Nous avons fait ici la connaissance de M. Colin qui s’intitule, non sans
une légitime fierté «le seul colon du Cambodge». Lui aussi s’intéresse à
notre expédition et dans l’aimable intention de me distraire et de me
faire oublier les ennuis de mon inaction, il m’a très gentiment offert
de me mener à la chasse.
Ce matin donc, à sept heures, je pars avec lui et le compagnon pour
certain endroit qu’il connaît et où se trouvent, paraît-il, beaucoup
d’élans qui sont, comme nul ne l’ignore, de grands cerfs, faits pour
remplir d’enthousiasme un Nemrod européen. En route, pour me faire la
main, je tire à balle un chacal et un marabout.
Après trois heures de marche, nous arrivons à une pagode, aux abords de
laquelle les élans ont coutume de se donner rendez-vous... Mais ils n’y
viennent que vers quatre heures et il nous faut attendre leur bon
plaisir...
Or, nous mourons de faim et de soif, et nous n’avons pour toute
nourriture et pour tout breuvage que les noix de coco qui pendent à
notre portée.
Dans une pareille disette je ne vois d’autre secours que l’inépuisable
générosité de M. Chambert et je lui dépêche un indigène avec un mot
griffonné à la hâte pour le supplier de nous envoyer le plus vite
possible à boire et à manger... Et nous attendons dans une canha en
regardant les bonzes de la pagode déguster leur riz.
A une heure, Tiam arrive à cheval suivi d’une escorte de coolies qui
fléchissent sous le poids des flacons et des victuailles. M. Chambert a
répondu sans perdre une minute à notre attente et nous a envoyé en hâte
tout ce qu’il avait de prêt... c’est-à-dire de quoi repaître plusieurs
Gargantuas. Nous occupons donc à déjeuner les loisirs que Messieurs les
Élans veulent bien nous laisser.
Mais nous finissons par trouver que ces loisirs se prolongent trop. Les
indigènes nous font une battue...
Décidément, ils n’ont pas «la manière».
Les élans, qui ne veulent rien savoir, se sont enfuis.
Pour se consoler, le compagnon tire mélancoliquement un autre chacal et
nous rentrons à pied pour dîner.
J’ai la joie de trouver à la Résidence une dépêche rassurante de Bernis
qui me donne de bonnes nouvelles du blessé et m’annonce leur arrivée.
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