retire des

idées qu'il adoucit et qu'il vérifie. Il les range en longues chaînes

de raisonnements aisés qui descendent anneau par anneau jusqu'à

l'intelligence du public. Il les exprime en mots exacts, qui offrent

leur série graduée, échelon par échelon, à la réflexion du public. Il

institue dans tout le champ de la pensée une suite de compartiments et

un réseau de routes qui, empêchant toute erreur et tout écart, mènent

insensiblement tout esprit vers tout objet. Il atteint la clarté, la

commodité, l'agrément. Et le monde l'y aide; les circonstances

rencontrées achèvent la révolution naturelle; le goût change par sa

propre pente, mais aussi par l'ascendant de la cour. Quand la

conversation devient la première affaire de la vie, elle façonne le

style à son image et selon ses besoins. Elle en chasse les écarts, les

images excessives, les cris passionnés, toutes les allures décousues

et violentes. On ne peut pas crier, gesticuler, rêver tout haut dans

un salon: on s'y contient; les gens s'y critiquent et s'y observent;

le temps s'y passe à conter et à discuter; il y faut des expressions

nettes, un langage exact, des raisonnements clairs et suivis; sinon,

on ne peut escarmoucher ni s'entendre. Le style correct, la bonne

langue, le discours y naissent d'eux-mêmes, et ils s'y perfectionnent

bien vite; car le raffinement est le but de la vie mondaine; on

s'étudie à rendre toutes les choses plus jolies et plus commodes, les

meubles comme les mots, les périodes comme les ajustements. L'art et

l'artifice y sont la grande marque. On se pique de savoir parfaitement

sa langue, de ne jamais manquer au sens exact des termes, d'écarter

les expressions roturières, d'aligner les antithèses, d'employer les

développements, de pratiquer la rhétorique. Rien de plus fort que le

contraste des conversations de Shakspeare et de Fletcher, mises en

regard de celles de Wycherley et de Congreve. Chez Shakspeare, les

entretiens ressemblent à des assauts; vous croiriez voir des artistes

qui s'escriment de mots et de gestes dans une salle d'armes. Ils

bouffonnent, ils chantent, ils songent tout haut, ils éclatent en

rires, en calembours, en paroles de poissardes et de poëtes, en

bizarreries recherchées; ils ont le goût des choses saugrenues,

éclatantes; tel danse en parlant; volontiers ils marcheraient sur

leurs mains; il n'y a pas un grain de calcul et il y a plus de trois

grains de folie dans leurs têtes. Ici les gens sont posés; ils

dissertent ou disputent; le raisonnement est le fond de leur style;

ils sont si bien écrivains qu'ils le sont trop, et qu'on voit à

travers eux l'auteur occupé à combiner des phrases. Ils arrangent des

portraits, ils redoublent les comparaisons ingénieuses, ils balancent

les périodes symétriques. Tel personnage débite une satire, tel autre

compose un petit essai de morale. On tirerait des comédies du temps un

volume de sentences; elles sont pleines de morceaux littéraires qui

annoncent déjà le _Spectator_[68]. Ils recherchent l'expression

adroite et heureuse, ils habillent les choses hasardées avec des mots

convenables, ils glissent prestement sur la glace fragile des

bienséances et la rayent sans la briser. Je vois des gentilshommes,

assis sur des fauteuils dorés, fort calmes d'esprit, fort étudiés dans

leurs paroles, observateurs froids, sceptiques diserts, experts en

matière de façons, amateurs d'élégance, curieux du beau langage autant

par vanité que par goût, et qui, occupés à discourir entre un

compliment et une révérence, n'oublieront pas plus leur bon style que

leurs gants fins ou leur chapeau.

[Note 68: Voyez, par exemple, dans le _Beaux Stratagem_ (Farquhar),

act. II, sc. II, le Beau à l'Église.]

III

Parmi les meilleurs et les plus agréables modèles de cette urbanité

naissante, paraît sir William Temple, un diplomate et un homme de

monde, avisé, prudent et poli, doué de tact dans la conversation et

dans les affaires, expert dans la connaissance des temps et dans l'art

de ne pas se compromettre, adroit à s'avancer et à s'écarter, qui sut

attirer sur soi la faveur et les espérances de l'Angleterre, obtenir

les éloges des lettrés, des savants, des politiques et du peuple,

gagner une réputation européenne, obtenir toutes les couronnes

réservées à la science, au patriotisme, à la vertu et au génie, sans

avoir beaucoup de science, de patriotisme, de génie ou de vertu. Une

pareille vie est le chef-d'oeuvre d'un pareil monde; des dehors

très-beaux et un fond moins beau: en voilà l'abrégé. Ses façons

d'écrivain sont conformes à ses maximes de politique. Principes et

style, tout se tient en lui; c'est le véritable diplomate, tel qu'on

le rencontre dans les salons, ayant sondé l'Europe et touché partout

le fond des choses, revenu de tout, particulièrement de

l'enthousiasme, admirable dans un fauteuil ou dans une réception, bon

conteur, plaisant au besoin, mais avec discrétion, accompli dans l'art

de représenter et de jouir. Celui-ci, dans sa retraite à Sheen, puis à

Moor-Park, s'amuse à écrire; et il écrit comme parle un homme de son

état, c'est-à-dire fort bien, avec dignité et avec aisance, surtout

lorsqu'il parle des pays qu'il a visités, des événements qu'il a vus,

des divertissements nobles qui occupent ses heures[69]. Il a quinze

cents livres sterling de rente, et une belle sinécure en Irlande. Il a

quitté les affaires au moment des violents débats, sans vouloir

s'engager pour le roi, ni contre le roi, décidé, comme il le dit

lui-même, à ne «point se mettre en travers du courant,» quand le

courant est irrésistible. Il vit pacifiquement à la campagne avec sa

femme, sa soeur, son secrétaire, ses gens, recevant les visites des

étrangers qui veulent voir le négociateur de la Triple Alliance, et

quelquefois celles du nouveau roi Guillaume, qui, ne pouvant obtenir

ses services, vient parfois rechercher ses conseils. Il plante et

jardine, sur un sol fertile, dans un pays dont l'air lui convient,

parmi des plates-bandes régulières, au bord d'un canal bien droit et

flanqué d'une terrasse bien correcte, et il se loue en bons termes,

avec toute la discrétion convenable, du caractère qu'il possède et du

parti qu'il a pris. «Je me suis souvent étonné, dit-il, qu'Épicure ait

trouvé tant d'âpres et amers censeurs dans les âges qui l'ont suivi,

lorsque la beauté de son esprit, l'excellence de son naturel, le

bonheur de sa diction, l'agrément de son entretien, la tempérance de

sa vie et la constance de sa mort l'ont fait tant aimer de ses amis,

admirer de ses disciples et honorer par les Athéniens[70].» Il a

raison de défendre Épicure, car il a suivi ses préceptes, évitant les

grands bouleversements d'esprit, et s'installant comme un des dieux de

Lucrèce dans un des interstices des mondes. «Quand les philosophes ont

vu les passions entrer et s'enraciner dans l'État, ils ont cru que

c'était folie pour les honnêtes gens que de se mêler des affaires

publiques[71].... Le vrai service du public est une entreprise d'un si

grand labeur et d'un si grand souci, qu'un homme bon et sage,

quoiqu'il puisse ne point la refuser s'il y est appelé par son prince

ou par son pays, et s'il croit pouvoir y rendre des services plus

qu'ordinaires, doit pourtant ne la rechercher que rarement ou jamais,

et la laisser le plus communément à ces hommes, qui, sous le couvert

du bien public, poursuivent leurs propres visées de richesse, de

pouvoir et d'honneurs illégitimes[72].» Voilà de quel air il

s'annonce. Sa personne ainsi présentée, il en vient à parler du

jardinage qu'il pratique, et d'abord des six grands Épicuriens qui ont

illustré la doctrine de leur maître, César, Atticus, Lucrèce, Horace,

Mécène, Virgile; puis des diverses espèces de jardins qui ont un nom

dans le monde, depuis le paradis terrestre et le jardin d'Alcinoüs

jusqu'à ceux de Hollande et d'Italie, tout cela un peu longuement, en

homme qui s'écoute et qu'on écoute, qui fait un peu amplement à ses

hôtes les honneurs de sa maison et de son esprit, mais qui fait tout

cela avec agrément et dignité, sans air doctoral, ni morgue, en tons

variés, et en modulant comme il faut ses gestes et sa voix. Il conte

qu'il a importé quatre espèces de raisins en Angleterre, il avoue

qu'il a trop dépensé; cependant il ne le regrette pas; depuis cinq ans

il n'a pas eu envie une seule fois d'aller à Londres. Il mêle les

anecdotes aux conseils techniques; il y en a une sur le roi Charles

II, qui a loué le climat de l'Angleterre par-dessus tous les autres,

disant que c'est celui où l'on peut rester en plein air sans malaise

le plus de jours dans l'année; sur l'évêque de Munster, qui, ne

pouvant avoir dans son verger que des cerises, en avait rassemblé

toutes les espèces et si bien perfectionné les plants qu'il pouvait en

manger depuis mai jusqu'en septembre. Le lecteur se réjouit

intérieurement quand il entend un témoin oculaire conter des détails

intimes sur de si grands personnages. Notre attention s'éveille à

l'instant; nous nous croyons, par contre-coup, gens de cour, et nous

sourions avec complaisance; peu importe que ces détails soient minces;

ils font bien, ils sont comme un geste aristocratique, comme une façon

noble de prendre du tabac ou secouer la dentelle de sa manchette.

Voilà l'intérêt de la belle conversation de cour; elle peut rouler sur

des riens; l'excellence des façons donne à ces riens un charme unique;

on écoute le son de la voix; on est amusé par des demi-sourires; on se

laisse aller au courant facile; on oublie que ces idées sont

ordinaires; on regarde le conteur, sa rhingrave, sa canne dont il

joue, ses souliers à rubans, sa démarche aisée sur le sable nivelé de

ses allées, entre ses charmilles irréprochables; l'oreille, l'esprit

lui-même sont flattés, séduits par la justesse de la diction, par

l'abondance des périodes ornées, par la dignité et l'ampleur d'un

style dont la régularité est devenue involontaire, et qui, artificiel

d'abord comme le savoir-vivre, finit, comme le vrai savoir-vivre, par

se changer en besoin sincère et en talent naturel.

Histoire de la Littérature Anglaise (Volume 3 de 5) · 第 4 / 28 段