Ce matin, pour m’occuper et m’entretenir dans l’illusion que tout n’est
pas perdu sans retour, je ramène l’auto à son garage et je nettoie les
soupapes.
... Notre beau pont est déjà presque tout à fait démonté, le Chinois qui
avait prêté les planches les ayant réclamées dès hier.
M. Chambert nous entoure d’intentions si aimables que nous nous
félicitons que la fortune adverse nous retienne auprès de lui, car il
sait nous consoler de notre tristesse.
Il trouve que nous avons eu assez de malheurs et cherche à nous
persuader de renoncer à la fin de notre voyage...
Ne pas aller à Ang-Kor! En sommes-nous là vraiment? Hélas! il faut bien
s’avouer que si notre pauvre Guérin met trop longtemps à se rétablir
nous nous verrons forcés de repartir sans lui. Une perte de temps trop
prolongée peut tout faire échouer, car la saison des pluies approche et
dès qu’elles commenceront à tomber, les plaines que nous avons à
traverser ne seront plus qu’un immense lac infranchissable.
Jamais encore, depuis notre départ de Saïgon, nous ne nous sommes
trouvés dans un aussi cruel embarras.
Nous attendons avec anxiété une dépêche de Bernis qui nous renseignera
sur l’état de ce malheureux Guérin.
* * * * *