5 avril 1908.

Nous avons fait ici la connaissance de M. Colin qui s’intitule, non sans

une légitime fierté «le seul colon du Cambodge». Lui aussi s’intéresse à

notre expédition et dans l’aimable intention de me distraire et de me

faire oublier les ennuis de mon inaction, il m’a très gentiment offert

de me mener à la chasse.

Ce matin donc, à sept heures, je pars avec lui et le compagnon pour

certain endroit qu’il connaît et où se trouvent, paraît-il, beaucoup

d’élans qui sont, comme nul ne l’ignore, de grands cerfs, faits pour

remplir d’enthousiasme un Nemrod européen. En route, pour me faire la

main, je tire à balle un chacal et un marabout.

Après trois heures de marche, nous arrivons à une pagode, aux abords de

laquelle les élans ont coutume de se donner rendez-vous... Mais ils n’y

viennent que vers quatre heures et il nous faut attendre leur bon

plaisir...

Or, nous mourons de faim et de soif, et nous n’avons pour toute

nourriture et pour tout breuvage que les noix de coco qui pendent à

notre portée.

Dans une pareille disette je ne vois d’autre secours que l’inépuisable

générosité de M. Chambert et je lui dépêche un indigène avec un mot

griffonné à la hâte pour le supplier de nous envoyer le plus vite

possible à boire et à manger... Et nous attendons dans une canha en

regardant les bonzes de la pagode déguster leur riz.

A une heure, Tiam arrive à cheval suivi d’une escorte de coolies qui

fléchissent sous le poids des flacons et des victuailles. M. Chambert a

répondu sans perdre une minute à notre attente et nous a envoyé en hâte

tout ce qu’il avait de prêt... c’est-à-dire de quoi repaître plusieurs

Gargantuas. Nous occupons donc à déjeuner les loisirs que Messieurs les

Élans veulent bien nous laisser.

Mais nous finissons par trouver que ces loisirs se prolongent trop. Les

indigènes nous font une battue...

Décidément, ils n’ont pas «la manière».

Les élans, qui ne veulent rien savoir, se sont enfuis.

Pour se consoler, le compagnon tire mélancoliquement un autre chacal et

nous rentrons à pied pour dîner.

J’ai la joie de trouver à la Résidence une dépêche rassurante de Bernis

qui me donne de bonnes nouvelles du blessé et m’annonce leur arrivée.

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La Ville au Bois dormant · 第 55 / 102 题