Il semble vraiment que le mauvais sort s’acharne et que tout se tourne
contre nous. Un si violent accès de fièvre m’a terrassé la nuit dernière
que je ne me sens pas en état de partir aujourd’hui. Mais cet
accablement passager n’est rien auprès de la souffrance qu’endure le
malheureux Guérin dont le bras enfle malgré les cataplasmes et dont la
plaie prend un mauvais aspect. Les douleurs sont devenues intolérables
et lui donnent une fièvre intense: il lui serait impossible de partir et
son état exige les soins immédiats d’un bon médecin. Mais hélas, il n’y
a pas de médecin à Kompong-Thom. On n’en peut trouver un qu’à
Kompong-Chnang et les moyens de communication, surtout pour un blessé,
ne sont pas faciles; le seul pratique est la voie fluviale.
M. Chambert a la bonté de mettre sa jonque à notre disposition et à dix
heures du soir, Guérin part accompagné d’Hervé de Bernis et plus désolé
de ce triste contre-temps que de sa blessure elle-même. Je ne puis dire
avec quelle tristesse je vois s’en aller nos deux compagnons. Il me
semble que notre expédition se disloque et qu’il va falloir renoncer à
notre voyage.
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