3 avril 1908.

Il semble vraiment que le mauvais sort s’acharne et que tout se tourne

contre nous. Un si violent accès de fièvre m’a terrassé la nuit dernière

que je ne me sens pas en état de partir aujourd’hui. Mais cet

accablement passager n’est rien auprès de la souffrance qu’endure le

malheureux Guérin dont le bras enfle malgré les cataplasmes et dont la

plaie prend un mauvais aspect. Les douleurs sont devenues intolérables

et lui donnent une fièvre intense: il lui serait impossible de partir et

son état exige les soins immédiats d’un bon médecin. Mais hélas, il n’y

a pas de médecin à Kompong-Thom. On n’en peut trouver un qu’à

Kompong-Chnang et les moyens de communication, surtout pour un blessé,

ne sont pas faciles; le seul pratique est la voie fluviale.

M. Chambert a la bonté de mettre sa jonque à notre disposition et à dix

heures du soir, Guérin part accompagné d’Hervé de Bernis et plus désolé

de ce triste contre-temps que de sa blessure elle-même. Je ne puis dire

avec quelle tristesse je vois s’en aller nos deux compagnons. Il me

semble que notre expédition se disloque et qu’il va falloir renoncer à

notre voyage.

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La Ville au Bois dormant · 第 53 / 102 题